Clara Luciani : une voix grave singulière, une frange devenue signature et des morceaux qui résonnent sur toutes nos ondes. Pourtant, comme elle le dit dans son documentaire, « ce n’était pas gagné ». Qui se cache derrière cette icône pop à la force sensible ?
Une enfance près de la Sainte Victoire
C’est sous le doux soleil de Martigues que naît Clara Luciani. Dans cette petite commune aux façades colorées, son enfance est bercée par les sons du Velvet Underground, des Pretenders ou encore de Paul McCartney que lui fait écouter son père. Entourée d’une famille aimante et soudée, elle vit une jeunesse heureuse. Son grand-père, qu’elle considère comme « sa star » et qu’elle adore par-dessus tout, lui transmet son humour et sa force. Créative et autodidacte, Clara écrit des textes dès son plus jeune âge et apprend la musique. À onze ans, elle revend même ses jouets dans un vide-grenier pour acheter une Squier. Cette jeune fille, alors complexée par sa taille et se réfugiant dans ses écrits, ne se doute pas un instant du glorieux futur qui l’attend.
« Personne n’a jamais dit que ce serait facile, mais je serai là »
Passionnée par la littérature et l’histoire de l’art, Clara commence des études à Aix-en-Provence et écrit de la poésie. Toutefois, le destin lui réservait autre chose. Un soir à Cannes, après leur concert, elle rencontre les membres de La Femme, formation électro-pop française, et chante devant eux. Marlon Magnée, leader du groupe, perçoit tout de suite son potentiel et lui propose de venir à Paris. C’est alors le déclic. Clara rejoint la capitale, trouve une chambre de bonne, cumule les petits boulots et chante le soir avec le groupe. Elle prête sa voix à des morceaux comme « It’s Time to Wake up » ou « Sur la planche ». Même si elle finit par quitter la petite troupe, sa carrière reste jalonnée de collaborations de ce genre. On la retrouve aux côtés de nombreux artistes comme Raphaël, qui l’invite à participer à son album « Somnambules », ou encore Benjamin Biolay dont elle assure la première partie. Celui-ci, qu’elle qualifie de mentor, l’aide à approfondir sa recherche d’identité artistique. Aventurière musicale, la jolie brune rejoint également l’album « Cyborg » de Nekfeu, en particulier sur le titre « Avant tu riais » dans lequel sa voix envoûtante rencontre le flow introspectif du rappeur. Toutes ses participations à des projets d’artistes d’horizons divers sont décisifs dans son évolution. Toutefois, les rôles d’interprète et de collaboratrice ne lui suffisent pas. Elle aussi a des choses à raconter et elle a besoin d’espace pour le faire.
« Pleure Clara, pleure »
Une rupture et une dépression s’ensuivant vont être une étape cruciale dans sa vie d’artiste. Sachant puiser sa force au plus profond de son être, elle parvient à extirper de cette aventure malheureuse son premier EP. À travers l’exploration de thèmes comme la rupture amoureuse et la reconstruction de soi, elle révèle sa sensibilité, sa prose, sa voix profonde et singulière teintée de mélancolie. Elle dévoile peu à peu son univers musical si particulier où la pop et la chanson française croisent la route du rock. Ce projet, réalisé en toute simplicité et sincérité, est salué par la critique. Celle qui a la sensation d’être devenue « un monstre d’amour » pose ainsi les premiers jalons d’une carrière florissante.
