FAADA FREDDY / MARIAA SIGA

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Le 23/03/2024 aux Arts d’Azur – Le Broc (06).

Les Arts d’Azur est une salle de spectacle située au sein du joli village perché du Broc. La route qui y mène ressemble à une spéciale du Rallye Monte Carlo, c’est donc un endroit qui se mérite sans être inaccessible pour autant. En arrivant nous tombons sur des techniciens très accueillants et expérimentés et sur la responsable de Panda Events qui accueille avec le sourire musiciens et médias. La salle est vraiment bien équipée et un charmant bar de plein air se trouve à l’étage si on a besoin ou envie de socialiser en silence. Mis en appétit, il nous tarde vraiment que la musique prenne ses droits.

Au programme ce soir c’est une immersion au Sénégal, le pays qui a si souvent su m’accueillir et où j’ai pu vivre un autre rapport à l’autre qui a été pour moi une révélation qui inspire depuis ma vie quotidienne à chaque instant. Ses habitants sont connus pour être un des peuples les plus conviviaux et souriants que la terre puisse porter. De plus, ce soir-là c’était la veille des élections présidentielles dans cette mature démocratie d’Afrique. Se proposait au peuple une alternative de rupture avec l’histoire post-coloniale du pays et la présidence de Macky Sall, un banquier qui s’est présenté comme libéral mais qui a quand même fait tirer sur la foule qui trouvait injuste de travailler sans pouvoir assumer le minimum vital, bref un genre de Macron noir. Il s’opposait à son successeur, Bassirou Diomaye Faye, un candidat qui prône une rupture systémique et qui, on le sait aujourd’hui, a remporté le suffrage avec beaucoup de promesses que nous espérons voir se réaliser. L’intensité de cette soirée allait donc au-delà des promesses de son affiche.

En première partie nous retrouvions Mariaa Siga, notre rayonnante passionaria diola, casamançaise et azuréenne d’adoption. Une vieille connaissance que j’ai vu de nombreuses fois sur scène, sans jamais me lasser. En effet, j’aime autant les découvertes qui m’éblouissent que de retrouver régulièrement les artistes que j’aime. Cette situation stimulant mes capacités d’attention et d’analyse musicale pour déceler les infimes variations d’arrangements, d’interprétations ou de son tout en mettant tous mes sens en éveil.

Mariaa Siga , c’est une âme rayonnante de bonté et d’amour de la musique dans laquelle je ne peux que me reconnaître. Ce soir-là, elle était seulement accompagnée de son fidèle guitariste Papa Malick Ndiaye, un musicien que je peux reconnaître entre mille juste à sa manière unique d’enchaîner deux accords, donnant à la musique de Mariaa un son particulier au-delà des spécificités de sa composition. Certains artistes interprètent leur musique, d’autres en jouent mais certains sont leur musique car ils l’investissent avec une sincérité profonde que rien ne peut ni égaler ni remplacer et ce sont pour moi les plus grands. Quelle que soit par ailleurs leur renommée, ils parviennent immanquablement à tisser un lien spirituel avec leur audience. C’est le cas de Mariaa Siga et cette soirée l’a, une fois de plus, prouvé. Pour des raisons que j’ignore mais qui lui appartiennent, elle semblait différente de la Mariaa qu’on a l’habitude de retrouver, elle semblait recueillie, soucieuse, souffrante ou particulièrement concentrée, alors que d’autres auraient pu voir leur contenance ou leur charisme les abandonner, ce qu’a fait Mariaa ce soir-là tient du très haut potentiel artistique. Le set a commencé par “Weetay”, ce qui signifie solitude, une chanson poignante sur son père disparu, que ce soir-là elle a transcendée par la profondeur de son interprétation, son attitude digne et fière, accrochant émotionnellement et d’emblée son public qui semblait suspendu, le cœur battant, à ses lèvres, attendant avec émotion chaque nouvelle syllabe qui allait s’en échapper. Bien sûr, j’ai été emporté et je dois dire que je n’ai plus touché terre de la soirée. Le titre “Talibé” qui a suivi et évoque les enfants des rues au Sénégal m’a aussi retourné le cœur. Leur set a été court (6 titres) mais il n’a été que d’autant plus intense et magique. Intègre mais à chaque fois renouvelée et inspirante, Mariaa a, ce soir-là, transporté et élevé spirituellement un public qui devait, en majorité, la découvrir.

Après un entracte rafraîchissant, c’était au tour de Faada Freddy d’entrer sur scène. Que dire de Faada Freddy ? C’est un des rappeurs qui a révélé le rap africain dans les années 90 et 2000 avec ses groupes, Daara J. puis Daara J. Family. En 2014 il a commencé une autre carrière, celle d’un afro gospel singer qui allait inventer une formule scénique à même de magnifier ses capacités époustouflantes de chanteur. En effet, il se produit avec un set up composé de 6 chanteurs dont un est équipé de gants sonorisés lui permettant de faire des “body percussions”, ce collectif l’accompagnant avec finesse et énergie, il en résulte un spectacle intense et stupéfiant de compétence musicale, de convivialité et de puissance rythmique. C’est vraiment un artiste dont les capacités artistiques sortent de l’ordinaire et sont à découvrir par tous quelques soient les styles musicaux qui vous animent car parfois le talent dépasse nos propres références. Concernant Faada Freddy, c’est entièrement le cas car en fin de concert chaque spectateur sort ébahi de ce qu’il vient de voir et d’entendre. Sa musique Funk, gospel et afro fait preuve d’une énergie dansante contagieuse qui ne peut laisser personne indifférent. Le public a exulté tout au long des deux heures pendant lesquelles l’énergie dépensée par Freddy vous semble presque irréelle, et je pèse mes mots. On en vient à se demander s’il ne vient pas d’un autre monde, un monde où la bienveillance et la spiritualité règnent en maîtres et où chaque individu fait jaillir de son être une musique si évidente qu’elle fait rapidement partie de vous, animant vos membres et votre esprit dans une danse qui devient si naturelle qu’elle ne demande aucun effort mental ou physique. C’est un magicien, un prestidigitateur ou bien tout simplement un génie ! Qualifiez-le comme vous voudrez, mais ne ratez plus jamais un de ses concerts, de toute manière, je n’ai pas à insister, allez-y une seule fois et l’addiction vous rongera de l’intérieur. En plus, chaque fois que je le vois, il progresse sans que pour autant la prestation précédente vous semble insuffisante ou à parfaire en quoi que ce soit. Cette fois-ci, il a interprété des titres dans sa langue maternelle le Wolof qui sonnaient à tomber, ajoutant à la vivacité américaine du funk et de la soul, la profondeur africaine.

Cette soirée a été plus pour moi que de la musique mais un voyage au centre de ce que je suis au fond de moi. Un être hybride culturel, souriant et dansant qui a trouvé son équilibre et sa force de vie entre deux continents et qui depuis cherche à initier les autres à ce bonheur intense et profond, celui d’avoir trouvé sa juste place dans un monde troublé qui manque souvent de références et de repères. C’est du passé pour moi, je vous laisse à vos incertitudes si elles vous sont confortables ! Si vous voulez vous en débarrasser, commencez par aller écouter ces miracles musicaux, c’est déjà un bon départ. Merci infiniment Mariaa, Merci Stéphane, Merci Malick et Merci Freddy. 

Emmanuel Truchet

facebook.com/FaadaFreddyMusic

Photo : Emmanuel Truchet

1 COMMENTAIRE

  1. superbe article pour retracer cette soirée…. juste au dessus des étoiles, indescriptible…!!

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