KEMMLER

0
106

Entre bouleversements personnels et retour à l’indépendance artistique, Kemmler dévoile les coulisses de son nouvel album « Finalement ». À travers des souvenirs, des transitions marquées par la perte et la lumière retrouvée, il se confie sur la sincérité de son écriture, l’hommage à son père, et la démarche universelle qui lie ses expériences à celles de ses auditeurs.

Que représente ce nouvel album par rapport à tout ce que tu as vécu artistiquement et personnellement ces dernières années ?

Franchement, c’est un album un peu à part. Sur le plan artistique, c’est un retour à l’indépendance. Quand je fais « Rose », je n’ai aucune attente parce que personne ne me connaissait. J’étais toujours indépendant, même si ce n’était pas forcément d’un niveau ultra professionnel. Là, je suis en indépendant, mais tu te mets une pression supplémentaire, tu as des attentes, donc professionnellement, c’est un renouveau pour moi. Et personnellement, c’est une vie différente : je suis parti vivre à Paris, j’ai perdu mon père il y a peu, et j’essaie aussi d’être un bon père. C’est donc un album différent.

Justement, il y a un contraste entre « Alain », qui est sorti juste avant, et maintenant, on dirait une transition entre sombre et lumineuse. Est-ce volontaire ?

Oui. Je ne voulais pas resservir la même chose à ceux qui me suivaient déjà. Le contexte de « Alain » était tellement dramatique entre ma séparation et la maladie de mon père. C’était un tel bouleversement, comme une machine à laver. Je ne pouvais pas raconter des choses solaires. Là, l’album s’appelle « Finalement », la vie continue, il fallait que ce soit ça que je raconte, plutôt que de raconter la tristesse profonde. Il fallait qu’il y ait de la lumière dans ce projet. Je pense aussi que c’est ce que mon père aurait voulu.

Oui, tu gardes quand même cet hommage sur la cover, le titre, le merchandising avec « AL ». Tu utilises des petits clins d’œil volontairement.

Je pense que c’est à l’image de ma musique, c’est très personnel mais aussi assez universel parce que je raconte des choses de la vie que d’autres vivent aussi. Je les raconte à ma manière, mais beaucoup ressentent les mêmes choses. C’est ce qui nous lie. On est tous un peu pareil dans les moments tristes, comme dans les moments de joie. C’est ce qui rend le truc universel.

Tu te livres pas mal dans cet album, comment arrives-tu à garder une part de vie privée, à savoir ce que tu dis et ce que tu ne dis pas ?

La frontière est très fine entre qui je suis et ce que je raconte dans ma musique mais je n’ai pas de pudeur musicalement, c’est très thérapeutique pour moi de chanter. Je ne vais pas chez le psy. Je ne parle pas beaucoup quand ça ne va pas. La musique, ça me libère d’un poids.

Est-ce qu’un titre t’as donné plus de fil à retordre qu’un autre ?

Pour être honnête, je n’ai pas eu de difficulté à écrire. Il y a eu une alchimie entre les compositeurs et moi, alors que je ne les avais jamais connus auparavant. Il y a eu des moments de grâce dans le studio. Je savais où je voulais aller, eux savaient comment m’apporter quelque chose. La seule pression a été le timing pour finir un morceau à temps, mais ce n’était pas une vraie galère.

Comment arrives-tu à te renouveler alors que c’est différent des projets précédents ?

Je ne suis pas du genre à faire trois albums par an, ça ne me ressemble pas. Si je le faisais, ce serait pour dire trois fois la même chose et ça embêterait tout le monde. Chaque album représente une partie de ma vie. Je raconte ce que j’ai vécu sur une année environ. Puis la vie évolue envers tournée, personnellement et professionnellement. Je raconte ce qui m’intéresse vraiment.

Dans « Chaise Vide », qui ouvre l’album et où tu te livres aussi, que symbolise cette chaise vide pour toi ?

La chaise vide représente l’absence de quelqu’un qui a toujours été à mes côtés. J’ai l’impression qu’il est toujours là car il y a des signes importants que je ressens encore. La chaise représente ça ; son absence physique me manque énormément.

Te suivant depuis longtemps, j’ai remarqué que sur “Si un jour tu pars”, tu répètes beaucoup le mot “différent”, est ce une référence à un ancien de tes morceaux nommé lui aussi “Différent” ?

