CÉLESTIN

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Astronaute au grand cœur en quête de sens, Célestin, céleste et mutin, nous fait visiter quelques-unes de ses planètes avec son nouvel album « Deuxième Acte », sorti le 13 mai dernier. Lors d’une interview assez philosophique, il nous a fait monter à bord de sa fusée déjantée et nous a dévoilé quelques-uns de ses secrets…

Commençons par les origines. Pourquoi ce pseudonyme Célestin ? Y a-t-il un rapport avec la couverture de ton deuxième album ?

Oui, je voulais un nom d’artiste, un nom de projet. C’est vrai que j’ai eu plusieurs vies musicales : à la base, je suis batteur, j’ai joué dans différents groupes et styles musicaux, notamment du métal. J’ai aussi un autre gros projet, le duo humoristique Fills Monkey, qui tourne dans le monde entier et qui est autant théâtral que musical. Et là, sur le projet Célestin, je m’accompagne beaucoup d’une guitare et de machines et je chante donc c’est un univers assez éloigné des précédents, c’est pourquoi je voulais une certaine « étiquette » qui le différencie. Dans Célestin, il y a « céleste » effectivement parce que je suis passionné depuis tout petit d’astronomie : je passais des nuits à regarder les étoiles avec mon télescope, à faire des photos de la lune, des anneaux de Saturne et des satellites de Jupiter. Je pouvais parler pendant des heures des nébuleuses, des galaxies et de l’infiniment grand. Et le plus étonnant est que mon grand-père – dont je parle dans ma chanson « L’œuf au plat » – m’a donné une médaille ayant appartenu à un de ses aïeuls avant de mourir et devinez le prénom qui était écrit sur cette médaille ? Célestin…

Beau clin d’œil de la vie effectivement. Alors maintenant parlons musique et paroles : comment procèdes-tu pour l’écriture de tes chansons ?

Je n’ai pas vraiment de règles, ou plutôt la règle, c’est de ne pas avoir de règles. J’aime laisser beaucoup de liberté dans la façon dont une chanson peut prendre vie. Ça peut partir d’une idée de texte, d’une mélodie, d’une grille d’accords avec ma guitare qui me procure une émotion et sur laquelle je vais chantonner puis coller un texte. Ma base constante, c’est la guitare-voix puis je fais beaucoup d’arrangements moi-même en MAO et sur cet album, j’ai vraiment travaillé en binôme avec Jérémy Rassat. Je joue quasiment toutes les guitares, toutes les batteries, quelques basses et quelques synthés mais c’est surtout de la programmation. En fait, dans ma tête, les instruments sont devenus un peu secondaires, comme un moyen d’expression, certes mais au service du message. Et j’adore l’idée d’agrandir le spectre des sons qui peuvent être à notre disposition, comme le bruit d’objets du quotidien sur la chanson « Destitution » ou les percussions corporelles sur « Changer ».

Et quelles sont tes inspirations ?

Quand j’étais jeune, j’étais fan de Stomp, les rois de la body perc, qui jouaient notamment avec leurs corps, des ballons de basket, des briquets, des journaux et qui m’ont appris qu’on pouvait faire du rythme avec tout et n’importe quoi. D’ailleurs, dans Fills Monkey, on crée nos propres instruments et c’est un spectacle très rythmique. Après, mes influences sont très diverses : j’aime beaucoup les instrus et l’univers de Stromae, la poésie et l’engagement de Gaël Faye, les sons et le groove de Gims ou Burna Boy, le génie à la fois musical et parolier de Brassens, Gainsbourg, Renaud…mais aussi MC Solaar, IAM, NTM, Orelsan, Lomepal. J’ai été autant inspiré par Deftones, Tool, Les Beatles que par Chick Corea, les percussions latines et africaines, voire le jazz que j’ai étudié dans mon école de musique.

Et les inspirations féminines dans tout ça, M. le féministe ?

[Sourire] Très juste, merci de me le faire remarquer. J’avoue que j’écoute très peu de voix féminines mais je ne pense pas que ce soit une décision, c’est plutôt un fait. [Réflexion] Amy Winehouse par exemple, je plonge dedans et je trouve ce qu’elle fait fantastique mais je ne l’écoute pas en ce moment. Jeanne Cherhal, j’applaudis son écriture et sa poésie. Je suis fan de Noga Erez, une rappeuse électro que j’ai même été voir en live récemment et dont les instrus et le flow sont dingues. Mais tu as raison, il faut que je réfléchisse à cela parce que ce n’est pas normal. La majorité de la musique qui m’arrive est masculine. Je sais pourquoi et je me bats contre, donc je dois changer cela et faire l’effort d’aller vers des voix féminines, même si j’écoute plutôt des voix que je pourrais reproduire et que je n’ai pas une voix très aiguë.

