Le 21/03/2025, dans le cadre du festival Babel Music XP, au Dock des Suds – Marseille (13).
Parfois vous nourrissez une passion et une admiration si dévorante pour un ou une artiste que vous trouvez si douée et parfaite sous toutes les coutures que vous appréhendez chaque nouvelle expérience qui a pour unique enjeu de risquer de faire redescendre votre estime jusque-là inconditionnelle. C’est vrai dès que j’ai lu que Bia Ferreira se produisait au Babel Music, j’ai en premier craint d’être déçu, qu’elle descende d’elle-même du piédestal sur lequel je l’ai placée comme l’artiste la plus capable et la plus douée que je connaisse. Bia Ferreira est un artiste et activiste brésilienne qui a commencé sa carrière en parcourant en autostop l’immense Brésil pour délivrer son message qui combat les discriminations et les violences issus de l’intolérance aux différences dans le pays qui clame haut et fort et à juste titre que la diversité est au cœur de son identité. Homophobie, racisme, machisme hérissent cette activiste qui sait, comme personne, exprimer la haine qu’elle nourrit à leur encontre. C’est à cette époque qu’elle développe des aptitudes scéniques particulières pour attirer l’attention, le beat box, le flow rap d’une virtuosité exceptionnelle d’abord, le chant jazz, brésilien et rock à la fois, brillant, versatile et émouvant. A ce stade, je n‘ai pas encore parlé de son jeu de guitare unique entre musique populaire brésilienne, basse slappée funk coloré de hip-hop ou percussions brésil ou afro c’est selon. Pour la fin j’ai gardé une présence sur scène d’écorchée vive, transportée par les thèmes qu’elle évoque et le combat qu’elle pose sur chacune de ses syllabes.
Après ce portrait passionné vous pouvez peut-être comprendre mon appréhension de la voir et de l’entendre en réalité pour la première fois. J’avais l’impression de vivre un “date” amoureux après des années de correspondance passionnée. La tension était à son comble quand la lumière s’éteint enfin. Je suis prêt, au premier rang, leur cœur battant comme celui d’un adolescent éperdument amoureux, elle est là, plus mature, ensemble pantalon droit et blazer cintré blanc crème, les fines dreads attachées en chignon portant de grandes lunettes à monture noire épaisses, elle était charismatique à souhait, esthétiquement magnifique. Je ne sais comment décrire ce qu’il s’est passé ensuite. Ma peur s’est éteinte aux premières syllabes, elle a progressivement fait place à de l’envoûtement auquel succédait par moment à de l’incrédulité ou de l’ébahissement, dépassé par sa musique, sa voix et sa présence. Seule avec sa guitare classique elle a retourné le public qui a rapidement lâché tout ce qui lui restait de libre arbitre après le premier titre, délibérément calme pour poser le cadre artistique et l’ambiance. Elle nous a emporté, incrédules, nous étions tous devenus en quelques mesures ses compagnons de lutte, prêts à partir combattre les forces occultes rétrogrades qui sévissent encore au Brésil, comme une survivance de l’époque de la dictature.
Ecrire et raconter, c’est vivre à nouveau, c’est empli d’émotion que j’écris ces quelques mots censés approcher au plus près de ce qu’elle est capable de faire, générer une fraction de l’émotion que j’ai reçu d’elle. En fait, je n’arrive pas vraiment et n’y arriverait jamais, tant ce que ce que j’ai vécu semble unique, après tout j’ai peut-être rêvé. Non, en fait je n’ai pas rêvé, elle est réelle et semble planer au-dessus du monde ou les artistes normaux s’agitent. Les amis qui m’accompagnaient m’ont à ma demande, bien pincés. La douleur aiguë que j’ai ressenti m’a en un instant ramené sur terre. Le concert finit en liesse, toute la salle reprenant en chœur et comme une seule âme, son hymne engagé. Peinant à prendre congés, elle finit par quitter la scène en dansant et claquant des mains en même temps que le public, ému comme une seule âme, chantait à tue-tête en reprenant ses mots d’amour.
Emmanuel Truchet
📸 Bia Ferreira par Emmanuel Truchet.
#NVmagLiveReport #BiaFerreira