Non, pas vraiment. C’est drôle que tu me dises ça parce que mon grand frère m’a envoyé un message ce matin qui disait exactement la même chose que toi. Je ne m’en suis même pas rendu compte avant. Avec les albums précédents, il y avait des petites références à droite à gauche, mais pas cette fois.

Est-ce que tu essaies tout de même de garder un fil conducteur dans tes albums ?

Oui, c’est important. Ça permet aux gens qui te suivent de grandir avec toi. On se sent un peu privilégié de voir cette évolution musicale et personnelle, comme une chronologie.

Tu abordes aussi tes doutes dans tes textes.

Oui, je raconte vraiment ma vie, comment j’ai grandi dans la musique. Je ne suis pas né dans une famille de musiciens. Je n’ai pas une belle voix naturelle, ni d’aptitudes artistiques évidentes. Pour moi, la musique était hors de portée, mais j’ai voulu réussir. Je voulais trouver ma place quelque part.

Avec le titre « En français je t’aime », as-tu essayé de faire ta chanson d’amour ?

Oui, j’avais l’idée d’une voix latine qui dit une phrase, et avec mon ami Nazim, on a trouvé celle-ci : « Moi, je sais que je t’aime, c’est tout ce que je sais ». Je voulais un morceau léger, dansant, pas trop lourd de sens. Je n’étais pas très confiant avant de le sortir, mais les gens m’ont retrouvé dedans. J’étais content d’avoir réussi à faire quelque chose qui marche sur un morceau entraînant.

Comment te sens-tu par rapport à cet album ?

Je suis très content, même si je ne suis pas objectif, car c’est ma musique. Dans chaque morceau, il y a des moments qui touchent profondément parce qu’on s’y reconnaît, et ça change un peu de ce qu’on écoute habituellement.

Sur le dernier morceau, il y a également une touche d’espoir.

Oui, malgré cette année difficile, la vie continue, et c’est ce que j’essaie de dire dans tout l’album. Malgré la tristesse, il y a aussi de beaux moments.

Quelle est la plus grande leçon que la musique t’a apprise ?

Ça m’a appris à être un homme, un chef d’entreprise. Le travail est le meilleur allié d’un artiste. Je crois qu’il y a 5% de talent et 95% de travail. Je ne me suis jamais trouvé très talentueux, mais je suis peut-être celui qui travaille le plus.

Qu’est-ce que la scène représente pour toi ?

C’est la raison pour laquelle je fais de la musique. Voir les gens chanter tes titres, c’est une sensation exceptionnelle, une adrénaline unique, une forme d’amour. Quand je crée, je pense à la scène pour savoir ce que je pourrai défendre en live.

Même si tu es à Paris, tu es impatient de revenir jouer à Marseille ?

Oui, évidemment. J’ai un pied-à-terre à Marseille où je passe du temps avec ma fille. Je fais 10 jours à Paris, 4-5 jours à Marseille. L’équilibre est bon : quand je suis avec ma fille, je ne travaille pas, et quand je suis à Paris, c’est du travail intensif.

Y a-t-il une question qu’on ne t’a jamais posée et que tu aimerais qu’on te pose ?

C’est dur à dire. J’aime être surpris par les questions. Je préfère qu’on me pose des questions précises sur ma musique, parce que ça montre que les gens connaissent mon travail, et ça me touche beaucoup. Avant, les médias ne s’intéressaient pas à ma vie, donc ça me fait plaisir aujourd’hui.

C’est une belle évolution.

Oui, ça change tout, surtout depuis mes débuts avec « Rose ». Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être épanoui professionnellement, même si personnellement c’est encore en chemin. Je n’ai jamais connu un tel équilibre professionnel.

Qu’est-ce que ça change réellement de repasser en indépendant ?

C’est pouvoir faire ce que tu veux et travailler avec les gens que tu choisis. Nous avons sortis cinq singles avant l’album, ce qui n’aurait pas été possible chez un grand label.

Tu préfères être précurseur plutôt que de suivre une tendance ?

Oui, je préfère avoir un coup d’avance. Les grands labels sont en retard parce qu’ils imitent ce qui marche déjà. Ils ne comprennent pas toujours la sensibilité des artistes, ce qui est dommage.

Et tu gardes une grande part artistique également.

Oui, sinon on tue l’artiste. Je passe du temps au studio, je travaille les vidéos, la musique, c’est la vie dont je rêvais.

Maxime Martinez

Le 16/01/2026 au Stockfish – Nice (06) et le 18/01/2026 au Live – Toulon (83).

facebook.com/ke2mler

📸 Kemmler par Thomas Hugon.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici