NICE JAZZ FESTIVAL

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#LiveReport

Le 19/07/2022 dans le cadre du Nice Jazz Festival, Place Masséna et Théâtre de Verdure – Nice (06).

Triomphal est immanquablement le qualificatif le plus adapté concernant cette dernière soirée de l’édition 2022 du Nice Jazz Festival. Un évènement qui, au final, pour sa 74ème édition, affiche des chiffres d’une éloquence imposant le respect : 42 500 spectateurs, 8 400 heures de travail cumulées par les équipes techniques, 400 agents et techniciens mobilisés, 19 jours de montages, 10 jours de démontage, 30 artistes et groupes, 5 jours de concerts, 6 plateaux par soir pour une programmation éclectique et ultra qualitative répartie sur deux scènes. Mais, surtout, comme à son habitude, une affluence du public qui en dit long. A noter également, un accent placé avec beaucoup de conviction sur le développement durable, poursuivant, une fois de plus, un engagement écologique visant à aller encore plus loin : tri sur l’ensemble du festival, fontaines à eau, suppression du plastique et éco gobelets consignés, partenariats avec une plateforme de mode de transports doux (covoiturage, transports en commun, vélo bleu, évolution vers une flotte de véhicules avec davantage de modèles électriques…). Un festival avant-gardiste, avec l’utilisation de gilets vibrants, toute nouvelle invention permettant aux malentendants de profiter des spectacles. Un festival qui joue la carte du bout de la nuit en prolongeant les soirées au-delà des concerts lors de jam sessions organisées au Radisson Blu Hotel.

Côté Théâtre de Verdure, c’est Samara Joy qui, ce soir, ouvre le bal en toute élégance. Jeunesse et voix de velours pour une artiste déjà considérée, par ses pairs et contemporains, comme l’une des grandes interprètes de jazz de son époque. Morceaux issus de son premier album éponyme (sorti en juillet 2021 sur et Whirlwind Recordings) et des standards du Great American Songbook. C’en suit l’expérience d’un véritable monsieur de la musique en la présence de Michel Portal venu pour l’occasion nous présenter son dernier opus, “MP85”, accompagné de quatre comparses plus talentueux les uns que les autres, pour un concert au savoureux mélange d’esprit libre et de tradition musicale. Youn Sun Nah Quartet conclut délicieusement ce volet du festival. Un dernier disque intitulé “Waking World”, un registre orienté aussi bien jazz que pop, folk et musiques du monde, le tout se révélant à travers de nouvelles dimensions cinématographiques et poétiques. Une formation voix-basses-guitares-claviers inédite pour une prestation qui le fut tout autant. 

Côté Masséna, l’ambiance allait être radicalement placée sous le signe de la danse dans ce qu’elle propose de plus explosif. Et quoi de plus à propos dans ces conditions que d’entamer la série de shows avec Cimafunk ? Faisant directement référence à son héritage de « cimarrón », terme désignant les cubains, d’origine africaine, ayant résisté́ et échappé́ à l’esclavage. Cimafunk enflamme la scène avec ses rythmes latino endiablés et le groove de sa funk afro-cubaine, la température déjà excessive monte d’un cran lorsque la tradition se mêle au moderne au cours de titres tels que « Me Voy ». L’un des percussionnistes, torse nu, entraîne les fans dans sa danse langoureuse. L’espace se remplit au fur et à mesure du concert, un set lumière pour un public papillon.

En deuxième partie, l’immense Marcus Miller, élu ambassadeur pour la paix par l’UNESCO, vint percuter les planches au son “slappisant” de sa basse rendue vivante comme à son habitude. Sans l’ombre d’un doute l’un des plus grands bassistes du monde, chacune de ses apparitions publiques ne faisant que confirmer ce titre. Accompagné des autres membres de son groupe, Russell Gunn à la trompette, Julian Pollack au clavier, Donald Hayes au Saxophone et Anwar Marshall à la batterie, Marcus propulse le festival dans une autre dimension, la soirée bat son plein et les titres tels que “3 Deuces” et l’électrisant “Laid Black” ne manquent pas de ravir et d’exalter des fans en transe. Juché au firmament des grandes stars mondiales du jazz, de la fusion, du funk et de la soul, Marcus Miller interprète ses propres morceaux mais aussi rend hommage, à l’instar de cette excellente reprise extraite de l’album « Bitches Brew » de Miles Davis, sorti en 1970. Excellent question / réponse avec son jeune et brillant guitariste, qui nous gratifiera, tout au long du concert, d’une impressionnante prestation.

