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DANAKIL

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Le groupe reggae savoure le succès de son 7e album “Demain peut-être”, accueilli avec enthousiasme par les fans. Entre introspection musicale et anecdotes légères, Danakil évoque une évolution vers plus de maturité.

“Demain peut-être”, votre 7e album, est sorti récemment. Est ce toujours angoissant la sortie d’un album et êtes-vous satisfait de l’accueil des auditeurs ?

Bien sûr, c’est angoissant dans le sens où ce sont toujours beaucoup de travail et de temps passé, alors quand nous le délivrons aux gens, l’accueil est un moment que nous attendons. Les retours que nous avons eus sont extras, nous ne pouvions pas rêver mieux. La fan base est celle que tu ne veux pas décevoir, car elle attend l’album. Les fans ont réagi de suite en donnant leur avis et ils ne sont pas déçus. Nous sommes ravis, car ce sont déjà eux que nous ne souhaitons pas décevoir. Ensuite, nous vendons beaucoup en bouche-à-oreille, puis l’album fait sa vie pendant un, deux, trois ans… Les premiers retours sont vraiment super. 

Cet album est assez complémentaire à son prédécesseur “Rien ne se tait”. La pochette le fait paraître également, c’est la suite ? 

En tout cas, graphiquement, nous avons joué là-dessus. Oui, d’une certaine manière, il y a une forme de continuité entre les deux. Après, pour moi il y a toujours une certaine continuité entre chaque album, dans le sens où c’est la suite de nos vies que nous racontons. Dans ce cas, c’est juste, elle est volontaire et nous l’avons souligné par la charte graphique de la pochette. 

Après avoir rempli deux fois l’Olympia en 2021 (Nouvelle Vague y était), bientôt le Zénith de Paris. Sans dénigrer les autres villes, cela doit vous procurer une certaine fierté ? 

Oui bien sûr, mais effectivement pas question de dénigrer aucune salle, puisque nous passons dans toutes les villes de France. À chaque sortie d’album, nous avons fait un événement à Paris, car c’est de là qu’est issu le groupe. Nous avons toutes nos familles, nos amis, nos copains d’enfance, les potes qui ont gravité depuis 25 ans autour du collectif, ça nous permet de fêter ça ensemble. C’est la date parisienne qui marque le lancement d’un album, même si c’est quelques mois après sa sortie. Cela nous laisse un peu de temps pour qu’il se remplisse. Pour l’instant, ça se passe super bien, j’espère qu’il sera complet, mais ça devrait. 

On peut percevoir une certaine maturité à travers tes textes et ta façon de chanter qui est plus posée. Cette évolution vers l’équilibre est notamment le sujet de “L’Ombre et la lumière”. En 25 ans de carrière, tu l’as trouvé ton intermédiaire et si oui, quand ? 

Merci, ça me fait plaisir comme commentaire, mais ce n’est pas à moi de le dire. Plus posée, oui peut-être. En tout cas aujourd’hui, nous ne sommes plus dans le challenge de sortir un premier ou deuxième album. Nous ne sommes plus dans l’esprit d’avoir quelque chose à prouver. Nous faisons les choses telles que nous avons envie de les faire sur le moment. Même si nous avons toujours été dans cet esprit, c’est dans le sens où nous prenons le temps de faire les choses. Il n’y a pas d’urgence, nous réfléchissons à toute la production. Personnellement, c’est vrai que je passe plus de temps sur les mélodies en retravaillant dessus, alors qu’avant, c’était plus instinctif. Nous essayons de revenir sur du spontané. Nous avons évolué sur la façon de faire et travaillons chez nous dans nos studios Baco à Bordeaux, ça change beaucoup de choses. Tu ne comptes plus les heures facturées chez quelqu’un, donc, forcément, cela crée une autre dynamique. 

Justement, en parlant d’enregistrer chez vous à Bordeaux, c’est ta fille que nous entendons dans “Ça va ça vient” ? Comment est venue cette idée ? 

Je l’ai enregistré chez moi et nous l’avons ajouté. C’est venu du fait que depuis qu’elle est toute petite, elle et son frère assistent toujours au moment où je fais des chansons. Ils peuvent entendre une musique tournée et m’entendre chanter les mêmes paroles pendant 4 jours. Pendant ce refrain, “ça va, ça vient”, ils étaient en train de tourner derrière moi, à le fredonner. Un jour, je dis à ma fille : viens là, monte sur une chaise et chante le pour voir. C’était pour se marrer, je ne pensais pas le mettre dans le disque. Elle a chanté juste et en rythme, puis j’ai trouvé que ces paroles allaient bien aussi dans la bouche d’un enfant, comme pour rassurer son père ou sa mère qui pouvait avoir un coup de blues. Je l’ai envoyé aux gars. Nous avons tous souri ensemble et hop, c’était parti, nous l’avons mis. Elle est très musicale et impliquée, elle chante et danse tout le temps. Cela me laisse un souvenir avec elle. Quand elle sera grande, je lui dirais : t’as vu quand tu étais petite, tu as chanté avec papa. 

