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SINCLAIR

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Chanteur, compositeur et producteur, Sinclair a marqué la scène française avec son funk solaire et ses grooves irrésistibles. Il revient aux fondamentaux avec une tournée française qui réinvente son répertoire : une approche épurée où le funk reprend ses droits et où ses classiques brillent à nouveau.

À quoi pouvons-nous attendre avec ce nouveau projet live ? 

Pour ce best-of, 20 ans après le dernier, je reviens à l’essence de mes anciens titres. J’ai retrouvé les démos originales et je les préfère souvent aux versions studio. C’est un retour au premier jet, au funk pur que j’aime. J’ai tout réécrit pour un concert intense et très musical. Entouré d’excellents musiciens multi-instrumentistes, je me concentrerai sur l’interprétation : basse, guitare, claviers, chant. L’idée est de retrouver la spontanéité des débuts, en évitant les automatismes des tournées qui peuvent altérer les morceaux. Ce sera une approche plus précise, axée sur la musique live.

Vous parlez des démos, ça veut dire que ce sont des morceaux connus par les fans mais d’une façon qu’ils n’ont jamais écouté auparavant ? 

C’est ça. Je me suis rendu compte qu’à une époque je mettais pas mal d’énergie, ça partait parfois avec des grosses guitares saturées. Je reviens à la musique un peu moins énervée, mais c’est plus défini, c’est-à-dire que chaque partie est très claire. Je suis en train de faire une espèce de dépoussiérage des morceaux en allant chercher leur origine. Les gens vont redécouvrir des morceaux qu’ils connaissent, mais pas dans une modernité. Je ne veux pas de séquence, pas d’embrouille, de sample chelou dans tous les sens. Je reviens à une musique essentielle, mais où il y a plein de notes. Nous allons redécouvrir des morceaux, effectivement les standards de Sinclair – «Les filles», «C’est bon comme ça», etc. Nous allons retrouver ça mais dans la forme quasi originale, pas forcément la forme album. C’est peut-être la forme originale qu’il y avait sur la démo, en mieux joué évidemment.

Comment vos influences musicales ont-elles évoluées jusqu’à aujourd’hui ? 

Je suis aujourd’hui beaucoup moins influençable qu’autrefois. J’écoute la musique avec une autre oreille, plus distanciée. J’ai parfois l’impression de suivre le flot mondial d’une consommation rapide : j’entends beaucoup de choses, surtout en mixant pour le plaisir, mais de moins en moins de titres me marquent profondément. Ce sont souvent des retours en arrière qui me nourrissent, même si certaines créations actuelles restent superbes. Simplement, je suis moins impressionné et moins perméable qu’il y a trente ans, ce qui me semble assez naturel. Cela ne signifie pas que je veuille reproduire le passé — ce n’est pas mon intérêt — mais il est rare que je sois bouleversé comme avant. Bien sûr, il y a encore des morceaux qui suscitent un vrai “waouh”, mais plutôt isolés que portés par des albums entiers. Malgré tout, je reste curieux, prêt à être surpris par la musique sous toutes ses formes, qu’il s’agisse d’un titre de Pomme ou d’un morceau de jazz. Mes influences se sont largement ouvertes depuis mes débuts centrés sur le funk : aujourd’hui, j’écoute vraiment de tout.

Y a-t-il des artistes des dernières années qui vous inspirent particulièrement en ce moment ? Vous pouvez en citer un ou deux ? 

Quand on me demande ce qui m’inspire aujourd’hui, j’ai parfois l’impression de ne plus rien trouver de vraiment marquant. Pourtant, Kendrick Lamar m’a profondément impressionné il y a quelque temps déjà. Dans son registre, il a révolutionné une forme moderne de hip-hop en mélangeant les genres, et je trouve cela fascinant. Je ne dirais pas que cela m’influence directement, mais sa production contient des choses qui m’inspirent. Le dernier artiste avec lequel j’ai vraiment ressenti une sorte de fusion, c’est Jamie Lidell. J’écoutais ses disques de A à Z, j’adorais sa façon de produire. Mais il a arrêté d’en sortir, et je n’ai pas retrouvé ce sentiment depuis un moment. Cela dit, je suis certain que ça reviendra : tôt ou tard, un artiste ou un album ressortira du lot. Quand on passe sa vie à écouter de la musique sous toutes ses formes, il y a toujours quelque chose qui finit par vous surprendre.

Est-ce que votre processus créatif a évolué au fil du temps ? 

Je me sens extrêmement créatif. J’ai monté un label à Arles, je produis des artistes, j’écris pour d’autres, je fais aussi de l’image et de la vidéo… Je ne m’arrête jamais. La musique reste partout, même si je l’ai parfois mise de côté pour me renouveler. Il m’est arrivé de perdre l’envie d’en faire, mais depuis que c’est revenu — et cela fait déjà un bon moment — je me sens plus créatif et plus libre qu’avant. Ce sont des cycles, des saisons. Aujourd’hui, le retour à la scène m’ouvre de nouvelles perspectives, avec une approche beaucoup plus libérée, comme si je n’avais plus rien à prouver. C’est une sensation très agréable.

Et plus spécifiquement sur votre processus créatif pour vos chansons ? 

Souvent, une idée s’impose dans ma tête sans que je sache vraiment d’où elle vient. Dans mon studio, où tout est branché en permanence, je passe d’un instrument à l’autre et les choses jaillissent. J’ai besoin d’être seul au départ, car c’est un processus très instinctif, presque chaotique, qui nécessite mon ordinateur pour capturer immédiatement ce qui surgit. La mise en forme dépend : une guitare à portée de main, un air sifflé, et j’assemble rapidement une sorte d’ébauche brute. J’ai appris qu’il faut aller vite : si on laisse traîner, on perd l’essence du morceau. En groupe, je dois donner des directives précises, sinon l’énergie initiale s’éteint. C’est pourquoi je crée soit seul, soit avec une ou deux personnes qui me connaissent parfaitement. Dans ces conditions, la fusion fonctionne.

Donc pour vous, il s’agit plus d’une activité solitaire ? 

Mon processus créatif est assez unique. Mon esprit fonctionne de manière non linéaire, un peu comme une dyslexie où je peux commencer par la fin et revenir au début. C’est difficile à verbaliser, mais il est essentiel que je suive mon instinct ; cela aboutit toujours à un résultat concluant. Cependant, les choses se compliquent lorsque je dois déléguer ou expliquer mes idées en studio. Travailler avec un ingénieur du son, avec les contraintes de temps et les explications, peut me rendre fou. Je préfère prendre les commandes, expérimenter rapidement et ensuite trier. Lorsque je suis en pleine création, les idées fusent dans toutes les directions. Je ne suis pas un chemin balisé, mais plutôt un réceptacle pour des fulgurances et des intuitions qui me viennent. L’essentiel est de capturer tout cela très vite. Ensuite, il est temps de s’entourer d’autres talents pour peaufiner le travail et le faire évoluer.

Muriel Madalen

Le 15/10/2025 à l’Espace Julien – Marseille (13), le 31/10/2025 au Théâtre Lino Ventura – Nice (06), le 07/11/2025 à Paloma – Nîmes (30), le 08/11/2025 au Mas d’Hiver – Puget-sur-Argens (83), le 19/12/2025 au Cargo de Nuit – Arles (13), le 20/03/2026 au 6Mic – Aix-en-Provence (13) et le 21/03/2026 au Rockstore – Montpellier (34).

facebook.com/sinclairofficiel

📸 Sinclair par Guillaume Delmas.

#NVmagZoom #Sinclair

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