Le 08/03/2025 au Théâtre Lino Ventura – Nice (06).
Le groupe Gnawa Diffusion est une vieille connaissance car j’avais participé à l’organisation d’un de leurs concerts à Grasse au début des années 2000 avec Velodog, l’association dirigée par David Benaroche qu’on retrouve aujourd’hui aux commandes d’imago Production. J’avais même interviewé Amazigh le chanteur pour Nouvelle Vague, que je n’avais trouvé ni très ouvert ni très humble. Il faut dire qu’à l’époque le groupe était sur le devant de la scène et se produisait dans tous les festivals, enfilant les scènes comme des perles. C’est ainsi quand le vent de la musique vous pousse dans le dos. C’était donc avec curiosité que j’attendais Gnawa Diffusion qui semblait descendu de son piédestal de renommée. Je sais que c’est souvent le meilleur moment pour attraper le meilleur des groupes que le succès dessert parfois artistiquement. Je n’ai pas été déçu tant ce concert s’est avéré être une perle de pertinence artistique, de savoir-faire scénique et d’inspiration multiculturelle. J’avais quitté le groupe comme un combo ragga maghrébin. Je les retrouve virtuoses d’une fusion dix fois plus riche, plus diverse, plus mûrie et mature et bien mieux maîtrisée sur tous les registres. Le temps les a bonifiés, le travail aussi sûrement ! Je les ai laissé comme un Massilia Sound System arabisé et je les retrouve comme un Orchestre National de Barbès qui sait faire danser d’un bout à l’autre du concert.
La voix d’Amazigh s’est encore approfondie. Il semble plus simple et sincère aussi et le groupe joue divinement bien ce répertoire aussi fusionnel que personnel. Il est accompagné par un joueur d’Oud hyper présent, qui est une des pièces maîtresses du dispositif musical et qui donne à l’ensemble sa couleur et son authenticité. Leur énergie constante emprunte de groove comme de spiritualité a emporté le public avec des arrangements parfaits et des rebondissements maîtrisés à chaque moment où le public devait être mobilisé. On a ressenti beaucoup de métier, de travail et de réflexion sur le bien-fondé de leur évolution artistique. Tantôt reggae, tantôt raï ou blues et funk, chaque fusion sonne juste tout en étant parfaitement ficelée. J’ai passé une merveilleuse soirée, vraiment ébloui par cette musique qui atteint aujourd’hui sa pleine maturité, je dois remercier David Benaroche et l’équipe d’Imago production pour leur investissement, leur suivi dans les idées pour ne pas dire leur obsession à soutenir certains artistes dans lesquels ils croient dur comme fer. Je loue aussi leur goût pour le risque artistique dont j’ai entièrement profité ce samedi soir.
Emmanuel Truchet
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