TIM DUP

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Une interview au calme, qui se laisse conduire par un artiste posé à la voix hypnotique. De la candeur, de la classe, de la sensibilité et de l’humour étaient au rdv grâce à ce talentueux artiste qu’est Tim Dup. 

Tu possèdes une voix pure et cristalline, c’est très agréable de t’écouter. Comment le chant et la musique sont venus à toi ? 

Le piano est venu en premier à l’âge de 7 ans, comme instrument principal qui était dans la famille. Je suis le seul qui ai persévéré, qui n’a pas lâcher et continuer. Je suis tombé d’amour pour ce refuge qu’est le piano. Quelques années après est venu le chant, presque que par hasard. Petit à petit, les deux se sont mêlés. Je me suis rendu compte que le médium de la musique réunissait les deux : les paroles, le texte et la mélodie, la musique. Découvrir tout ça et évoluer dans l’un et dans l’autre, c’est ce qui me plaît le plus. 

Tu es assez jeune avec une très belle carrière déjà bien remplie, comment l’expliques-tu ? 

Il y a toujours quelque chose de déstabilisant à l’égard de la jeunesse soi-disant incompatible avec le fait d’avoir fait, ou alors on va accoler la jeunesse à une forme d’imperfection, d’être dans une forme assez naïve. Je me le dis surtout sur les questions un peu engagées et les sujets urgents politiques, climatiques par exemple. C’est juste un préambule, mais je ne crois pas. Ce qui fait que j’ai déjà tout ça derrière moi, c’est le fait d’avoir envie de créer, de raconter des histoires, de rencontrer du monde. C’est avoir un projet et aller au bout, la peur d’avoir des regrets, donc d’y aller, car la vie est courte et tout peut s’arrêter. Il faut faire, faire et faire … 

Quand tu as commencé, tu as fait les premières parties de Benjamin Biolay, Miossec, Patrick Bruel entre autres, que retiens-tu de cette expérience assez riche ? 

Cela a été une très belle expérience avant d’avoir mes propres disques. Faire des premières parties, ça apprend le rapport avec le public, l’humilité de la scène, l’endroit que constitue le concert, le spectacle vivant. C’est brut, c’est urgent, immédiat, ça définit l’artiste qu’on a envie d’être. On se retrouve face à un public qui ne nous connaît pas, qui n’a pas souvent envie de nous voir en première partie, même s’il y a un truc ou c’est super challengeant. J’en garde des souvenirs mémorables et très instructifs. On a tout à gagner, il faut y aller, il n’y a rien à perdre. J’ai bien aimé, car en plus, j’ai fait des premières d’artistes assez pluriels, différents des uns et des autres, ce qui permet de toucher des publics assez variés. 

Tu as participé à l’album de Véronique Sanson “Duos Volatils” sur la chanson “Toute Une Vie Sans Te Voir”. Comment cette invitation a eu lieu ? 

Avec Véronique, on s’était rencontré pour une interview en commun sur un plateau qui était “Foule Sentimentale” de Didier Varrod. Cette émission était assez chouette avec plein d’artistes qui se rencontraient en évoluant autour d’une table pour discuter. On entendait les gens derrière nous ouvrir les bouteilles de champagne, ça grignotait, c’était un apéro et ça participait à une ambiance où les gens se rencontrent facilement. On a bien discuté avec Véronique et on s’est bien entendu. Je lui ai donné mon EP, elle a écouté “TER Centre”, et quand elle a travaillé sur ce disque, elle m’a très aimablement proposé de venir chanter avec elle. Il a fallu trouver la chanson, car sur sa discographie, il y en a beaucoup qu’on a envie de chanter. Celle-ci est un peu plus méconnue, je trouve, elle raconte quelque chose de très fort sur une histoire d’amour. Ce qui n’a pas été très facile pour elle de reprendre, notamment avec quelqu’un de plus jeune qu’elle. J’aime assez, car il y a à la fois une idée d’un amour très intemporel, quelque chose de filiale, de très beau. Elle m’a beaucoup appris dans la façon de travailler, de pousser la voix jusqu’au bout. 

Tes clips sont très beaux, qui les réalisent ? 

C’est mon ami Hugo Pillard, il a un super projet de musique qui s’appelle : “Tramp”.

Tu participes à l’idée de tes clips ? 

Oui, souvent, on les écrit à deux.

Il y a une forme de poésie, certains ressemblent à des tableaux vivants comme “Les Immortelles”, un tableau de nus.

C’est Diane Sagnier qui l’a réalisé, en plus à Marseille sur les îles du Frioul, ce sont des paysages qu’on connaît bien chez Nouvelle Vague. 

C’est intelligent d’avoir flouté certaines parties du corps, pas de censure du coup. 

Oui, la capture est flouté sur YouTube, car sur les réseaux, on n’a pas le choix aujourd’hui. À la base, ce n’est pas flouté, c’est beau la nudité. Quand elle est à la fois suggérée, c’est de l’art certes, mais c’est aussi de l’animalité. 

Le clip “Regarde-nous Danser”, met en scène des personnes âgées. Il est très touchant. Ici, c’est la vieillesse qui est à l’honneur. 

Ce sont les clips les plus émouvants. Nous sommes allés dans un thé dansant “Le Balajo” à Paris qui est ouvert tous les lundis après-midi pour les seniors. On a dû s’y rendre 2,3 fois avant qu’on nous fasse un peu confiance, c’est ça qui était très beau. Il y a beaucoup de pudeur, ce sont des gens qui viennent danser ici, lâcher prise. C’est bouleversant de simplicité, c’est très beau de voir que dans la vieillesse, on accorde encore une place pour le contact de la peau, des chairs. Tout le monde vient un peu pouponner, les femmes se parfument à outrance, les hommes sentent l’eau de Cologne à fond. C’est génial, ils prennent soin d’eux, et ils viennent se toucher comme ça, danser dans une forme de grande pudeur et c’est très beau ce contact. 

Dans 10 ans, tu t’imagines comment ? 

Je ne me pose pas trop la question, 10 ans c’est trop long pour moi. À la fois parce qu’il y a un mur qui peut faire peur d’imaginer le monde dans 10 ans pour la partie pessimiste. Pour la partie optimiste, c’est de laisser venir les choses, de se laisser surprendre sans vraiment savoir où aller. J’espère que je serais dans un espace-temps comme je suis aujourd’hui, qui peut être différent, mais qui est équilibré. 

Quelle est ta playlist du moment ? 

J’écoute un groupe français de heavy blues Delgres, de la vieille soul avec Ronnie Hilton, des choses comme ça. Et en même temps du rock comme Black Keys et les Strokes. C’est plutôt des musiques anglo-saxonnes et des trucs qui déménagent.

Dans les concerts aussi ? 

Exactement, mais bon avouons-le, ce n’est pas le cas dans mes concerts (rires).

Question à la con de Valérie : Que te dit cette personne qui est en toi, celle que tu écoutes vraiment ? 

Elle me dit de continuer à m’écouter. Pour le moment ça n’a pas trop foiré, dans le sens où on peut toujours rêver différemment et d’avoir fait les choses différemment. Finalement ce n’est pas très grave, même s’il y a des choses d’ordre de mésaventures, des déroutes. J’adore ces choses-là, car cela t’emmène de toute façon à un endroit. Il faut continuer à s’écouter, quitte à se planter carrément. 

Valérie Loy

timdup.com

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