« Sous mon sein la grenade »
Elle ne le sait pas encore, mais la Madone noire s’apprête à engendrer un titre au succès explosif autant qu’un hymne féministe. Sorti en 2018, « La Grenade » torpille les charts avec plus de cent millions d’écoute et se place comme le titre phare de son opus « Sainte-Victoire ». Bien avant le phénomène Me too, elle parvient à saisir les enjeux d’une sororité en train de se rebeller contre les diktats du patriarcat. Plus globalement, à travers cet album, elle dresse le portrait d’une artiste aussi sensible que puissante, et affirme son univers musical. Intime, son projet comprend aussi un morceau adressé à sa sœur Ehla qui, comme elle, a dédié sa vie à la musique. En parallèle, Clara Luciani s’investit grandement dans la vie associative, en particulier dans le soutien aux femmes victimes de violences. Son côté humaniste l’enjoint à devenir marraine de la Maison des femmes de Marseille pour laquelle elle lance des appels aux dons et mène diverses actions. Même si elle a l’impression de ne pas avoir l’étoffe ni les épaules, elle est bien une femme prête à marquer son époque.
« Respire encore »
2021. Alors que le pays s’enferme, se tait, face à cette crise du Covid que tout le monde subit, Clara poursuit son activité créatrice aux côtés d’Ambroise Willaume, alias Sage du groupe Revolver, qui l’accompagne depuis ses débuts. Loin de la morosité ambiante, l’artiste veut répandre la lumière, veut danser, faire la fête, et surtout, veut respirer encore. Bien qu’effrayée par la réception qu’aura le public de « Cœur », son deuxième opus, elle l’enregistre dans les studios parisiens Ferber entourée de producteurs de renom comme Yuksek et Breakbot. Elle s’autorise une exploration musicale teintée de pop-chic et de néo-disco sans pour autant perdre son style. Adepte des duos, et toujours en quête de découverte musicale, elle enregistre « Sad & slow », une balade intime, en featuring avec Julien Doré. Elle invite même ses amis à chanter sur certains titres afin de créer un opus qui lui ressemble. Un pari réussi et, comme elle, on a envie « que ça bouge, que ça tremble, et que ça transpire encore ».
« Avant toi je n’existais presque pas, t’es tout pour moi »
Après l’intense tournée « Respire Encore Tour », Clara Luciani s’offre une pause créative et introspective tout en annonçant sa grossesse. L’occasion pour elle d’écrire « Sang », un troisième album composé pour le fils qu’elle a conçu avec Alex Kapranos, chanteur de Franz Ferdinand. Un opus sur la transmission, où elle se raconte, dévoile son chemin et prépare son enfant à certains passages de la vie comme les « chagrins d’amis ». Si elle a toujours envisagé l’écriture d’un album comme un moment de solitude, la création de son dernier projet musical s’est avérée fort différente. Elle révèle avoir eu l’impression d’être toujours accompagnée de son futur garçon. Cette étape symbolique dans sa vie de femme et d’artiste, l’emmène une fois encore sur toutes les scènes de France pour un nouvel itinéraire musical qu’il nous tarde de découvrir.
« Joli joli »
Si la naissance de « Sang » est un énième moment phare dans sa carrière, l’artiste aux multiples facettes s’est également lancée dans d’autres projets. C’est en effet au tour de cette fan de Jacques Demy de pénétrer le monde du septième art. Celle qui avait repris la fameuse « Chanson de Delphine » avec Vladimir Cauchemar, se retrouve sous la houlette de Diastème dans la comédie-musicale « Joli Joli » sortie en salle en décembre dernier. Clara y troque son brun ténébreux pour une chevelure blonde éclatante et interprète le rôle de Marie, jeune femme des années 70 passionnée par la musique et prête à réaliser ses rêves. Un rôle finalement peu éloigné de la réalité de son ascension. Inépuisable, l’artiste est aussi devenue ambassadrice de l’UNICEF grâce auquel, elle poursuit son combat pour la défense du droit des femmes et montre à tous qu’elle est « aussi vorace et aussi vivante que toi ».
Marie-Ange Galangau
Le 27/03/2025 au Dôme de Marseille (13), le 28/03/2025 au Sud de France Arena – Montpellier (34), le 27/11/2025 au Palais Nikaia – Nice (06) et le 28/11/2025 au Zenith – Toulon (83).










