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INTERVIEW DE BIGFLO & OLI

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Avec « Karma », Bigflo et Oli ouvrent un nouveau chapitre de leur carrière, entre retour aux sources, liberté artistique et confidences personnelles. Dans cet entretien, Oli revient sur la conception de l’album, leurs dix ans de parcours, son rôle de juré dans « Nouvelle École » et leur volonté de transmettre aux nouvelles générations, sans oublier les ambitions du Rose Festival.

« Karma » marque vos dix ans de carrière. Est-ce un nouveau départ ou un bilan ?

C’est quand même plus un nouveau départ, un nouveau virage, une envie de mettre un coup de frais et d’avoir un rapport un peu plus différent à notre essence artistique, à notre manière de composer. Ça a été quelque chose d’assez frais, assez nouveau pour nous. Une sorte de nouveau départ, mais qui passe toujours par un retour aux sources : se reconnecter avec notre fraternité, faire du son à deux, kiffer, moins réfléchir au format, à ce qu’on attend de nous. Donc ça me va comme définition, je suis assez d’accord.

Vous dites mériter dix ans de plus dans ce rap game. Est-ce que ça change quelque chose dans votre approche de l’écriture ? Est-ce que ça met une forme de pression ?

Nous avons de moins en moins ce rapport-là. C’était surtout un combat, un challenge contre nous-mêmes. Se prouver les choses et ne pas s’endormir sur ses acquis. Il fallait rester dans cette envie d’évoluer, de devenir meilleur techniquement et d’étonner. Dans les retours, on est contents et surpris de voir qu’on est acceptés un peu partout, dans tous les milieux. Que ce soit le monde de la musique en général ou le milieu un peu plus fermé du rap. Aujourd’hui, notre place n’est quasiment plus trop discutée depuis les freestyles. La preuve en est : j’ai été juré de « Nouvelle École ». On est assez heureux, mais il y avait une forme de challenge, de se dire : « On est des rappeurs, on mérite notre place et on va le prouver », surtout se le prouver.

« Karma » peut autant s’apparenter à du bon que du mauvais. Par rapport à l’album dans sa globalité, le karma qui en ressort est plutôt bon ou mauvais, selon toi ?

J’ai l’impression que c’est plutôt bon. Même quand il est mauvais, on va dire qu’il est bon pour nous. Parce que souvent, quand il est mauvais, les gens disent : « Tu verras, le karma s’en occupera. » Donc, dans certains sens, c’est une forme de justice qu’on s’invente. Je dirais donc plutôt bon. J’aime bien cette double lecture, comme le verre à moitié plein ou à moitié vide, chacun pourra avoir sur cette notion-là. Je trouvais ça intéressant que les gens puissent interpréter les morceaux et presque les classer en mode « bon karma » ou « mauvais karma ». Il y avait aussi toute une allégorie autour de notre carrière. C’est comme si c’était une graine qu’on avait plantée depuis des années, malgré les critiques, notre arrivée un peu atypique dans ce milieu-là — nous, les mecs de province, à des années-lumière des codes de la musique. On l’a arrosée, le karma a bien fait les choses. On a trouvé ça pas mal en termes de symbolique.

« Gouttes de sel », justement, c’est à l’inverse. Ça interroge les dépendances, mais aussi la place que prennent les réseaux, les médias. On va, entre guillemets, se référer à tout ce qui se dit, se lit et s’entend pour dicter notre vie. Est-ce que vous êtes surpris vous-mêmes d’être dans cette vibe-là ? Est-ce que vous vous dites : « Merde, je suis un peu trop accro à ça » ou « J’écoute un peu trop ça » ?

Bien sûr. La genèse du morceau vient même de là, de ce recul qu’on a pris. On est un peu bipolaires comme tout le monde. Il y a des jours où tu te dis : « Mais qu’est-ce que je suis con, je viens de scroller pendant quarante minutes, une heure, sur des trucs à la con. » Ça venait de nous et aussi de discussions autour de nous. On a l’impression qu’il y a toute une génération qui essaie, parfois à l’extrême, de disséquer, de comprendre ce qui se passe dans le monde et de prendre un recul sur son mode de consommation, que ce soit digital, alimentaire, vestimentaire. Les gens essaient peut-être pas de tout changer, mais en tout cas de sortir d’une boucle un peu dangereuse.