“Marie-Antoinette”, le clip est original. Tu nous en parles ? 

C’est une idée de la direction artistique. C’était pour illustrer le fait que nous sommes utilisés comme des marionnettes. Une façon directe d’imager le propos de la chanson, que nous nous sentons tenu par le porte-monnaie. Nous sommes dirigés par le pouvoir d’achat, ne pas savoir comment faire pour manger le soir, ça évite de penser à autre chose. Je n’invente rien, c’est un raisonnement vieux comme le monde qui persiste. Le “peuple” est maintenu la tête sous l’eau pour ne pas se soulever, mais à un moment donné la marmite explose. 

J’aimerais aussi parler de “Qui y a-t-il ?”, qui je trouve, possède un côté triste. Nous constatons que les gens ne sortent plus sans artifices visibles ou invisibles. Ils ne sont pas eux-mêmes. C’est ce que tu voulais exprimer ? 

Oui un peu, mais sans jugement, car l’homme est un animal social. Que tu sois en famille, au travail avec des collègues, ou même avec des amis, tu es une certaine personne. Finalement, il n’y a que toi qui connais la personne que tu es vraiment, quand tu es seul devant la glace en te lavant les dents ou en te démaquillant. C’était plus poétique : tu te démaquilles ! C’est au sens figuré, quand tu tombes le masque. Il y a aussi une notion de réseaux sociaux, la différence entre le paraître et la vraie vie. C’est juste pour dire en restant impartial, de rester conscient de qui nous sommes en dehors des moments de sociabilité et qu’il n’y a pas d’incohérence à être diffèrent, mais qu’il faut s’assumer. 

Justement, je laisse tomber mon masque pour t’avouer que la dernière chanson de l’album “Depuis le début” m’a touchée. Je la trouve splendide. C’est un bijou. Elle est différente dans les sonorités plutôt funky 70, telle une balade.

Oui, nous n’avons pas fait beaucoup de balades. C’est une chanson qui décrit une situation sans forcément raconter ma vie. J’essaie de trouver un levier qui fait que je sais que nous vivons les mêmes situations, en essayant de tourner la chose autour des sentiments  que nous ressentons lors d’une séparation un peu incomprise. J’ai écrit une chanson en maniant un peu les émotions que j’ai pu traverser autour d’un thème universel : l’amour. En exprimant que la porte n’est jamais fermée.

En parlant d’amour, quelle est ta chanson préférée de l’album ?

C’est difficile, je les aime toutes ! Bon d’accord s’il faut choisir : “Qui y a-t-il ?”. J’aime sa musique légère, et ce qu’elle raconte.

En début d’année, vous avez mangé chez Maxime Le Forestier. Il était bon le poulet ?

Oui, c’était cool, c’est surtout une belle rencontre. Nous l’avons contacté pour avoir son autorisation afin de reprendre sa chanson “Né quelque part”. Puis après, il nous a invité chez lui afin de partager sa table. Nous ne nous étions pas imposés en lui disant : “Maxou, nous pouvons venir manger le poulet !” (rires). C’était inattendu et inespéré, nous avons échangé autour du morceau, en passant un excellent après-midi. 

Les chansons sont faites pour être chantées !

Question à la con : la chanson inavouable qui te fait délirer, tu peux m’en chanter le refrain, qui s’en va et qui revient ?

La musique, il en faut pour tout le monde, mais aller un truc que j’écoute avec mes gamins. Ils ont des playlists, ce n’est pas possible tout ce qu’il y a dedans. Tous les matins, j’ai : “ramenez la coupe à la maison, allez les bleus, allez 20 ans après, c’est le moment…” C’est mon p’tit rejeton de footeux.

Valérie Loy

Le 28/11/2024 au Rockstore – Montpellier (34), le 14/03/2025 au 6Mic – Aix-en-Provence (13), le 15/03/2025 à l’Espace Malraux – Six-Fours-les-Plages (83) et le 03/07/2025, dans le cadre du Big Reggae Festival, à la Pinède Gould – Antibes-Juan-les-Pins (06).

facebook.com/danakil

Photo : Alex Sorin.

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