FESTIVAL DE NÉOULES

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Live Report Festival de Néoules

Du 21 au 24/07/2021 à Néoules (83).

Le Festival de Néoules fêtait cette année ses 30 ans et à partir d’une modeste rencontre entre habitants du villages et artistes de l’univers de la musique traditionnelle, un ensemble de personnes a pris en main l’idée pour la faire évoluer, en concept, en substance comme en envergure. L’association « Chateau Loin, Chemins Pluriels » a été créée, s’est transformée pour donner naissance au miracle auquel nous avons pu participer en 2021, sans avoir assisté à sa genèse, son évolution, seul l’aboutissement s’offre à nous, et il nous a totalement enchantés. Un festival ambitieux, humain, artistique, réellement écologique et ouvert sur l’autre et ses différences.

Nous avons voulu vivre le festival de l’intérieur, multiplier les rencontres avec le public, les artistes, les bénévoles et l’équipe de responsables de la programmation et de la communication, pour cela nous avons vécu 3 jours sur le camping des festivaliers et nous avons eu la chance d’être intégrés à l’équipe comme des bénévoles, qu’en réalité et même si ce n’est pas toujours reconnu, nous sommes. Nous avons été accueillis par Stéphane Poirrier, responsable de la communication qui nous a d’emblée mis à l’aise et en toute simplicité, il a su nous motiver à l’idée de donner notre maximum, avec nos moyens et nos compétences pour faire vivre cette incroyable aventure humaine, comme chaque bénévole sait, en fait, le faire.

 Arrivés en début d’après midi, nous assistons au travail des bénévoles que ce soit pour la préparation technique des scènes comme au bar, à la sécurité ou en cuisine. L’équipe travaille dans le calme, chacun est à sa place, tout le monde semble se connaître et a été accueilli et placé au bon endroit en fonction de ses compétences. Nous partageons l’espace avec les amis marseillais de Raspigaous, dont certains sont de vielles connaissances mais aussi avec le band parisien de Soom T. qui accompagne souvent Taïro. Tout le monde est à l’aise et décontracté et semble impatient de monter sur scène le soir même.

Le soir venu, les rencontres s’étant multipliées toute la journée, nous sommes enfin disposés à entendre, voir et vivre la musique. Nous avons beaucoup de mal à trouver nos mots pour décrire ce que nous avons vécu et trouver un ordre logique pour décrire notre bonheur profond pendant ces deux soirées. Un son magnifique, clair et puissant, deux scènes utilisées en alternance pour une soirée live sans aucune rupture dans le flow musical ni changement de plateau. Le public est hyper impliqué, danse, vibre, exulte, suis les injonctions des musiciens au pied de la lettre et l’osmose est palpable au delà de ce qu’on a l’habitude de ressentir. La frustration d’une vie sociale contrainte à son minimum a eu, ici, des vertus insoupçonnées, tout le monde à envie, très envie et bien plus envie que de coutume. Les musiciens jouent comme ils n’ont jamais joué et même les plus doués d’entre eux sur scène ont été, lors de ces deux soirées, transcendés par toute cette frustration sociale accumulée. 

Nous ne savons pas si il sera possible d’évoquer chaque artiste, mais nous allons essayer : Raspigaous, survolté a emporté le public avec le professionnalisme d’Hand Cart Band qui backe le groupe depuis quelques années et qui a pulsé les compositions d’un Lionel Achenza qui sait comme personne faire sauter et impliquer son public. Ensuite Soom T. qui nous a spontanément salué et même bénis après s’être jetée dans les bras de ma moitié pour l’embrasser avant de monter sur scène, nous a emporté avec sa ferveur et son engagement vocal et politique. Ensuite Scars, un toaster français ragga dancehall que nous découvrions, nous a offert un entracte inattendu de qualité, de groove et de ferveur et un son créole très dansant. Naaman, Fatbabs, son beatmaker/compositeur survolté et son band les Deep Rockers a renversé l’audience avec son identité Soul Reggae habituelle, enrichie cette fois ci par quelques titres d’un nouvel album à venir plus Africain, enregistré au Mozambique. Un show magistral, énergique que le groupe n’arrivait même pas à conclure avec un final qui s’étire sur plus de vingt minutes, l’envie de communier étant trop forte pour nous quitter. Nous sommes rentrés au camping en fin de soirée hébétés, comme douchés de bonnes vibrations, épuisés, conquis et encore bouillants de nos milliers de pas de danse.