Parlons maintenant d’humour. Ça a l’air d’être quelque chose de très important pour toi, non ?

Effectivement, c’est un des composants de Célestin. L’humour, c’est quelque chose de très culturel dans ma famille et moi, d’une part j’aime rire, d’autre part je pense que ça a été un outil de séduction et un moyen de me cacher aussi, de cacher ma timidité. L’humour est un grand atout quand on a des difficultés à aller vers les autres, j’ai développé ça en amateur toute ma vie. Je suis quelqu’un de plutôt timide au départ, introverti mais la scène m’a beaucoup aidé, elle m’a permis de débloquer certaines choses, peut-être de guérir. C’est aussi pour moi un ingrédient génial pour faire passer des idées, un message. Ma chanson « Vendredi noir » par exemple, on ne peut pas dire qu’elle est drôle mais elle est très second degré, limite sarcastique et je trouve que cela aide à faire passer le message.

Et comment es-tu passé d’une carrière de musicien à une carrière de chanteur solo ?

Le tremplin, c’était Fills Monkey. Je suis passé de batteur conventionnel, c’est-à-dire accompagnateur d’autres musiciens ou d’un chanteur à un duo de démo de batterie, pour faire de la publicité pour des marques puis à ce duo humoristique, qu’on présente vraiment comme un spectacle d’humour. Sinon, j’ai commencé à écrire des chansons à 14 ans, pour ma voisine dont j’étais éperdument amoureux et pour être moins transparente à ses yeux – mais ça n’a pas du tout marché ! Après, j’ai sorti une K7 avec mes compos. Et ensuite, je me suis laissé embarquer pendant plus de quinze ans dans une aventure folle autour de la batterie et des tournées. C’est seulement il y a quelques années que j’ai osé me mettre à nu en composant des mélodies – qui pour moi sont des compos plus personnelles que le rythme – et des paroles, chose extrêmement intime. Pour l’ego aussi, je trouve que c’est fort de porter un projet tout seul mais quand les gens n’aiment pas, c’est vraiment toi, tu ne peux pas partager avec d’autres membres du groupe, il y a un côté un peu risqué. Cela demande plus de temps et de courage de se lancer dans une carrière solo mais à un moment donné, il faut se lancer. J’ai écrit une chanson, puis une deuxième, puis un 4 titres et ensuite les concerts et les albums se sont enchaînés. Je trouve cette aventure incroyable parce que je ne pensais vraiment pas faire ça un jour mais là, je me suis auto-engagé dedans et je vais continuer. Surtout les concerts : ce que je préfère, c’est créer quelque chose avec les gens et ce que Célestin créé avec les gens en concert est très différent de tout ce que j’avais connu avant. C’est tout nouveau, c’est d’autres émotions et c’est assez passionnant donc je continue avec l’envie de découvrir où tout cela va m’emmener.

Parlons maintenant de ton engagement. Engagement écologique, engagement féministe, est-ce qu’il y en a d’autres ?

Celui que je porte depuis très jeune, c’est effectivement celui écologique, que j’ai développé très tôt : à 12 ans, j’avais créé l’ASN, l’Association de Sauvegarde de la Nature et je distribuais des tracts sur les voitures et j’essayais d’enrôler mes amis. Je trouve que c’est de loin le problème le plus urgent à régler et je crois qu’on ne mesure pas encore la taille de la catastrophe qu’on est en train de créer.
Concernant le féminisme, que j’aborde dans « Hommage au clitoris », cela me touche moins personnellement, étant né et me sentant homme mais j’ai une petite sœur qui est très féministe et qui m’aide à déconstruire beaucoup de choses, à sortir de carcans qui sont très forts et séculaires.
Je vis la même chose avec le racisme parce que j’ai une amie noire qui m’éduque. Comme en plus d’être homme, je suis blanc, c’est vrai que je dois d’autant plus faire l’effort, ou plutôt le chemin, pour comprendre. Mes valeurs sont fondamentalement anti-racistes donc je n’y avais jamais été confronté avant qu’elle ne me raconte ce qu’elle a vécu. J’en parle un peu dans la chanson « Poussière de luxe » (premier album) mais j’aimerais zoomer un peu plus sur ce point-là dans mon prochain album. Comme beaucoup de gens, je déteste les injustices. Et je pense qu’on ne va pas manquer de thématiques dans les années à venir, avec par exemple l’immigration des réfugiés climatiques. Il y a matière à plusieurs albums malheureusement…

Est-ce que cette éco-anxiété t’a amené à être végétarien ?

