LES SHERIFF

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Groupe emblématique de la scène alternative, les Sheriff sont allés à rebours de leurs contemporains. Leur parcours musical confère à l’obstination, elle est l’incarnation d’un combat rock s’adressant à un public lié par une commune filiation à un style marginal. Ce qui caractérise définitivement l’authenticité du groupe, c’est cet esprit fun et décomplexé hérité du punk américain. Remontons dans l’histoire du groupe avec Olivier, chanteur et membre fondateur du gang Montpelliérain. 

La genèse du groupe est issue de Vonn dont une réédition par le label Poch records retrace vos débuts, comment s’est créé le groupe suite à cette aventure ? 

On était jeunes, on a débuté à 16 ans, ça a duré 3 ans. Sur le disque de Vonn il y a des titres du début et de la fin, on a très vite évolué ensuite. On est partis du principe de faire de la musique, mais on n’était pas très bons, on a joué essentiellement sur Montpellier. On était dans le sillage de OTH. En 81, il n’y avait rien dans la région, pas de salles, pas de scènes, on organisait des concerts à Castries dans la salle polyvalente. T’avais une seule prise pour te brancher, pour trouver une sono et des sonorisateurs, c’était une catastrophe, la scène musicale était principalement tenue par le jazz, quand tu sortais un Marshall avec de la distorsion, les réactions étaient disproportionnées. On a été obligés de faire tout seul. Tout le monde s’est aperçu que c’était pareil dans toutes les villes, et c’est à partir du milieu des années 80 que se sont tissés des réseaux.

Votre premier disque est considéré comme initiateur du punk rock en France, comment voyez vous le renouveau de la scène punk actuelle ?

Je ne connais pas vraiment la scène actuelle, mais il y a des groupes comme Lysistrata qui font des trucs très différents, ils ont laissé tomber le format couplet refrain, une musique qui tourne, c’est assez génial ce qu’ils font, j’ai pris une claque sur scène, c’est encore des gamins mais qui savent vraiment jouer.

La plupart des membres originels sont présents sur le nouvel album « Grand bombardement tardif », est-ce une reformation éphémère ? 

C’est parti pour durer. Ça fait déjà cinq ans qu’on jouait sur scène, à raison d’une dizaine de dates par an. On se posait la question mais là on a un album à défendre donc on est prêts à repartir en tournée pour au moins deux ans.

Sens-tu cet engouement du public à vous retrouver sur scène ?

Comme je suis tout seul dans mon coin, je ne le sens pas mais l’envie est là oui, de voir du public et de jouer.

Comment avez-vous composé et enregistré ce nouveau disque ?

Quand le covid a débarqué nous étions en tournée, tout a été annulé. Au début, on savait pas trop quoi faire et on commençait sérieusement à s’emmerder et on a bossé « À Montpellier » un titre inédit qu’on jouait sur scène, on s’est dit qu’on allait même faire un 25 cm. Au début on s’envoyait des idées par internet, Manu le compositeur attitré a commencé à bosser et pendant un an, on a sélectionné 12 morceaux pour l’album, on a été exigeants sur le choix des compos. On a fait une maquette à notre local et ensuite on a finalisé en studio sur Toulouse.

Est ce que votre processus de création est resté le même depuis vos débuts ?

Il y a deux possibilités de création dans le groupe, c’est Manu qui compose de A à Z, il me propose des embryons de compos, qu’il enregistre et qu’il m’envoie, une fois qu’on valide, je greffe dessus des textes. Je sais pas trop comment je fonctionne, je commence par le refrain, je suis très attentif aux tonalités, à la sonorité. Je m’imprègne des mélodies pour trouver le texte, la langue française n’est pas très évidente à adapter à la musique, je chante au départ par onomatopées. Je me considère comme un instrument vocal qui se colle à la musicalité.

Tu as connu l’âge d’or du rock à Montpellier, quel regard portes-tu sur l’aspect culturel de la ville suite aux fermetures de lieux emblématiques tels que le Mojomatic ?

Ça a complètement changé. J’ai quitté Montpellier il y a 20 ans, la ville était à l’abandon, depuis la ville s’est embourgeoisée. Je n’y retourne que rarement, même pour les concerts. 

Le dernier album live date de 2014, qu’avez vous fait durant ces sept années d’absence ?

On a fait une dizaine de dates, on bosse tous à côté. Le week end on jouait pour le fun. Depuis l’arrivée du nouveau guitariste, on répète dans son local, ça nous a donné envie de reprendre la musique.

Comment expliques tu la longévité du groupe ?

On forme une famille et on se connait depuis longtemps, on est bien ensemble. En tournée, on passait plus de temps qu’avec nos nanas. Jouer ensemble ça crée des liens très forts.

Penses-tu que la musique puisse avoir un rôle dans le climat politique actuel ? Est ce que vous vous sentez missionnés par une cause particulière ?

La musique selon moi ne changera rien, dans le mouvement punk c’est toujours bizarre de dire ça, beaucoup sont investis dans une cause. Nous on fait de la musique pour que les gens oublient leurs problèmes, qu’ils se sentent appartenir à quelque chose de différent. Je n’ai absolument pas cette prétention.

Vous avez joué au Hellfest en 2018, que retiens-tu de cette expérience ?

Au début ça ne nous disait rien de jouer dans un énorme festival. Finalement, ça a été une sacrée expérience, à la base j’avais envie d’y aller en tant que spectateur. Jouer devant autant de monde, c’est quand même quelque chose !  

Franck Irle

Le 10/09/2022 à l’Espace Julien – Marseille (13).

 

 

 

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