Il y a également des morceaux un peu plus intimes, tel que « Osaka », par exemple, qui parle de l’anxiété de Flo. Et « Tu me manques » aussi, plus par rapport à toi Oli. Quelles sont les genèses des titres ?

C’étaient des morceaux assez intimes qu’on ne se voyait pas chanter à deux, parce que ce sont des histoires personnelles. « Osaka », c’est un peu sur la dépression de Flo, malheureusement, et sur son anxiété et son refuge, qui est le voyage. Et puis moi, « Tu me manques », c’est sur le deuil que j’ai dû faire assez jeune, avec une sorte de grand-mère d’adoption de mon quartier qui m’a vraiment pris sous son aile. C’étaient des morceaux très intimes, comme une parenthèse au milieu de l’album, qu’on avait envie de mettre et qui résonnaient pas mal. On voulait y ajouter un peu de fond aussi, pas juste faire un album purement rap et démonstratif. On trouvait ça cool de rajouter du fond et de la plume, avec de belles phases écrites.

Malgré tout, on sent un peu plus un retour au rap, entre guillemets, brut. Tu disais tout à l’heure que vous étiez souvent collés à des étiquettes et que vous aviez du mal à être acceptés un peu partout parce que certains disaient que vous chantiez trop, que ce n’était pas du vrai rap. Finalement, maintenant, tu es dans « Nouvelle École », ce qui prouve que finalement vous avez plutôt réussi. Vous arrivez désormais à faire autant des sons « mainstream », que des morceaux plus bruts, où l’on voit vraiment vos qualités de rappeurs.

Merci, ça fait plaisir. Ça a été un long chemin. Ça a aussi consisté à faire ses preuves en live. Le live et la tournée nous ont beaucoup aidés à montrer qui on était et ce qu’on pouvait défendre sur scène, dans les qualités des prestations, de la musicalité qu’on a ajoutée. On était parmi ceux, pas les premiers, mais parmi ceux qui ont initié un mouvement consistant à mettre de vrais instruments en live dans le rap français, sur scène, depuis plus de dix ans. À l’époque, aujourd’hui, ça semble logique, mais quand on débarquait avec une trompette et un violoncelle, c’était un peu hors norme. Je pense que c’est beaucoup passé par là. C’est aussi pour ça que je dis toujours aux gens de venir nous voir en tournée, en concert, parce qu’il y a une dimension différente et qu’on y ressent encore plus l’envie, l’authenticité qu’on y met. Ça ne ment pas et ça transparaît vraiment en live. Le live nous a bien aidés dans tout ce processus-là..

À la base, l’album devait plutôt être une mixtape, parce que vous sortiez des sons un peu au compte goutte, durant l’année. Qu’est-ce qui a fait basculer le projet vers un véritable projet plus abouti ?

C’est Flo qui a proposé l’idée en premier. À partir de la création du morceau “Karma”, qui est un morceau beaucoup plus musical, avec un refrain, des textes très profonds et en y mettant les solos dont tu as parlé, « Tu me manques », etc, on commençait à avoir quelque chose de plus consistant qu’une simple mixtape d’amusement et de créativité. On a gardé l’esprit mixtape dans la création, mais on y a mis le nom album. Ça nous a aidés à nous faire croire à nous-mêmes que c’était une mixtape. Ça nous a permis aussi de nous autoriser plus de changements de production au milieu d’un morceau. Parfois des morceaux sans thème, avec juste de bons gimmicks. Ça nous a amené un élan de liberté artistique qui était intéressant.

Tout à l’heure, tu parlais de « Nouvelle École ». Qu’est-ce qui t’a donné envie ? Je sais que l’année dernière, tu étais déjà passé en tant qu’aide-coach. Mais qu’est-ce qui t’a donné envie, cette année, d’être directement dans le jury ?

C’est eux qui m’ont donné envie. Ils m’ont appelé, ils m’ont convaincu. Ils m’ont dit que ce serait intéressant. Ce qui m’a donné envie, c’est aussi de me dire qu’on a plus de dix ans de carrière maintenant et que c’est intéressant de se tourner vers l’avenir. Sans faire trop le vieux, mais c’est vrai qu’avec le temps, on a beaucoup d’expérience. Maintenant, on est producteurs de l’un des plus gros festivals de France, on a été juré de « The Voice », on a aidé plein d’artistes et  repéré d’autres, mais aussi de vidéastes, de photographes, de beatmakers qu’on a mis en avant. C’était un peu logique de maintenant se tourner vers l’aide, le partage et la transmission. C’est un truc qui nous parle de plus en plus et c’est le moyen de commencer, parce que tu es confronté à des jeunes qui rêvent de faire du rap. Tu as ton point de vue, tu peux les conseiller.

