Le collectif initié par -M-, Lamomali relie la France et le Mali au son de la kora et d’une pop métissée. Une porte ouverte sur les identités, la fraternité et l’émotion musicale partagée.
Les premières étincelles
Dès 2006, Matthieu Chedid, alias -M-, entre en contact avec la scène malienne via Amadou & Mariam, lors du festival Paris‑Bamako. Enregistrant “C’est le bonheur”, il découvre une puissance musicale qui l’ouvre à l’Afrique. C’est véritablement en 2012, après un voyage personnel à Bamako, qu’il entend pour la première fois une kora, instrument mythique malien. Il dort avec, répète sur place et expérimente la guitare sur ce son ancestral. Rentré à Paris, il prend contact avec Toumani Diabaté, griot de la 71ᵉ génération, et son fils Sidiki. En studio, l’alchimie est immédiate : la kora dialogue avec la guitare, la pop s’hybride aux rythmes africains. L’idée de Lamomali – contraction de “l’âme au Mali” – est née, souhaitant bâtir un pont musical et humain entre les deux rives, tirant ses premiers accords de rencontres et de partages profonds.
“Lamomali”, un album manifeste
En 2017 sort “Lamomali”, sur le label Wagram / Labo M, comprenant 11 titres métissés. Produit par -M- et Pierre Juarez, mixé par Philippe Zdar, l’album installe un collectif unique. Toumani et Sidiki Diabaté à la kora, Fatoumata Diawara au chant, et une constellation d’invités : Jain, Oxmo Puccino, Santigold, Philippe Jaroussky, Amadou & Mariam, Ibrahim Maalouf, Nekfeu. C’est un disque politique, plus proche de “la vie de la cité” que d’une posture militante, selon la réflexion de -M-. “Manitoumani” ouvre le bal, hommage vibrant à Toumani ; “Bal de Bamako” invite Oxmo Puccino ; “Solidarité” réunit les voix pour un hymne universel. Un album dense, festif et fédérateur, qui se vend à plus de 300 000 exemplaires, atteint la tête des charts et reçoit la Victoire de la musique du meilleur album monde en 2018.
Un message humaniste au cœur
Imaginé dans un monde secoué par les attentats de 2015, entre Paris et Bamako, Lamomali s’inscrit comme un projet-réponse au climat de peur et de fermeture. Face à la montée du repli identitaire, -M- façonne une œuvre profondément fraternelle. Son moteur : réaffirmer l’universalité du lien humain à travers la musique. L’inspiration centrale vient d’un vers de sa grand-mère, la poétesse Andrée Chedid : “Toi, qui que tu sois, je te suis bien plus proche qu’étranger”. Ces mots deviennent une devise, une boussole. À travers la kora, la guitare, les voix du Mali et de France, c’est un message d’ouverture qui résonne. Ni moralisateur ni naïf, le projet danse avec la joie, mais reste enraciné dans une conscience politique : celle de redonner à l’Afrique sa place de sujet artistique à part entière. Refusant l’exotisme ou la folklorisation, Lamomali propose une désoccidentalisation du regard : l’Afrique n’est plus décor mais matrice créative. Cette démarche, portée par une esthétique chaleureuse et une volonté de partage, élève Lamomali au rang de manifeste : celui d’un art joyeux, mais lucide, porteur d’espoir et de résistance.
