BIGFLO ET OLI

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De retour après une pause de quelques mois, les deux frères toulousains reviennent sur le devant de la scène. Avec “Les Autres c’est Nous”, Bigflo et Oli rassurent. Ils n’ont évidemment rien perdu de leur talent, mieux, ils se sont étoffés. Olivio décrit ainsi avec nous l’évolution de leur relation personnelle et musicale, mais aussi le rapport à leur passion qu’est la musique.

Par rapport à “La Vie d’Après”, tu dis que “tu as retrouvé le feu et la passion” mais tu l’avais vraiment perdu ? 

En fait, cette phrase, si je dois être précis, c’est une phrase de Flo il me semble, mais je peux t’en parler. Il a eu un moment de down, de trop plein avec un peu toute notre réussite. Il était un peu arrivé au bout d’un chemin de plus de dix ans pour essayer de percer, s’installer dans le paysage musical français. Il se sentait affaibli et très fatigué. Cette phrase m’a touché parce que j’étais heureux d’entendre mon frère dire qu’il était de nouveau hyper motivé, hyper ambitieux, hyper passionné. Je pense qu’il n’avait pas perdu tout ça, mais qu’il avait pris un coup. Le feu surtout, parce que la passion est là, mais avait pris un coup au moral, à l’énergie générale. 

Vous parlez aussi des différences. Vous dites que cela a été “un coup dur à encaisser”, de là à presque vous détester. 

Exactement, ce sont les mots, c’est ce que je dis. En fait, c’est une période où nous avons tellement fait de choses, tellement enchaîné. Nous avons dû aussi nous construire dans la passion, dans le stress, dans l’urgence des shows, dans l’urgence des décisions. Tout ce qu’englobe “être une célébrité”, avec les éloges qui sont énormes, parfois dur à encaisser, les piques, les reproches qui peuvent être dur aussi. Donc tout ça à affaiblit un peu notre relation et au bout d’un moment nous avons presque oublié à quel point c’était précieux de vivre ça entre frères, à quel point c’était une force. Donc oui, il y a eu des moments pas faciles, et c’est pour ça que nous avons fait cette pause-là. Ça nous a permis de prendre ce recul sur nous, de dénouer un nœud que nous avions entre nous. Pour te dire même la vérité, nous sommes allés voir une psy, avec laquelle nous avons échangé. Nous avons pu nous dire des choses que parfois nous n’osions pas nous dire, comprendre ce qui dans le travail ne fonctionnait pas entre nous. Donc ça a vraiment été une période importante humainement. Et je crois que ça s’est ensuite ressenti musicalement, parce que nous sommes revenus avec plein d’idées, plein d’envie et une grosse créativité. Je crois qu’ainsi c’est un de nos albums les plus aboutis. 

Tu parles beaucoup de la célébrité. Justement, il y a un feat. avec MC Solaar qui en parle très bien. Comment ça s’est fait et qui a eu l’idée du thème ? 

C’est parti du texte de “Bons Élèves” qui est un peu une auto-critique, où nous nous disséquons. Comme une sorte d’introspection sur comment les gens reçoivent Bigflo et Oli ? Qui nous sommes ? Quelle est la différence entre Florian et Bigflo ? Quel est le rapport entre Olivio et Oli ? Nous avons eu aussi pendant longtemps cette image des bons élèves, des gentils du rap français, parfois trop scolaires, trop propres. En écrivant, nous nous sommes dit “mais qui pourrait faire le lien dans un refrain ou faire des petites apparitions comme une sorte de narrateur extérieur qui regarde l’histoire de haut”. Nous avons directement pensé à MC Solaar parce que déjà, c’est comme un parrain. C’est quelqu’un avec qui nous avons beaucoup passé de temps, qui a toujours su nous conseiller et c’est surtout quelqu’un qui a eu les mêmes critiques que nous lors de son arrivée dans le rap. Il a souvent été qualifié de rappeur pour familles, du rappeur trop gentil, pas assez dark, trop léger, un peu poète etc. Nous trouvons ça assez marrant que ça soit lui qui vienne apporter ce regard différent et ce côté narratif, donc oui ça a été naturel. 

Pour rester sur les collaborations, il y en a qui sont attendus, d’autres un peu moins (Tayc, Cabrel). Comment avez-vous fait ces choix ? 

Le vrai choix que nous avons fait c’est que nous n’en avons pas fait. C’est ce qui nous a aidé et nous sommes arrivés très détendus, à l’image de ce que nous voulons faire dans la musique, c’est-à-dire casser les barrières entre les genres. Nous sommes hyper fiers d’avoir un album où tu as Leto, une grosse star du rap, et en même temps Francis Cabrel qui n’a rien à voir. C’est un album où il y a des influence latinos, des influences de chansons françaises. Il y a des influences très rap boom bap, je pense à l’intro par exemple. Et c’est là notre fierté et ce qui pouvait être un complexe au début et ce que l’on pouvait nous reprocher, j’ai l’impression que finalement tout le monde arrive à ce truc-là d’ouverture et de connexion entre les gens. Tu vois récemment je regardais la cérémonie des Césars et j’étais super ému et heureux de voir Dinos faire un truc avec Charlotte Gainsbourg. Je trouve que c’est beau, parce que le rap le mérite, il y a des grands auteurs etc. Dans cet album, nous avons cette envie d’un peu cristalliser ou de mettre en musique et de capturer cette envie d’ouvrir de raconter plein d’histoire et surtout de réunir différents artistes et univers. Pouvoir faire un son avec Julien Doré, un peu marrant pour les concerts, pour chanter, pour rigoler et puis à la fois un morceau beaucoup plus dark avec MC Solaar. Je crois que de plus en plus ça sera notre envie et c’est pour ça que dans notre carrière tu peux nous voir faire un freestyle de 10 minutes à Planète Rap et le lendemain sur TF1 avec Zazie et Vianney, parler de chanson en tant que coach dans The Voice. Et je crois que c’est ça qui nous fait kiffer en fait. 