Qu’est-ce qui t’a impressionné ou qu’est-ce qui t’impressionne le plus chez ces nouvelles générations ?

Peut-être — c’est un défaut-qualité — leur côté un peu sur-analyse. Ils sont dans la sur-réflexion, ce qui amène beaucoup de positif. Nous, on ne l’avait pas autant. On sent qu’ils ont grandi avec beaucoup plus de coulisses, de l’industrie. Ils ont acquis une connaissance qu’on n’avait pas sur tout : le marketing, l’image. C’est assez impressionnant de voir l’avancée, mais c’est aussi assez déroutant, parce que ça peut également les ralentir. Ils ont parfois tellement envie de réfléchir, de faire de la sur-analyse, de la sur-stratégie, que ça peut enlever le côté instinctif et spontané. C’est peut-être ça que j’ai analysé sur la nouvelle génération : ce côté sur-conscient des choses.

En effet, notamment dans « Nouvelle École », il y en a qui ont tendance à jouer un personnage ou, en tout cas, à s’enfermer dans ce personnage. Et finalement, on perd ce qui fait leur personnalité.

Exactement. Il y a un peu des trucs de personnages et de masse qui se collent un peu à eux. Je suis assez d’accord.

Tu as parlé de « The Voice ». Qu’est-ce qui est différent entre « The Voice » et « Nouvelle École » ? À part le fait que ce soit avec Flo.

Entre « The Voice » et « Nouvelle École » ? Pas tant de différences, hormis le style de musique. Les gens en face sont les mêmes : ce sont des jeunes rêveurs, des gens amateurs qui rêvent de devenir professionnels dans un milieu. Ce qui change, c’est qu’il y avait vraiment des épreuves un peu plus différentes. « The Voice », ça reste toujours un peu dans le même cadre. Là, par exemple, dans « Nouvelle École », ils ont dû faire la première partie de SDM. Ensuite, ils ont dû se clasher. On va dire qu’il y a un peu plus de relief dans ce qu’ils font. C’est un peu plus complet dans l’approche. Sinon, ce sont deux expériences intéressantes. Je trouve ça marrant d’avoir réussi à faire les deux. Ça prouve aussi notre grand écart musical, notre capacité à nous adapter. C’est une première, en vrai, de faire partie du jury de « The Voice » et de « Nouvelle École ». C’est assez dingue.

Un petit mot sur le Rose Festival, est-ce que vous avez des objectifs à long terme ? Ou est-ce que vous avez vraiment fait ça pour le plaisir et aussi pour faire, entre guillemets, rayonner le territoire ? Bien sûr qu’il y a des objectifs depuis le début. D’ailleurs, on est déjà à cinq éditions, donc on va dire que le pari est assez réussi. On a des objectifs de grossir. On aimerait bien monter d’autres festivals dans d’autres coins de la France où il y a une envie d’ancrage, où il y a un manque. On aimerait bien créer ailleurs aussi. Une envie de continuer à développer aussi le tremplin. Ça va un peu dans le sens de ce que je te disais sur la transmission. On avait, par exemple, mis en lumière Carbone, qui est ensuite devenu très gros, un artiste du Sud. Ce tremplin-là, c’est pour pouvoir continuer à dénicher les talents de demain. C’est dans la suite de ce qu’on veut faire : le partage, mettre en avant la culture, l’art, sous plein de médiums différents. Il y a des tables rondes aussi, où il y a de plus en plus de professionnels parisiens. On a ramené la boss de la SACEM, le boss de Deezer, un des boss d’Universal, etc., à Toulouse, chez nous. Ça crée aussi des vocations et de l’échange.

Maxime Martinez

Le 05/11/2026 au Palais Nikaïa – Nice (06), le 08/11/2026 au Dôme – Marseille (13) et le 27/11/2026 à la Sud de France Aréna – Montpellier (34).

bigfloetoli.com

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