Enfin, la sensation de la soirée… Noir sur la scène, un silence tout relatif s’installe, l’espace d’un battement de cœur, puis le soulèvement de la foule et les applaudissements. L’attente du public pour voir le roi du punk, Iggy Pop, dans sa tournée intitulée “Free”, du nom de son dix-huitième et dernier album sorti, enfin récompensée. Au programme : rock et jazz expérimental. Tout est là, cliché voulu, désiré, l’icône, la classe, le déhanché mythique, la gestuelle parfaite, l’espace et, il faut bien l’admettre, le temps, maîtrisés. Le début du concert est servi dans une grande sobriété avec une mise en scène bleutée. Une jeune femme splendide apparait, guitare électrique et archer à la main, rencontre du classique et du moderne, sur un fond ambient très lynchéin. Véritable challenge pour l’œil du photographe, tout le temps de la représentation, l’image d’Iggy demeurera insaisissable, telle un iguane impossible à mettre en boîte, protégée par un jeu de lumière travaillé afin de rendre la capture photographique de la prestation d’une incroyable complexité, voire impossible à réaliser. Dès le troisième morceau, la légende, fidèle à elle-même, fait tomber le haut. La veste de costume lâchée sur le sol révèle un artiste sec et athlétique, chanteur inchangé depuis toutes ces années. C’est parti pour le punk, loin de l’ambiance typique du NJF, l’artiste retourne tout. Accompagné de Leron Thomas, Sarah Lipstate et des musiciens français Florian Pellissier, Tibo Brandalise, Kenny Ruby et Greg Fauque, Iggy délivre un spectacle pimenté d’instants de liberté décomplexée. Avec cinquante-sept années de carrière, Iggy Pop ne prend pas une ride et les hymnes tels que « She Wants to be your James Bond », “I Wanna Be Your Dog”” et “Lust For Life” enflamment irrémédiablement le public. Le chanteur apprécie l’instant et se montre très proche de son public. Facétieux, il se livre de manière anecdotique : « Fifty years ago, I was poor and dirty, now I’m just dirty ». Deux chansons pour le rappel semblent visiblement ne pas être assez pour lui, avec, paradoxalement, le titre “I Am Sick of You ».

Soirée éclectique et de très haut niveau. Programmation élitiste. Un festival plus que jamais à la hauteur de sa réputation. Un moment de grâce hors des pandémies et des guerres. Que faire d’autre, à part souhaiter de très belles et nombreuses années au Nice Jazz Festival.

Aurélie Kula

www.nicejazzfestival.fr

 

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Aurélie rejoint l'équipe de Nouvelle Vague en 2013, en tant que rédactrice. Après plusieurs contributions, elle intègre le bureau du journal au sein duquel elle effectuera les missions liées à sa nouvelle fonction de secrétaire de rédaction pendant plusieurs années, ce qui l'amènera à couvrir beaucoup de concerts et de festivals, comptes rendus et interviews d'artistes de renoms et internationaux. Aurélie est en charge du "Son du jour" sur la page Facebook de Nouvelle Vague, publié tous les jours à 13h. Amatrice de jazz, IDM, dream pop, néo classique et de punk rock (en gros FIP), elle est aussi une grande collectionneuse de vinyles. Ses autres passions sont, à ce jour, la photographie, la littérature, la basse, les arts martiaux et le yoga. A présent, elle travaille en tant qu'assistante de production pour l'influenceur Nota Bene, youtuber spécialisé dans la vulgarisation de l'Histoire et le Gaming.

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