HK

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Révélation du Printemps de Bourges en 2006 avec le Ministère des Affaires populaires (MAP), écrivain de quatre romans, poète engagé, auteur de BD, de théâtre musical et fondateur de deux hymnes populaires revendicateurs, Kaddour Hadadi alias HK ne lâche rien et continue sa tournée « Danser encore » avec sa joie de vivre et son élégante irrévérence légendaires.

Alors Kaddour, peut-on dire que la « Malédiction du 5.9 » a été levée ?

Oh oui ! C’était une chanson avec mon tout premier groupe, « Juste Cause » (sortie en 2001, ndlr) qui disait que lorsqu’on était dans cette région « tout là-haut », il n’y avait plus rien qui existait, au-dessus de Paris. C’était notre tube à l’époque, notre morceau fédérateur qui clamait notre existence et notre spécificité : issus d’une région prolétaire, ouvrière, solidaire. Ce que chantait Enrico Macias est loin d’être un cliché et quand on vient du Nord ou qu’on connait des gens qui en viennent, on comprend ce « soleil qu’ils n’ont pas dehors », mais à l’intérieur cette fraternité est forte entre les gens. Lorsque nous nous sommes fait connaître en 2006 avec MAP et que nous avons pu sortir de notre région et partir aux quatre coins de la France, ce sont ces valeurs et cette identité chti prolétaire que nous avons défendues et qui ont parlé aux gens.

Tu es passé par le hip-hop, le reggae-ragga, le rap musette, la chanson française. Aujourd’hui, comment définirais-tu ta musique ?

Moi j’aime bien « musique nomade » : c’est de la musique qui voyage, qui invite au voyage, qui se joue des frontières, qui n’aime pas les cases, qui se nourrit de rencontres. Au fil du chemin, nous rencontrons des gens, des sonorités, des couleurs et nous rajoutons des ingrédients, des dimensions supplémentaires. C’est une musique toujours en mouvement.

Tes amis parlent de toi comme d’un fédérateur, est-ce qu’aujourd’hui tu fédères encore les membres de tes anciens groupes ?

Oui, j’aime garder le contact avec mes frères et sœurs de son, car cela signifie garder le contact avec la personne que j’étais. J’ai vu récemment mes amis du lycée, avec qui j’avais créé « Piece of Salam » et nous avons fait une musique ensemble, pour une mixtape, c’était très chouette. Le lien, l’authenticité et la cohérence me tiennent beaucoup à cœur et c’est souvent la famille ou les amis qui nous les rappellent quand nous nous égarons. Pour moi, partir loin, voyager, mais sans retrouver à un moment donné les siennes et les siens, notre point de départ, notre refuge, signifie qu’on a tout perdu.

Tu parles dans tes chansons de tes grands inspirateurs – NTM, Bob Marley, Yves Montand, Brel – mais y a-t-il aussi de grandes inspiratrices ?

Bien sûr. Rosa Parks, dont l’histoire est fondamentale, car c’est celle qui a su être à sa place, qui s’est assise là où elle voulait et qui s’est montrée libre en s’opposant à tout un pays. C’est une de mes idoles, même si je n’aime pas trop ce mot. Et en tant que chanteuse, c’est la voix si douce de Billie Holiday qui me frappe au cœur et que j’écoute quasiment tous les jours. Je reprends là une phrase de Bob Marley : « ce qu’il y a de bien avec la musique, c’est que lorsqu’elle te frappe, tu ne ressens aucun mal ».  Nina Simone également, chez laquelle il y a une force, une fêlure, qui était chanteuse mais aussi militante.

Dans ton roman « J’écris donc j’existe », tu parles de toi comme d’un « voleur d’âmes, emprunteur de destins ». Quel destin aimerais-tu emprunter ?

Celui de la chanson « Danser encore » qui a beaucoup tourné pendant le confinement en France puis qui a fait danser des gens en flashmobs sur des grandes places comme Madrid, Rome, Berlin ou Amsterdam. J’aimerais l’accompagner dans les années futures, jouer et chanter sur toutes les places publiques d’où elle m’a envoyé des cartes postales, c’est un de mes derniers rêves dans la musique.

Ah ! Si tu étais président (référence à une chanson de MAP), quelles seraient tes actions post-électorales ?

[Rire] Je démissionnerais dans un grand fracas pour dénoncer ce système quasi monarchique ! Pour parler plus sérieusement, nous avons écrit une chanson et même un spectacle qui s’appellent « la fin du Moi, le début du Nous » dénonçant le fait que ce système – dans lequel une personne décide seule de l’intérêt général et est prête à gouverner contre son peuple – ne nous convient plus aujourd’hui en France. Les différents mouvements sociaux ont montré qu’il y avait une aspiration à ce que nous, citoyennes et citoyens, ne soyons pas juste des machines à voter tous les cinq ans. Le rôle d’un président est de représenter le peuple, qu’il ait tort ou raison et non pas de gouverner contre les gens. J’aspire à une révolution non-violente – cf. notre chanson « Sans haine, sans armes et sans violence » – qui rebâtirait un système démocratique différent et respectueux de notre besoin d’expression sur des sujets essentiels et de participation à la construction de notre avenir et de celui de nos enfants.

