Connu notamment en 2011 avec son single « La Tristitude », Oldelaf a une actualité chargée : la sortie d’un album (« Saint Valentin ») et d’un spectacle nommé « Opération Bretzel ». Entretien.
J’aimerais savoir quelle est l’histoire du titre « La Tristitude » et à quel moment tu as mesuré qu’il avait un impact sur ta carrière ?
Ça a été assez rapide, puisque je suis venu faire la promo de mon album. J’ai été invité sur l’émission de Michel Drucker, et je viens comme artiste qui présente une chanson à la fin de l’émission sauf qu’il y a une effervescence incroyable, dans la radio elle même. Les patrons de la radio descendent, le studio se remplit pendant l’émission. Drucker me dit « on va se revoir » et la on me propose tout de suite une fois toutes les semaines faire une « tristitude » sur l’actualité. Je me transforme en un truc que je n’avais jamais envisagé, à savoir chroniqueur radio. Il m’est dit « les paroles de ta chanson sont super, tu vas les changer chaque semaine pour coller à l’actualité ». Je suis rentré dans quelque chose que je n’avais pas calculé du tout. « La Tristitude » quand je l’ai écrite, je l’ai co-écrite avec mon ami Olivier Duboc. Un midi nous avons un peu fait la fête. Nous écrivions sur d’autres trucs, et je lui dis que j’ai une idée de chanson qui s’appelle « La Tristitude ». Nous aimons bien ajouter des suffixes un peu bizarres à la fin des mots. Finalement, cette chanson je la mets dans un tiroir et elle reste inanimée pendant trois ans. Quand je commence à travailler sur mon album « Le monde est beau » c’est la que je la ressort. La chanson me fait vraiment rire, sauf que les gens autour de moi, que ce soit la prod ou même mon mangeur me disent « là tu tiens quelque chose ». Il y a eu un engouement sur cette chanson que je n’ai pas du tout maîtrisé, mais dès que ça a touché les médias, ça a tout changé. J’ai même des artistes dont j’étais fan, qui viennent me voir pour me dire ton truc c’est une tuerie. A partir de là, c’est devenu la chanson dont tout le monde me parlait.
Aujourd’hui, après quelques années, prends-tu toujours autant de plaisir à la chanter ?
En concert, je n’ai aucun souci, car les gens qui me suivent se rendent compte qu’il y a des chansons qui sont plus amusantes, plus jolies. Ils voient qu’il y a plein de chansons qui marchent en concert, donc j’ai pas de soucis avec ça. Moi se qui m’a posé soucis, c’est que lorsque j’ai sorti de nouveaux albums, j’ai été invité pour des émissions de télé ou de radio, où on me dit, nous aiemrons t’avoir sur cette émission sur le droit des femmes, l’égalité homme femme. Et je répond, ca tombe bien, j’ai une chanson sur le sujet « Mais les enfants » qui colle parfaitement. Malheureusement, on me répond, « ah non on aimerait que tu fasses La tristitude ». Alors moi je veux bien en faire un extrait mais chanter l’autre titre et on me répond, « ah non alors tant pis ». En plus, les gens pensaient vraiment qu’en claquant des doigts j’allai écrire une chanson sur le droit des femmes sur « La Tristitude ». Non. J’ai envie de dire ne perdez pas le contrôle de ce que vous racontez. Non seulement vous me demandez de chanter mon ancienne chanson, et en plus vous voulez que je change les paroles de cette chanson au lieu d’en avoir une nouvelle, déjà écrite. Et qui plus est vraiment une bonne chanson.
Est ce justement le côté piégeux de ta double casquette humoriste et chanteur ? Alors qu’à mon goût je trouve que tes albums deviennent de plus en plus « sérieux », même s’il y a toujours un côté humoristique dans certaines chansons.
Le vrai virage c’était de passer de « Oldelaf et Monsieur D » à Oldelaf. Avec Oldelaf et Monsieur D nous n’avons fait que des chansons humoristiques. Il y avait plusieurs types d’humour, mais jamais de sérieux. A partir du moment où je suis passé à Oldelaf, j’ai senti que je pouvais garder l’humour pour pouvoir dire certaines choses. Toutefois, parfois il n’y en a pas besoin et c’est très bien comme ça. Je n’ai pas eu l’impression de changer de cap, et je trouve que encore aujourd’hui sur ce dernier album il y a des chansons très humoristiques, et heureusement. Je n’ai pas l’impression d’être moins drôle.
