À l’occasion de la sortie de son album « Tous les jours, Suzanne », La Grande Sophie revient sur ses 30 ans de carrière, son attachement à Marseille, son regard sur l’industrie musicale et les projets qui continuent de la faire avancer.
Vous avez grandi près de Marseille. Quel lien entretenez-vous encore aujourd’hui avec cette ville ?
Je suis arrivée à Port-de-Bouc à l’âge de deux ans. C’est là que tout a commencé : la musique, mes premières scènes, notamment lors de la Fête de la musique avec mon frère. J’y ai encore toute ma famille et un pied-à-terre, donc j’y reviens très souvent. Marseille fait partie de mon histoire.
Après près de 30 ans de carrière, comment votre regard sur le métier a-t-il évolué ?
Je réalise seulement ce que représentent ces 30 ans. Le plus difficile, ce n’est pas de débuter, c’est de durer. J’ai connu une époque sans réseaux sociaux. Aujourd’hui, tout va plus vite et chacun peut créer de la musique depuis chez soi. Ce qui est devenu essentiel, c’est de préserver sa singularité et de ne jamais oublier pourquoi on fait ce métier.
Vous avez toujours suivi votre propre chemin. Cette indépendance a-t-elle parfois été difficile à défendre ?
Oui, on m’a souvent proposé de suivre les tendances ou de travailler avec les producteurs du moment. Cependant je savais que ce n’était pas mon univers. Il faut apprendre à dire non et à défendre ce que l’on est.
Est-ce que le public a changé dans sa manière de vivre un concert ?
Aujourd’hui, tout va très vite. Les gens écoutent parfois quelques secondes d’un morceau avant de passer au suivant. En concert, heureusement, je retrouve encore une vraie qualité d’écoute. Ce qui me touche le plus, c’est lorsque le public repart en chantant une chanson : c’est là que je sens qu’il s’est passé quelque chose.
Dans « La Place du fantôme », apparaissait déjà Suzanne. Est-ce que cet album annonçait « Tous les jours, Suzanne » ?
C’est là qu’est née Suzanne, d’abord dans une chanson, avant de devenir le fil conducteur du livre puis du spectacle. Avec le recul, je me rends compte que tout est parti de cet album.
Vous collaborez avec Philippe Katerine sur « Viens faire un duo avec moi ». Comment est née cette idée ?
C’est une histoire incroyable : j’ai rêvé que Philippe Katerine s’invitait dans un de mes rêves. Au réveil, j’ai écrit la chanson et je la lui ai envoyée. Il m’a répondu : « Je suis chaud. » Le duo est né comme ça.
« Grandir » est présenté comme un hymne à la liberté. Que raconte cette chanson ?
Elle parle d’une liberté qu’il faut continuer à défendre, notamment pour les femmes. J’avais envie de montrer qu’après 50 ans, on peut encore créer, proposer des choses nouvelles et continuer à s’affirmer.
Vous invitez aussi Francis Cabrel sur « Hanoï ». Pourquoi ce choix ?
J’ai eu un vrai coup de cœur humain en le rencontrant aux Rencontres d’Astaffort. Comme il a adopté une petite fille au Vietnam et que « Hanoï » faisait écho à cette histoire, je lui ai proposé de chanter avec moi. Il a accepté, et j’en étais très heureuse.
Entre la musique, le livre et le spectacle, vous explorez plusieurs formes artistiques. Est-ce une manière de continuer à vous surprendre ?
Oui. Avec « Tous les jours, Suzanne », je suis devenue productrice, j’ai travaillé avec une metteuse en scène et appris un seul-en-scène très exigeant. Tout cela m’a donné un nouvel élan. Aujourd’hui, le théâtre m’attire beaucoup, mais j’ai aussi envie de retrouver l’énergie de mes débuts, de refaire des festivals et de faire danser les gens.
En 2027, vous célébrerez vos 30 ans de carrière. Est-ce que vous préparez quelque chose de particulier ?
Je ne suis pas très attachée aux anniversaires de carrière, mais je réalise que durer trente ans est déjà une célébration. J’ai surtout envie que le public soit au rendez-vous, parce que la suite, je ne sais pas encore ce qu’elle sera.
Hugo Da Silva
Le 17/11/2026 au Train Théâtre – Porte-lès-Valence (26).
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