NOUVELLE VAGUE : 30 ANS DE PASSION

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En 1994, alors qu’aucune presse indépendante ou presque n’existe, Philippe Perret crée Nouvelle Vague. Un fanzine, d’abord, puis un magazine qui a traversé les âges, les révolutions technologiques, les transformations de l’industrie musicale, l’évolution des modes, nourri sans limites à l’élixir de longue vie qu’est la passion. Zoom sur les rouages d’un média culturel nourri à l’envie et à l’huile de coude. 
La pulsion créatrice : l’information musicale au service du public

Depuis tout petit, Philippe est passionné de musique. “J’ai des souvenirs à 9 ou 10 ans, constamment scotché à ma radio. Dans les années 80, je me nourrissais de la presse musicale telle que Rock and Folk, Best, les Inrockuptibles… J’ai toujours eu une grande passion et l’envie de découvrir de nouveaux artistes en connaissant et comprenant leur parcours. J’ai même eu un petit parcours en tant que musicien amateur (rires). À vingt-cinq ans, lorsque j’ai réfléchi à une activité professionnelle, j’ai voulu y allier cette passion. Je faisais à cette époque le constat qu’il était quasiment impossible de s’informer sur ce qu’il se passait musicalement dans les autres villes de notre région, ça se résumait à l’affichage. J’avais découvert à Toulouse un gratuit musical, Mix, dont la formule était intéressante, et l’idée m’est venue de combiner l’actualité musicale et de la partager à l’échelle de la région Sud-Est, de Nice à Montpellier”.  La notion centrale et inhérente au magazine est donc celle du service. “On se pose très régulièrement la question de la pertinence et de l’intérêt de ce qu’on fait et de ce qu’attend le public. Il a toujours besoin d’informations sur les concerts, les sorties, de prescriptions. Dès le départ, j’avais une notion de “service public” en tête : mettre en avant des informations artistiques auprès du public.” 

Une étendue géographique unique 

Avec une ambition de couverture géographique du Sud-Est dans son intégralité, l’affaire n’est pas mince. Pourtant, la mission à laquelle répond Nouvelle Vague est d’informer le montpelliérain, l’avignonnais, le marseillais comme le niçois des actualités de la scène musicale de sa région. Ainsi, les lignes du magazine de poche regroupent à travers portraits d’artistes et de structures, interviews, chroniques, annonces et, bien sûr, agenda musical, une mine d’informations précieuses à tout mélomane accompli ou en devenir. En résumé, Nouvelle Vague récolte, synthétise et fait don. Ainsi, il devient indispensable à son secteur culturel en région élargie. 

Un devoir d’adaptation aux (r)évolutions technologiques et musicales

De nature et d’ambition, Nouvelle Vague est donc un média d’information consacré à l’actualité musicale. Son histoire est profondément liée à celle des médias ainsi que de l’évolution de la musique ; la transformation majeure est bien sûr l’apparition et le développement d’internet. Les médias le subissent, d’abord, et se doivent de l’apprivoiser pour rester actuel et survivre. Avec le digital, l’industrie du disque tend à disparaître et celle de la musique se reporte sur le live. “Cela a compliqué la vie et la survie des artistes. Comme toute évolution technologique, les premiers temps sont compliqués puis laissent place à une adaptation : les pratiques évoluent dans le sens de ceux qui produisent l’art et ceux qui le consomment. Nous avons aussi accompagné cette évolution : il y a vingt ans, l’essentiel de nos ressources publicitaires provenaient des maisons de disque et des labels, tandis qu’elles viennent désormais principalement des organisateurs de concerts et de festivals”. Les pratiques se transforment à mesure que l’outil digital évolue. “À une époque, 90 % de la musique était aux mains de 4 ou 5 grandes majors (Universal, Sony, etc.), et la partie indépendante essayait de subsister autour. Je ne pense pas que l’évolution de l’industrie musicale ait été négative pour la pratique des artistes dans le sens où les artistes émergents ont désormais plus les moyens pour exister et s’exprimer par eux-même. Sans être signé sur un label, il était avant très compliqué d’accéder à la promotion. Bien sûr, les recettes des artistes indé sont toujours difficiles, mais les moyens de diffusion et de promotion sont devenus plus autonomes, ce qui reste positif”. 