Sur qui voudrais-tu « balance[r] ta babouche » aujourd’hui ?

[Rire] Cette chanson humoristique vient d’un fait réel, un journaliste irakien qui a lancé sa basket sur le président G. Bush pendant une conférence de presse. Je pense que parfois, balancer sa babouche sur un dirigeant qui se croit monarque, qui est déconnecté de la réalité, peut l’aider à se réveiller et peut-être que c’est la façon la moins violente de créer un déclic dans son esprit, de lui donner une leçon d’humilité. Nous avons même créé une appli-jeu pour téléphones portables qui s’appelle « Balance ta babouche » et avec laquelle on peut essayer d’être « babouche d’argent » et « babouche d’or ».

Anticolonialisme, justice sociale, égalité, quels autres mots écrirais-tu sur ton étendard de saltimbanque révolté ?

J’aime essayer d’utiliser le moins de mots possible donc je dirais « humanité » au sens large. Je crois que si nous prenons ce mot et que nous réfléchissons à tout ce qu’il implique, il y a beaucoup de mots que nous pouvons écrire derrière. Nous faisons tous partie d’une seule et même humanité et il y a cette philosophie Ubuntu, défendue par Nelson Mandela et Desmond Tutu qui dit « Je suis parce que tu es. », « Je suis parce que nous sommes. » qui traduit très bien cette humanité dont je parle.

Est-ce que tu as des projets fous à venir, un film, un spectacle de rue, du cirque engagé ?

Hum, je suis moins imaginatif, en fait j’ai le projet fou déjà de profiter de chaque concert de cette tournée, que je vis comme une vraie récompense et qui va se terminer en novembre à l’Olympia. Nous sommes heureux d’aller dans les grandes villes et les grandes salles mais aussi les places publiques et les petits villages pour retrouver tout ce monde qui nous attend et qui a juste envie de danser les yeux grands ouverts. Ne pas oublier la chance que nous avons et vivre chaque instant, chaque soir, ce qui n’est pas toujours évident avec les aléas et les petits problèmes à régler en dehors de la scène. Profiter de la scène partagée, de ces instants-refuges, de ces petits moments d’éternité poétique et musicale, qui sont très précieux. Et surtout arriver à finir l’année, malgré la fatigue ! Ensuite, j’ai l’idée d’écrire un spectacle théâtral et musical pour l’année prochaine, pour peut-être le jouer à Avignon, où nous serions deux ou trois sur scène et nous parlerions de nous, de notre époque, du sens de nos vies. C’est ce que je fais tout le temps, mais j’aimerais rassembler tout cela dans un spectacle.

Aujourd’hui, pour les jeunes, l’époque est assez difficile et peut générer de l’anxiété. D’après toi, comment peut-on rallumer les étoiles dans les yeux de ceux qui ne les voient plus ?

C’est sûr que l’époque est anxiogène et c’est tout un système, un mode de pensée, de vie, de civilisation qui est à reprendre. Cela peut donner le vertige, voire susciter de l’angoisse. Pour moi, il n’y a qu’une seule façon de faire : l’engagement individuel quotidien, en partant de choses très simples mais en s’inscrivant dans une conscience collective, en s’interconnectant les uns aux autres, dans notre quartier, dans notre ville et en ne restant pas chacun dans son coin à vouloir changer le monde. Accepter aussi ses limites, ce qu’on peut faire et ce qu’on ne peut pas faire mais toujours faire au mieux et croire en l’interconnexion, créer ainsi de petites communautés. Enfin, se raccrocher à tous ces gens et à toutes ces initiatives qui existent déjà. Nous sommes ici, sur Terre, tels des « oiseaux de passage », il ne faut pas non plus bouder notre plaisir, il faut cultiver une certaine idée du bonheur partagé quotidien, vibrer, être heureux, chanter, danser. C’est d’ailleurs ce que nous faisons dans notre musique, nous sommes extrêmement heureux quand nous jouons sur scène et nous pensons que cette musique peut faire avancer les choses. Notre philosophie, c’est assez simple : faire ce qu’on aime, ce qui a du sens pour nous, avec des gens qu’on aime et pour des gens qu’on aime.

Loreleï Martinsse

Le 01/07/2023, dans le cadre du festival Salagou en Scène, au Lac du Salagou – Celles (34) et le 15/07/2023, dans le cadre du festival de la Chabriole, aux Arènes de Saint-Michel de Chabrillanoux (07).

Photo : Stéphane Méril

hk-officiel.com

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