Je ne pense pas que tu sois moins drôle. En revanche, j’ai l’impression que lorsque nous écoutons certaines chansons, nous ne réalisons pas immédiatement l’humour qui s’y cache.
D’une manière générale, l’âge aidant et la maturité y fait. Il y a un état du monde qui fait que je suis de plus en plus sensible à ce qui se passe autour de moi. Il y a des choses qui sortent, y compris quand on part d’amour, il y à une humeur et un ton qui sont un peu plus grave mais je fais attention à ne pas me laisser embarquer par des névroses, des angoisses. L’album s’est fait en deux temps. Une première partie qui était assez acoustique, à deux guitares, deux voix. Il y avait vraiment de superbes chansons, mais quand je les ai réécoutées, je crois que j’ai confondu chansons acoustiques et chansons tristes. Il y avait des sujets dont je parlais qui ne me ressemblaient pas, ce n’était pas moi; C’était beaucoup trop glauque, il n’y avait pas la petite touche Oldelaf. J’ai donc mis de côté un certain nombre de chansons et me suis concentré sur d’autres. Je suis très content d’avoir fait ça parce que l’album aujourd’hui j’ai l’impression qu’il me ressemble. Ill ressemble un peu plus à tout le monde.
Le fil rouge de cet album est clairement l’amour, mais tu parles aussi d’amitié dans le titre « Marie ».
Oui mais c’est une amitié particulière quand même (rires).
Oui c’est vrai, nous sentons bien qu’il y a une friendzone qui n’a pas été désirée des deux côtés.
Oui c’est ça. Il se retrouve dans une situation où il y a un truc qui s’est mal mit à un moment. Il y a un regret qui reste, mais c’est joli quand même. Quand nous disons « je t’aime » à quelqu’un, nous avons tous l’image de se dire que c’est la bonne personne, celle avec qui on veut vivre, mais lorsqu’on dit « je t’aime » à son enfant c’est pas le même. Il y a un lien éternel et inconditionnel qui va au-delà des mots. Nous devrions aussi pouvoir dire à des gens comme ses amis « ben ouais je t’aime, car tu es quelqu’un sur qui je peux compter » mais ce « Je t’aime » nous ne le disons pas.
Les actes sont souvent plus forts que les mots et tu l’exprimes parfaitement dans la chanson « après l’amour » où tu parles de la différence entre aimer et faire l’amour.
Je trouve que l’acte est merveilleux. Toutefois, si nous expérimentons faire l’amour en aimant, nous ressentons plus de plaisir. Il y a une transcendance qui est merveilleuse. Même après l’acte, quand nous avons encore envie de serrer son ou sa partenaire dans les bras et que nous nous disons « je suis la où je dois être, je suis à ma place ».
Derrière ta carapace de « clown », tu es un vrai romantique.
Je l’espère, mais si quelqu’un n’est que romantique et n’a pas de relief ou de dérision, je pense que ça doit être pénible.
Est ce que Michel était romantique (référence à la chanson « c’est Michel » extrait de l’album « L’aventure ») ?
(rires) C’est une bonne question. Je ne sais pas si Michel était romantique. Il avait sa vision du romantisme qui était un peu particulière. Je ne sais pas si c’était le romantique parfait.
J’ai l’impression que depuis l’album « Goliath » tu mets un peu plus ton côté chanteur en avant.
Je n’ai pas l’impression d’avoir fait une différence dans la manière d’aborder les choses. Mon grand discours, c’est vraiment de dire je suis chanteur et j’ai besoin de l’humour pour dire les choses. Je n’ai pas l’impression de niveler ou de faire les choses différemment. La seule vraie différence dans cet album c’est que j’ai un thème et que je m’y tiens.
Tu as une autre actualité qui est le spectacle « Opération Bretzel », avec Arnaud Joyet. Est ce que tu peux nous en faire le pitch ?
C’est l’histoire de deux mecs qui se sont rencontrés en 93. Deux étudiants un peu paumés, un peu nuls, qui tombent sur un reportage sur les Klarsfeld. Serge et Beate Klarsfeld, eux sont, à l’époque en tous cas, des traqueurs de nazis invétérés. Ils tombent en admiration devant ces deux personnages qui doivent arrêter la traque pour s’occuper de leur fils défaillant, Arno Klarsfeld. Ils décident de se lancer dans une traque des nazis à travers le monde mais n’ont évidemment pas les outils intellectuels et culturels pour le faire. Et bien sûr, ils ne font que des conneries.
Franck Inizan
Le 16/05/2025 au Rockstore – Montpellier (34).
Photo : Elodie Ward
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