Notre deuxième soirée  a été aussi passionnée que la première mais avec plus de découvertes encore, dès 18 heures le son résonnait au loin et enrobait le village en entier. Quand nous sommes arrivés vers 20 heures, nous avons simplement été emportés par le Balani Sound System qui restera comme notre plus grande surprise du festival. Ce trio électro, balafon, percussions, clavier et chant propose un style métissé de toutes les influences afro-dansantes qui apparaît comme l’union de tout le génie musical africain pour faire entrer un public en transe. Le déhanché du leader du groupe sur scène nous a fait penser à un vieux congolais blanc totalement habité par sa musique, portant son groupe par sa ferveur et son implication enthousiaste et totale. Lil Diop, le griot Reggae By fall qui a partagé la scène avec Natty Jean nous a offert un show émouvant, transpirant de la célèbre Teranga typique qui fait des sénégalais, un des peuples les plus accueillants d’Afrique. L’Orchestre National de Barbès prenait le relais pour porter la qualité musicale au delà de tout ce que nous avions déjà vu de magique à Néoules et même de ce que nous aurions pu imaginer de leur part. Leur musique a toujours enjambé les pièges des intégristes s’accrochant à un style musical en particulier, mais aujourd’hui leur nouvelle formule se veut plus africaine, plus métissée et plus moderne encore, presque futuriste, inventant une nouvelle créolisation typiquement française, qu’on ne pourrait trouver nulle part ailleurs et qui honore notre société finalement multiculturelle. Leurs compositions entrent en nous par une porte et en ouvrent d’autres à chaque instant, miraculeusement nous ne sommes jamais perdus, entre rythme hypnotique d’Afrique centrale, transe fervente du Maghreb et groove funk naturel et décomplexé, la qualité musicale est portée très loin dans le détail comme dans l’ensemble. Même Danakil que nous trouvons d’habitude plutôt pauvre musicalement et répétitif s’est transcendé et nous a ravis, le groupe semble avoir mis à profit le confinement pour affiner sa formule et développer son mix musical. Nous avons rencontré David Anne, la cheville ouvrière du festival et programmateur musical, son enthousiasme et sa rigueur dans le travail sont communicatifs et nous ne pouvons que le féliciter pour avoir su réunir cet impressionnant cocktail enivrant de musiques métisses, toutes dansantes et impliquantes, pour un ensemble juste parfait qui a tenu tout le public en haleine des débuts aux fins de soirées sans temps morts ni maillon faible.

Je ne pourrais décrire toutes les rencontres de bénévoles tous compétents, motivés et enchantés qui reportent chaque année leurs vacances pour faire partie de ce miracle et qui prennent un plaisir palpable à partager leur implication, les instants de dialogue avec des commerçants tenant des stands bariolés qui se mêlent à l’ambiance, mais surtout avec des festivaliers fêtards, rieurs, polis, humains, prolixes, originaux, volontaires pour rencontrer et communier. Nous avons été réellement habités par tant de bonheur à partager et le sentiment de voir, là, naître un nouveau modèle d’humanité que nous reverrions de voir, un jour contaminer le monde. 

La spiritualité revient à considérer qu’il existe une réalité des liens entre les être humains au delà de la simple matérialité, et le moins qu’on puisse dire  après les deux jours de rêve humain, culturel, artistique et sociétal que nous venons de passer à Néoules, c’est que la démarche de l’équipe du festival, des artistes et du public présent donne vie à cette notion pourtant abstraite et décalée dans le cadre d’une société essentiellement matérialiste. Elle revient à poser la question de savoir si quelque chose qui ne coûte rien peut avoir une valeur perçue et reconnue, cette chose porte un nom qui lui rend honneur : l’engagement, sans aucun doute une vision futuriste de l’avenir de l’humanité, bien au delà de ce qu’on a appelé le monde d’après, l’association « Chateau Loin, Chemins Pluriels » porte bien son nom et défriche année après année le chemin à suivre pour vivre heureux, ensemble et enfin apprendre à donner et à partager notre unique planète.  Merci encore à chacun de vous pour vos sourires, votre accueil, votre ferveur pétillante et le bonheur que vous nous avez offert pendant ces deux journées bien au delà de nos rêves.

Datondé Dandjo & Emmanuel Truchet

 

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