La scène comme rituel collectif
Dès l’été 2017, Lamomali se transforme en spectacle total. La première date, aux Nuits de Fourvière à Lyon, donne le ton : une scénographie flamboyante, une énergie de transe, un creuset de sons et de récits. La tournée sillonne ensuite les Zéniths, les festivals, la Salle Pleyel, jusqu’à un point d’orgue à l’Accor Arena. Près de 500 000 personnes assistent à cette odyssée scénique. -M-, vêtu d’habits chamaniques conçus comme des extensions poétiques de son corps, y devient griot blanc, passeur de mémoire et de lumière. Autour de lui, Fatoumata Diawara, Toumani et Sidiki Diabaté, mais aussi d’autres voix, musiciens, danseurs et invités de prestige (Oxmo Puccino, Amadou & Mariam, etc.) bâtissent une fable vivante. Les morceaux phares comme “Bal de Bamako”, “Manitoumani” ou “Solidarité” deviennent des moments de liesse, entre slam, improvisation, pulsations mandingues et envolées pop. Le public, invité à chanter, à danser, à communier, fait partie intégrante du rituel. La scène devient espace de transformation : une célébration de l’altérité, une transe douce, un hommage au vivant. Ce moment suspendu prend fin en 2018, avec la sortie de “Lamomali Airlines”, album live capté sur la route, témoignage vibrant de cette aventure collective et sensuelle.
La force des complices
Lamomali, plus qu’un groupe, est une constellation. À sa base : Toumani Diabaté, griot légendaire, maître de la kora et son fils Sidiki, qui mêle tradition et rap électro. Fatoumata Diawara apporte la portée féminine, sa voix et sa présence engagée. À leurs côtés, des artistes aux racines variées : Jain, Ibrahim Maalouf, Santigold et Philippe Jaroussky contribuent à la richesse du collectif. Cette diversité musicale est le cœur de Lamomali : chacun apporte sa culture, chaque voix crée un dialogue. Le résultat : un univers unique, vibrant, ouvert, qui ne cesse de se réinventer. Ensemble, ils incarnent l’utopie sonore voulue par -M‑, mais surtout un projet de fraternité interculturelle. Cette force collective, tissée d’amitiés et de respect mutuel, fait de Lamomali un laboratoire musical inédit.
“Totem” : un nouvel hymne
En 2025, le collectif revient avec son deuxième album, “Totem” (Wagram / Labo M). Enregistré entre 2022 et 2024, il s’ouvre sur 12 titres mêlant funk, ballades et rythmes mandingues, avec invités prestigieux : Amadou & Mariam, Angelique Kidjo, Tiken Jah Fakoly, Patrick Watson. Le single “Je suis Mali”, premier extrait de l’album, a rapidement marqué les esprits par son message solaire et fédérateur. La dimension émotionnelle est plus forte : Toumani Diabaté décède en 2024 pendant l’enregistrement, et l’album lui est dédié. Son fils Balla Diabaté le rejoint à la kora. D’autres titres rendent hommage à Philippe Zdar (“Ad Vitam”) et à Amadou Bagayoko (“Bel Ami”), décédés eux aussi peu avant la sortie. “Totem” marque une émotion plus dense, une introspection vivante, plus spirituelle mais toujours célébrante, faisant vibrer la kora comme le totem d’un chemin d’héritage et de transmission.
Le futur en résonance
Lamomali poursuit son aventure scénique avec une nouvelle tournée portée par “Totem”. Le collectif sillonne les grandes scènes françaises, avec un passage remarqué dans l’une des plus emblématiques salles parisiennes, l’Accor Arena. Le spectacle a pris une nouvelle dimension : plus sobre dans sa forme, plus introspectif dans sa narration, il conserve pourtant l’âme festive et rituelle du projet. Aux côtés de -M- et de Fatoumata Diawara, Sidiki Diabaté partage désormais la scène avec son frère Balla, héritier désigné de Toumani. Cette nouvelle configuration incarne l’idée d’une continuité vivante, où la mémoire et la création cohabitent. Le projet reste ouvert, prêt à accueillir de nouveaux artistes et de nouvelles influences. Plus qu’un groupe, Lamomali se présente désormais comme une utopie en mouvement : un manifeste musical et humaniste, en perpétuelle réinvention.
Andy Martinez
Le 01/10/2025 à la Sud de France Arena – Montpellier (34), le 28/11/2025 au Palais Nikaïa – Nice (06) et les 29 et 30/11/2025 à l’Aréna du Pays d’Aix – Aix-en-Provence (13).
📸 Lamomali par Yann Orhan.










