Depuis 2008, les frères Jonathan et Maxime Verleysen défendent une pop mélodique et sincère. En 2026, le duo nantais a publié un quatrième album “Love. Hurt. Repeat.”, dix chansons placées sous le signe du retour à soi. Jonathan Verleysen revient pour Nouvelle Vague sur son art du mashup, sa conception de la reprise et une scène où son frère, d’un naturel réservé, se métamorphose.
Quel souvenir gardez-vous de votre dernier passage dans le Sud-Est, et qu’aimeriez-vous y retrouver ?
Notre dernière date dans la région remonte à 2023, au Makeda à Marseille. Nous avions aussi joué à Saint-Raphaël, à l’Espace Félix Martin, en 2014. Nous ne sommes pas de grands habitués du Sud, curieusement. Peut-être y a-t-il moins de salles dédiées au rock, je ne saurais dire. Nous sommes un groupe breton qui a beaucoup tourné dans les festivals du littoral, et le Sud nous a toujours semblé éloigné. Nous y revenons pourtant avec plaisir : nous avons des fans dans la région, comme en témoignent les réseaux sociaux et les plateformes d’écoute. Il faudrait que nous y jouions plus souvent. Nous n’y avons ni famille ni attaches, ce qui explique en partie cette distance.
Vous publiez régulièrement des mash-ups. Comment naissent ces associations de morceaux : au feeling, ou après un vrai travail d’écoute ? Quel est votre processus ?
Nous avons développé un format pour des soirées, ce qui nous a conduits à retravailler nos propres chansons, comme lorsque nous avons réalisé nous-mêmes le remix de “Mother” (2026). Une fois les morceaux composés et sortis, nous éprouvons le besoin de continuer à jouer avec eux ; sinon, il ne reste plus qu’à les défendre sur scène. Nous aimons les remixer ou les mêler à des titres issus de notre bibliothèque musicale personnelle, qui mélange pop, électro, rock, french touch et, plus largement, la musique des années 1960.
Vous avez lancé en octobre un concours de reprises, dont le lauréat ouvrira votre concert à l’Élysée Montmartre, à Paris, le 19 mars 2027. Selon vous, qu’est-ce qui fait une reprise réussie, et quels seront vos critères ?
Une reprise réussie, c’est celle qui nous fait redécouvrir la chanson, au point d’être presque meilleure que l’original. J’admire la version de “Diabolo menthe” d’Yves Simon (1977) par Soko. J’apprécie aussi la version de “Femme Like U” de K. Maro (2004) par Emma Peters. Une belle reprise ne cherche pas à imiter l’original, mais elle ne dénature pas non plus la mélodie. Beaucoup d’artistes s’approprient la chanson au point d’en modifier la mélodie, ce que je trouve souvent maladroit. Ce concours nous amuse beaucoup et nous sommes impatients de découvrir les propositions, car nous ne saurions pas nous-mêmes comment nous y prendre. Il vient tout juste de commencer.
Vous avez signé plusieurs reprises et mash-ups avec votre frère, des Pixies mêlés à Barbara jusqu’aux Spice Girls en français. Lesquels vous ont le plus amusés, et qu’est-ce qui guide vos choix ?
Sur SoundCloud, nous avons publié un mash-up de “Where Is My Mind” ? des Pixies (1988) et de “Mon enfance” de Barbara (1968), qui était assez réussi. Pour Virgin Radio, nous avons associé “Under Pressure” de Queen et David Bowie (1981) et “Saint Claude” de Christine and the Queens (2014). Nous avons aussi adapté en français une chanson des Spice Girls, avec un certain sens de l’autodérision : il ne faut pas trop se prendre au sérieux. Nous nous autorisons ces détournements, mais toujours à partir de chansons que nous respectons profondément et que nous jugeons brillantes. La démarche reste humble.
Sur vos réseaux, vous présentiez “suivre son cœur” comme un conseil “cliché” mais indémodable, en référence à votre titre “Follow Your Heart” (2026). Quel autre conseil de ce type donneriez-vous à quelqu’un qui veut faire de la bonne musique aujourd’hui ?
