Projet solo de Louis Péchinot, batteur de Pogo Car Crash Control, Louis La Flemme mêle influences rock des années 90 à une production contemporaine avec une touche d’électro. Ses textes, parfois provocateurs et autobiographiques, oscillent entre nostalgie, lucidité et sincérité, avec une approche pop rafraîchissante portée par un groupe live énergique.
J’ai essayé de trouver un descriptif afin de parler de ton univers à quelqu’un qui ne te connaîtrait pas, et je dirais que tu proposes un rock post-ado, pré-adulte, un peu à la Sum 41, Blink 182 ou Green Day du premier album.
Exactement, il y a beaucoup de ces racines là. De fin 90 aux années 2000 il y a beaucoup d’influences, mais il y a aussi une volonté de production plus actuelle.
Il y a une volonté d’être plus contemporain. Tu mêles de l’électro à tes compositions, chose qu’il n’y avait pas chez ces groupes surtout dans les années 90.
C’est ça. Toutes les batteries sont programmés sur l’album, il y a d’autres styles dans les influences qui font que dans la productions on ne retrouve pas que du post punk.
Les textes sont parfois touchants, provocateurs avec un côté désinvolte et décomplexé mais toujours assumé.
Carrément, quand j’écris pour Louis la flemme, c’est un projet où je peux être plus sincère, plus direct. Comme c’est moi qui chante ça devient aussi plus intime du coup.
Justement, comment est né Louis La Flemme ?
J’ai commencé à faire des maquettes dans ma chambre. Cela devenait plus concret. J’ai fait écouter à quelques potes, puis j’ai rencontré Théo avec qui j’ai fait l’EP, puis l’album. C’est lui qui a produit les deux disques. Le nom est arrivé assez tard. Je cherchais une idée, et je pense que c’est plutôt sain d’avoir la flemme dans la vie. Et même si je n’ai pas une flemme légendaire, ça me permet parfois de me cacher derrière le personnage.
En ayant la flemme on prend peut être plus le temps de faire les choses et donc nous ne bâclons pas.
Oui complètement, et pour moi le bonheur c’est aussi savoir s’ennuyer.
Une écriture assez autobiographique, notamment dans le titre « Le temps », est ce que maintenant tu penses avoir trouvé ta place ?
Je pense que c’est une constante évolution. Ce n’est jamais quelque chose de stable et définitif.
Il y a un fil conducteur très 90’s autant dans la musique que dans les textes, il y a même un clin d’oeil à la série « Friends » et plus précisément à Matthew Perry.
Je voulais parler de l’évolution de cet acteur et les conditions de sa mort. Entre le médecin qui lui prescrivait de la kétamine et la dealeuse qui profitait de sa faiblesse et de ses addictions, j’ai trouvé ça assez horrible.
Malgré une nonchalance assumée, notamment sur « Ambition », les textes ne sont pas que légers. Ainsi, « Nouveau jour » est un texte lourd sur le constat social et humain actuel. Il y a un équilibre entre une musicalité légère et des textes très actuels et profonds.
Oui, la mélodie du refrain peut même paraître naïve, comme une comptine, alors qu’effectivement le texte est un peu plus lourd.
C’est un album assez nostalgique dans l’ensemble, comme si tu avais peur du temps qui passe trop vite.
Oui mais je pense que c’est quelque chose que nous avons tous un peu en nous. Je voulais vraiment sur cet album rendre hommage à toutes ces influences qui m’ont donné envie de faire de la musique dans les années 2000.
Il y a comme une difficulté avec le lâcher prise de l’insouciance pour plonger dans le monde adulte. Je marche sur un fil et je ne sais pas de quel côté je veux tomber.
C’est exactement ça ! Mais peut être qu’il faut rester sur le fil pour ne pas devenir chiant.
Au niveau de l’écriture, quels sont les artistes français qui t’ont influencés ?
J’ai été pas mal bercé par le rap français, comme Booba par exemple, ou Orelsan. J’aime beaucoup le côté provocateur et imagé du rap. J’ai joué dans beaucoup de groupes avec une base punk rock, guitare, basse, batterie, ce qui limite en répétition car ça doit sonner comme ça pour le live, alors que lorsque tu viens de la production home studio. Cela amène une fraîcheur et une liberté et je voulais explorer ça justement.
Dans le titre « En attendant » il y a une phrase que j’aime beaucoup, « La Terre tournaera avec ou sans moi alors je laisse filer le temps », une belle phrase sur l’impuissance face à tout ce qui se passe autour de nous.
C’est aussi et surtout pour nous permettre de relativiser sur notre place dans ce monde, tout est tellement violent, sur les réseaux sociaux et dans le monde en général, alors que nous ne sommes que de passage et certains ont du mal à s’en souvenir.
Un format vinyle est sorti pour ton album, c’est devenu incontournable pour les artistes ?
C’était plus une idée du label que de la mienne au départ, mais une fois que j’ai eu le vinyle entre les mains ça devenait vraiment concret.
J’imagine que lorsqu’on crée un album, on produit beaucoup plus de titres que ceux que l’on garde. Es tu dans l’élan d’une suite à ton album ?
En effet, je suis déjà sur la suite, mais c’est une phase de création qui sera différente malgré tout. Pour l’EP et l’album nous avons retenus 15 titres en tout mais j’en avais une trentaine. Toutefois, je vais repartir sur une page blanche. J’ai envie de raconter autre chose.
Toujours dans le même univers musical ?
Peut-être un peu plus assumé rock, je ne sais pas encore.
Louis La Flemme sur scène c’est guitare, basse, batterie ?
Bien sûr ! Les titres sur scène fonctionnent bien comme ça. J’adore avoir l’énergie d’un groupe autour de moi, c’est mon élément.
Un clip est sorti également sur le titre « Trop vite », veux tu parler de sa réalisation ?
J’ai fait appel à Romain Perno qui fait aussi les clips de Pogo Car Crash Control dont je suis le batteur. C’était assez intéressant de le ramener sur Louis La Flemme qui est plus pop. Mon seul cahier des charges c’est que je voulais quelque chose de cinématographique, mais je ne voulais pas forcément que ça raconte une histoire.
Est ce qu’il y a une question qu’on ne t’a jamais posée en interview et à laquelle tu aimerais répondre ?
J’ai réalisé après beaucoup de temps que finalement ce n’était pas forcément difficile de produire de la musique soit même avec un logiciel et une carte son. Déjà pour s’amuser, et par extension peut être pour un jour en faire quelque chose. J’aimerais transmettre cela aux gens car ça m’a vraiment fait du bien de découvrir cela. C’est une autre manière de faire de la musique qu’en groupe finalement. Alors mettez vous à la musique ! (rires)
Pour conclure, il vaut mieux créer, même si ce n’est que pour soi-même, plutôt que de ne rien faire.
Tout à fait, je pense que c’est une bonne thérapie.
Franck Inizan
📸 Louis La Flemme par N’kruma.
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