Pire. Je suis végan.

Au niveau de la prod, réalises-tu tes clips ?

Oui, la plupart. Pendant le confinement en particulier, j’ai réalisé plusieurs clips de A à Z – comme « Changer » ou « Destitution » qu’on peut retrouver sur Youtube – tournés au téléphone et montés pendant des semaines grâce à un logiciel dans lequel je me suis plongé. Le clip de « Miss Lune » a été réalisé par Geoffroy Virgery, qui a mis la barre beaucoup plus haute, avec de gros moyens, comparables à ceux du cinéma.

Une petite question philosophique maintenant : qu’est-ce qu’on fait là (titre d’une chanson de « Deuxième acte ») ?

Cette question, je me la pose depuis que j’ai 4-5 ans. D’abord, je l’ai posée à mes parents parce qu’ils étaient censés tout savoir et là, à ma grande surprise : ils ne savaient pas. J’ai ensuite passé une bonne partie de ma vie à me demander ce que je faisais là et aussi à halluciner sur le fait que les gens faisaient tous leur vie, comme si de rien n’était, comme si c’était normal. Alors que je trouve qu’il n’y a rien de normal. Rien que le fait d’avoir une main et de pouvoir décider par la pensée de la bouger, c’est fou ; ce qui se passe entre notre cerveau et les nerfs de cette main, ce sont des millions de miracles mis bout à bout. Évidemment, au bout d’un moment, j’ai fait comme tout le monde, j’ai compris qu’on ne savait pas et qu’on n’aurait une réponse que le jour ultime. Ce titre est une question, pas une réponse…Mais peut-être que sur le 3e album, j’aurai la réponse.

Question croustillante : as-tu rencontré Miss Lune et est-elle moins étouffante que dans ton clip ?

Alors oui, je l’ai rencontrée, après l’avoir cherchée pendant des années, des décennies même. Et oui, dans la réalité, elle est beaucoup moins étouffante parce qu’elle habite à Londres. On a une relation très particulière, avec beaucoup d’air. Et j’ai écrit pour elle la chanson « Tes lèvres ».

Que peut-on te souhaiter pour que ton année soit bonne ?

A titre personnel, de pouvoir continuer à partager ma musique. Ce que je préfère dans mon métier, c’est la rencontre avec les gens, partager un moment avec eux. J’aime être sur scène et la scène, pour moi, n’est pas un lieu pour réciter tout ce que j’ai appris et reproduire cela tous les soirs mais vraiment, l’occasion de rencontrer des gens qui ne connaissent pas mon univers et de les emmener vers un univers qu’on construit ensemble et qui n’existe de toute manière qu’à travers leur regard. Mon objectif est de vivre une émotion, différente selon les morceaux et selon les publics. Pour la chanson « L’œuf au plat », que je chante en acoustique, parmi les gens, j’ai souvent vu des personnes pleurer et j’ai même parfois pleuré moi-même. Dans le concert de Célestin, il y a des rires aussi, beaucoup de moments drôles et loufoques parce que c’est un personnage un peu décalé, parfois triste ou mélancolique, parfois engagé, parfois ridicule. Célestin s’habille en rose, aime les fleurs, ne se prend pas trop au sérieux, tout en abordant des choses très sérieuses quand même.
De manière plus dézoomée, je souhaite qu’on commence, avec mes sœurs et frères, à prendre conscience et à changer de direction, à s’éveiller, à devenir responsables, adultes. J’aimerais sentir que les mentalités changent parce que cela ferait du bien à tout le monde.

Loreleï Martinsse

Le 14/10/2022 aux Diables Bleus – Nice (06) et 15/10/2022 Chez Pauline – Nice (06).

www.facebook.com/CelestinOfficiel

Crédit photo : Simon Lambert / Mathieu Grondin

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