Quand vous pensez avoir terminé, demandez-vous si vous ne pouvez pas faire mieux. Je travaille avec Maxime depuis dix-sept ans, et j’ai compris que les chansons qui ont fait notre popularité sont celles sur lesquelles nous ne nous sommes jamais contentés du passable. Elles doivent être dans l’air du temps sans paraître déjà entendues. Je ne sais plus qui l’a formulé ainsi : une bonne mélodie est celle que l’on n’attendait pas, mais qui, dès qu’on l’entend, s’impose comme celle que l’on espérait. Si l’auditeur devine où la mélodie va retomber, elle n’est pas aboutie. S’il est surpris tout en ayant le sentiment que c’est exactement ce qu’il voulait entendre, alors elle est forte. C’est l’exercice auquel nous nous astreignons. Mon conseil pour la composition : surprendre, tout en offrant ce qui fait le plus de bien.
Sur scène, Elephanz a la réputation d’un duo très énergique. Comment décririez-vous le concert que vous préparez pour cette tournée dans le sud-est ?
Nous sommes sur scène avec Maxime, accompagnés de deux musiciennes : Eli Nohra à la basse et Morgane Taylor à la batterie. Elles chantent également avec nous. Le concert mêle pop, rock et touches de punk électro. Le public en ressort généralement souriant, et le chant collectif est très présent. C’est une manière plus brute et plus authentique de défendre des chansons que les gens connaissent sur disque. Il faut voir Maxime, d’un naturel timide, se transformer en véritable bête de scène : c’est l’introverti le plus surprenant que l’on puisse rencontrer. Le spectacle est énergique mais contrasté, conçu comme un voyage : quelques morceaux plus doux ménagent une pause, le temps de lever les briquets ou de verser une larme, avant de repartir vers la danse. Le concert passe très vite.
Vous êtes quatre frères. Les deux autres prennent-ils part, plus discrètement, à la vie du groupe ?
Oui, nous sommes quatre. Les deux autres pratiquent aussi la musique, en particulier le benjamin, Timothée, mais leurs métiers sont ailleurs : Tristan est acteur de séries et de cinéma, et Timothée est monteur pour le cinéma et la télévision. Timothée enregistre parfois des solos de guitare, et Tristan a joué à plusieurs reprises dans nos clips. Que deux frères sur quatre fassent de la musique ensemble est assez singulier, mais les deux autres aiment y prendre part. Nous sommes très solidaires : nous allons voir Timothée en concert et Tristan au théâtre dès que nous le pouvons, et ils viennent nous écouter. C’est une fratrie très soudée.
Leur faites-vous écouter vos premiers morceaux pour recueillir leur avis en avant-première ?
Oui, mais leurs avis divergent souvent. Maxime et moi partageons à peu près les mêmes goûts, alors que Tristan et Timothée ont chacun une culture musicale très différente de la nôtre. Timothée apprécie Pink Floyd et Frank Zappa ; Tristan est plutôt R&B, de Sting à John Legend. Leurs retours ne sont donc pas toujours consensuels, ce qui est stimulant. La pop britannique, en revanche, n’est pas vraiment leur univers.
Pour finir, en tant que spectateur cette fois, quel concert ou quel artiste vous a récemment séduit, émergent ou non ?
Deux concerts me viennent à l’esprit. D’abord celui de Crenoka, qui a assuré notre première partie à Nantes en septembre dernier : nous avons beaucoup aimé, et c’est une artiste que je passe déjà dans mes DJ sets. C’est notre tourneur qui nous l’avait recommandée ; nous l’avons écoutée et validée immédiatement. J’ai aussi été invité à la release party d’Ysé (“Pour ce qui nous attend de mieux”, 2026), une chanteuse avec qui j’ai collaboré sur son projet. Ce fut une soirée très belle et très émouvante.
Clémentine Nacache
Le 18/11/2026 au 6Mic – Aix-en-Provence (06) et le 25/03/2027 au Grimaldi Forum – Monaco (98).
Site officiel de l’artiste : facebook.com/ELEPHANZ
📸 Elephanz par Guillaume Blot.
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