C’est exactement ça. J’allais justement t’en parler de ce freestyle de 10 minutes. Il est incroyable. Et en même temps, c’est vraiment le “grand écart” entre le freestyle sur “Planète Rap” et le lendemain nous vous voyons dans “The Voice” sur TF1. 

Pour te dire à un moment on a hésité à appeler l’album “Grand Écart” ou “L’équilibre”, parce que nous sentons que ça allait un peu dans plein d’univers différents. Je crois que la clé dans la vie et au-delà de la musique, c’est que tu peux être partout. Mais si tu es toi-même tu réussis partout en tant que toi. Donc je crois que c’est comme quand nous disons, si tu vis un peu dans ta tête et dans ton cœur, tu te sens bien dans ton corps. Tu peux déménager, mais en vrai tu gardes à peu près la même adresse. C’est ce truc là que nous essayons dans la musique et j’ai l’impression que ce qui semblait incompris au début par plein de gens. C’est de plus en plus compris et je vais même et dire de plus en plus dans les normes. Je pense aussi à notre rapport à Youtube, car au début beaucoup de gens nous critiquaient en disant “pourquoi ils s’allient avec Squeezie, avec McFly et Carlito”, “que font des rappeurs et des youtubeurs ensemble”. Aujourd’hui, je ne dis pas que nous étions les tout premiers, même si nous l’avons été, mais tu vois beaucoup beaucoup plus de gens être sur Youtube, beaucoup d’artistes échanger avec Squeezie, faire des trucs sur Twitch etc. Alors que cela semblait un peu fou et hors code quand nous le faisions. 

Nous sommes de la même génération, donc toutes vos références citées je les ai. Et justement par rapport à ça, est-ce qu’il y avait un message particulier, l’envie d’exprimer quelque chose, comme un “nous avons bientôt 30 ans et on a déjà vécu ci ou ça” ? 

Oui, je crois que c’est une manière de l’accepter, d’en parler, car nous avons été souvent qualifiés comme les petits frères du rap français, comme les rookies. Je me souviens, j’étais le plus jeune à avoir été disque de platine, à faire plein de trucs, donc c’est une manière de l’accepter d’en parler avec un peu de poésie comme dans “Coup de vieux”. Il y a un peu de second degré, un peu ce côté Madeleine de Proust. Souvent je dis que nous sommes trop jeunes pour être déjà nostalgiques, mais je crois que c’est un truc propre à notre génération. J’ai le sentiment que comme nous avons accès à pleins d’infos et que nous vieillissons assez vite mentalement avec tout ce que nous pouvons nous prendre et tout ce que nous pouvons vivre et voir sur internet, j’ai l’impression que nous sommes matures un peu plus vite. Et de là, forcément nous sommes nostalgiques un peu plus vite d’un temps où nous étions un peu plus insouciants. C’est un truc assez générationnel j’ai l’impression. Souvent les mecs de notre âge qui sont comme moi comprennent ça et c’est souvent les plus âgés qui me disent comment ça se fait que vous êtes déjà dans cette réflexion-là. Donc c’est assez marrant ce choc un peu générationnel.  

Dernière question, est-ce que tout ce que vous dites dans l’album est vrai ? J’ai en tête la phrase concernant votre mère qui aurait cassé le disque de platine et qui finit ensuite par l’afficher dans le salon. 

Et oui, tout est vrai et d’ailleurs ça été souvent notre mantra, notre code d’honneur artistique. Toujours se rapprocher de la vérité et je crois que ça explique une partie de notre succès. Les gens ont compris que nous n’avons pas de personnage. Je ne critique pas, mais beaucoup, notamment dans le rap, s’inventent un peu des univers, même un style, un costume. Parfois, si tu vois le rappeur avant et après, tu sens qu’il y a eu des vrais choix. Nous, nous avons toujours été nous-mêmes et je crois que c’est ce qui touche les gens et qui paiera sur la durée.

Maxime Martinez

Le 13/05/2023 au Zenith Omega – Toulon (83), le 22/05/2023 aux Arènes San Juan – Lunel (34), le 30/06/2023, dans le cadre de l’Aluna Festival, au Sunelia Aluna Vacances – Ruoms (07), le 07/07/2023, dans le cadre du festival Les Nuits d’Istres, au Pavillon de Grignan – Istres (13), le 20/07/2023 à l’Hôtel Dieu de Carpentras (84), le 21/10/2023 au Dôme de Marseille (13), le 22/10/2023 à la Sud de France Arena – Montpellier (34) et le 29/10/2023 au Palais Nikaïa – Nice (06).

bigfloetoli.com

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