Les mutations du magazine 

La date charnière, c’est 2012. “On était arrivés à la fin du modèle économique de la presse écrite. On a alors fait le choix radical d’évoluer vers un média digital. Cela peut paraître anodin, mais c’est la date où nous avons intégré notre adresse web sur le logo”. Plutôt que de passer d’un format à un autre, le magazine joue sur la complémentarité des supports : tous les contenus sont alors diffusés à la fois sur le papier, le site et les réseaux sociaux, ainsi que via la newsletter. “On a gardé le format papier car il y a toujours  une pertinence et un vrai intérêt du public comme des annonceurs, et c’est aussi un support physique qui nous sert pour la promotion de notre média pour le digital, développant ainsi impact et audience.” À cette période, le support physique grand format connaît une très grande perte d’intérêt chez les lecteurs ; Il se transforme alors en un format de poche, plus adapté, plus pratique et plus compact. Alors que l’abandon du papier était envisagé, la préférence est allée vers un format “dos carré collé” qualitatif. Le succès est immédiat et fait encore aujourd’hui la popularité de Nouvelle Vague. Le modèle économique du magazine est basé sur l’intérêt d’annonceurs, qui le font vivre en y achetant des encarts publicitaires et en le consultant. C’est cette relation de confiance à long terme qui permet la survie d’un tel modèle, et serait très compliqué à mettre en place aujourd’hui : “ le magazine est le fruit de l’époque où il est né”. Les évolutions se font au fil de l’eau : “nos réseaux sociaux se sont beaucoup développés ces dernières années, la newsletter également, elle a un fort impact. On a une base de 20 000 abonnés. Le site aussi s’est développé. Les perspectives : toujours rester en éveil.”

L’équipe 

Le noyau dur de l’équipe permanente a toujours été tout petit, et se compose aujourd’hui de deux personnes : Philippe Perret, à la communication, au commercial et à l’administratif, secondé par Maxime Martinez, qui gère l’équipe rédactionnelle. Celle-ci est en constante évolution. “Certains rédacteurs sont des piliers ! Ils sont là depuis vingt ans ou plus. On a régulièrement de nouvelles plumes. L’évolution est naturelle et saine, grâce à des profils jeunes et différents, cela nous permet de coller au public et à l’évolution musicale.” 

Une propension naturelle au fait maison 

Indépendant et donc dans une micro-économie, Nouvelle Vague est mu depuis toujours par l’envie de répondre à une demande, à un besoin. On s’est maintenus, car le concept de base était pertinent, et l’est toujours : se consacrer à l’actualité musicale régionale”. Chez Nouvelle Vague, absolument tout est fait par l’équipe. “ C’est un point fort et non une faiblesse ”, selon Philippe, éternel optimiste. Cela permet d’appréhender tous les aspects et de faire évoluer le projet au fil de l’eau, de comprendre comment les lieux fonctionnent, d’avoir une grande visibilité du terrain. “C’est passionnant, de toucher à tout”. “À la création du fanzine, on se réunissait pour plier le format A4 à la main ! C’était pragmatique, manuel et très amusant. Cette valeur du tout fait soi-même demeure le fil rouge du magazine et de son équipe, qui le fabrique, le publie et le distribue elle-même. L’énergie qui semble articuler et faire vivre le magazine depuis sa création il y a trente ans : la passion, dans une force toujours aussi vive. “ Tant que la flamme est là, on avance, et on est contents d’avancer”. 

Lucie Ponthieux Bertram

nouvelle-vague.com

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