Le duo sudiste Fire Club, vaisseau entre pop, rock et électro s’est créé de la rencontre heureuse de Pierre et Jules. À deux, ils inventent une esthétique puissante où batterie, guitare, voix et machines sont le support d’un projet au bel avenir.
Quelle est l’histoire derrière la création de ce projet ?
Jules : On s’est rencontrés dans une école de musique, à Pernes les Fontaine dans le Vaucluse. C’était une école sans solfège, on a toujours été de grands scolaires avec Pierre (rires). Là bas, on s’est retrouvés dans la même formation et on ne pouvait pas se sentir… on a été obligés de jouer ensemble sans prendre de plaisir, et au fil du temps notre amitié est née. On a commencé à jouer dans le petit garage de Pierre entre les bouteilles de vin, et voilà.
Quelle vision portez-vous sur votre premier opus ?
Jules : Ça fait deux ans qu’on bosse dessus, un an qu’on a fini de l’enregistrer. À la base, on enregistrait un peu au fil de l’eau, puis on a trouvé une ligne conductrice; on a compris que les dix titres parlaient à peu près de la même chose, que le sujet global était plutôt pesant. On a voulu désacraliser ces paroles sombres avec une image joyeuse, qui nous ressemble. C’est la première fois de notre existence artistique qu’on a un message à exposer.
Pierre : Il y a eu beaucoup de remise en question. On est entourés d’une équipe qui nous soutient beaucoup, dans la création comme dans le live. Avant Fire Club, on était tous les deux dans un groupe qui s’appelait Bloom, avec un bassiste. On s’est retrouvés à deux et il nous a fallu réapprendre. On n’a pas eu envie de se mettre de barrières dans le processus de création, c’est pour ça qu’on trouve de l’électro, des références à Justice, mais aussi des morceaux punk ou overflow. On se définit comme un groupe électro-rock mais on ne s’est pas mis d’étiquettes.
Comment se déroule le processus de création entre vous deux ?
Pierre : Je n’ai pas la capacité de créer à partir du silence. Jules compose des maquettes quasiment abouties, il met du chant en yaourt dessus, je les écoute, je laisse reposer et on débriefe. Là commence un travail d’arrangement assez long, et j’écris les paroles. C’est le batteur qui le fait, pour une fois ! Ce qui est assez surprenant, c’est que le yaourt que Jules incorpore dans la maquette, j’arrive à y entendre des mots qui m’amènent petit à petit à des idées, à un texte.
D’une manière générale, l’album est porté par des thématiques assez sombres, sans tomber dans la caricature. Est-ce une façon de vous séparer de certaines émotions négatives ?
Jules : la manière d’écrire de Pierre est très métaphorique, et tout le monde peut s’ approprier les morceaux.
Pierre : Tout ce que j’écris vient d’expériences que j’ai pu vivre, de mes émotions. Il y a quelque chose que j’aime bien dans l’écriture des Smiths, c’est que les textes sont globalement assez lourds, tandis que les prods sont entraînantes. Il n’y a pas qu’eux bien sûr mais c’est eux qui m’ont le plus marqué. Je me suis inspiré de cette manière d’écrire car ça permet de rendre le propos plus digeste.
Le clip (et le titre) de “Stop the clock… Tomorrow is worse” semblent nourris à la nostalgie du temps qui passe. Qu’est ce qui a insufflé ce thème ?
P : Avec Jules, nous avons souvent des discussions autour de la nostalgie. On se remémore des moments de vie, chacun a des souvenirs communs de l’enfance. Parfois, on aimerait mettre notre vie en pause à des moments heureux.
J : Il y a beaucoup de proches qui ne sont plus là aujourd’hui, dans les vidéos du clip tirées de véritables bandes vidéo personnelles. Ça rappelle autant de bons comme de mauvais souvenirs. Encore une fois, c’est un morceau assez joyeux d’aspect qui cache quelque chose d’un peu sombre, pour ma vision. Voir ces vidéos est lourd pour moi.
On ne peut s’empêcher de penser à Muse et à Matthew Bellamy dans l’énergie vocale et la construction musicale. Une inspiration pour vous ? Sinon, quelles sont vos inspirations ?
J : Beaucoup de gens nous l’ont dit. C’est amusant, cela doit faire partie du subconscient, car je n’écoute plus du tout ce groupe ni n’y pense comme une référence.
P : Nos inspirations vont de Twenty One Pilots à Royal Blood, que des duos pour le coup (rires).
J : Pour la DA, on aime beaucoup Lola Young, on est fans. Et “Le Père Noël est une Ordure”, ou tous les films français à la con.
Vous semblez vouloir casser les codes avec une pochette et une DA portées sur le mélange des genres.
J : À la base, on avait d’autres idées mais on a toujours voulu être en tutu. On cherchait une idée pour le clip d’ “Overflow”. On voulait contrebalancer avec la DA du punk ultra crade en doc martens, casser le stéréotype. Pour le reste, on est comme scotchés ensemble contre le reste du monde.
Quel est votre rapport au live ?
P : On prend autant de plaisir en studio qu’en live. On y met autant d’énergie. Ce qu’on veut, c’est offrir aux gens un beau live. Ce ne sera jamais une représentation standard : on cherche vraiment à faire quelque chose d’intéressant visuellement, avec nos moyens. On a une version live des morceaux, sinon les concerts n’ont aucun intérêt ! Il y a toute une machinerie millimétrée. C’est un tour de passe-passe, on est deux et on essaye de sonner comme quinze.
Vous mettez les moyens en place pour faire connaître et tourner votre projet. Quelles sont vos envies pour la suite ?
J : On fait tout pour tourner et que notre nom circule. Sortir l’album, le défendre sur scène, et en tant que passionnés nous nous battons pour ce projet et particulièrement le live, pas forcément uniquement sur les réseaux sociaux comme le veut le système actuel.
P : On a la chance d’avoir signé avec Loïc Raguenes, qui est le responsable du label marseillais Pape, qui nous a permis d’avoir plus de moyens. C’est une aventure humaine, on est une équipe de six dans ce projet, on veut construire sur le long terme et le rapport de confiance est très important. Nous sommes aux prémices et tout reste à gravir. On bosse déjà sur l’idée du prochain album ou EP, qui sera beaucoup plus nerveux, plus violent, plus rock, mais chut ! (rires).
Lucie Ponthieux Bertram
Site officiel de l’artiste : facebook.com/BloomBandOff
📸 Fire Club par Jonathan Lothe.
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