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GROUNDATION

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Avec un groove inimitable, Groundation mêle reggae roots et jazz. Un son 100 % live, riche, précis et porté par dix musiciens dont Harrison Stafford. 

Groundation a toujours mélangé le reggae à d’autres styles, comme le jazz. Comment arrivez-vous à faire évoluer votre musique au cours des années ?  

Mon grand-père jouait du saxophone dans les années 20 et 30, et mon père jouait du piano jazz. Les premières musiques que j’ai entendues en grandissant, c’étaient Duke Ellington, Charlie Parker et Miles Davis. Puis, très jeune, j’ai découvert le reggae. Et ces deux univers, jazz et reggae, m’ont passionné. Je ne me force pas, c’est juste que, quand j’écris des chansons, elles sortent avec cette richesse rythmique, des harmonies non-diatoniques, de longs solos… Il y a tous ces éléments du jazz qui ressortent, naturellement. 

Voyez-vous votre dernier album (2022) comme une suite logique ou un tournant pour le groupe ? Qu’est-ce qui vous a le plus influencé en le créant ? 

C’est une nouvelle étape, bien sûr, mais aussi une continuité. Parce que Groundation, depuis « Young Tree » jusqu’à « Candle Burning », c’est une histoire sur la vie. Et « Candle Burning », c’est un message d’espoir. C’est ce qui le rend très différent des précédents albums de Groundation. C’est un message universel, qui peut parler à tout le monde. C’est l’histoire de la lumière, de l’espoir, toujours présent. Et c’est aussi l’histoire de l’individu : la bougie qui brûle.Il y a donc cette conversation entre deux sources de lumière : l’une infinie, et l’autre, plus éphémère, c’est ce moment qu’on partage, cette bougie qui brûle. Et c’est le récit de l’album, jusqu’au dernier morceau « Anu », où la flamme s’éteint doucement, au rythme du « one drop » qui ralentit. C’est vraiment quelque chose de nouveau.Et les featurings avec Alpha Blondy, Michael Rose, Mutabaruka, Thomas Mapfumo, ce sont les premières collaborations de Groundation avec ces artistes.Dans le passé, On a bossé avec Don Carlos, The Congos, Pablo Moses, Marcia Griffiths, Judy Mowatt… Sur le dernier album « One Rock », il y avait les Abyssinians et Israel Vibration. Groundation est profondément connecté aux racines de la Jamaïque et aux grandes icônes du passé. 

Sur scène, votre musique est vraiment live, avec de vrais musiciens. Quel est votre avis reggae plus moderne, souvent produit de façon plus électronique ? 

C’est juste le sens de l’évolution. C’est la manière dont la musique se fait aujourd’hui, que ce soit du reggae, de la pop, du rock ou du hip-hop. Tout est fait à l’ordinateur. Ils ont facilité les choses, les backing tracks, les click tracks ont rendu les groupes plus précis, les concerts plus puissants. Pour nous, c’est une évolution de la musique, mais Groundation, c’est old school. Nous sommes dix musiciens sur scène, pas d’ordinateurs, pas de séquences, pas de métronome. On appelle ça le rythme originel. Depuis des millénaires, les humains se rassemblent pour créer leur propre musique, et c’est ce qu’on essaie de faire. 

Le reggae a beaucoup évolué. Quelle est, selon vous, sa place aujourd’hui dans le monde musical ?
J’espère que le reggae restera une lumière, une musique de message. Une musique qui essaie de montrer la voie vers un monde meilleur, qui essaie de rassembler les gens. Le reggae, dans son essence, depuis Marcus Garvey et la Jamaïque, c’est le message de « One Love ». Contrairement aux autres styles, le reggae porte la responsabilité de regarder le monde tel qu’il est, de l’identifier, et de tenter de le changer en mieux. C’est ça, le reggae. 

Comment choisissez-vous les musiciens qui vous accompagnent ? Il y a-t-il une manière « Groundation » de jouer ? 

Oui, il y a vraiment une manière spéciale. Il faut être un musicien très discipliné pour jouer du reggae. Ça semble simple, mais c’est très complexe à jouer. Il faut avoir un bon feeling. Et il faut aussi une ouverture d’esprit, une liberté, un vrai sens de l’improvisation. C’est difficile de trouver des musiciens qui comprennent le reggae et qui peuvent s’exprimer avec une sensibilité jazz. C’est vrai que ça prend du temps, il faut jouer avec beaucoup de musiciens avant de trouver la bonne formation. Et en ce moment, Groundation n’a jamais sonné aussi fort, que ce soit avec « Candle Burning » ou sur les classiques. 

Vous êtes sur scène depuis longtemps. Est-ce que votre façon de jouer et de parler au public a changé avec le temps ? 

Je ne dirais pas que ça a changé, mais ça a évolué. C’est devenu plus fort, meilleur. On essaie toujours de se connecter. La musique, c’est de l’émotion, et toutes les chansons de Groundation racontent des histoires émotionnelles. Avec le contact visuel, la liberté entre les musiciens sur scène, le mouvement, l’échange d’énergie, on devient plus à l’aise, on comprend mieux comment transmettre ces vibrations entre les musiciens et le public. Ça n’a pas changé, mais ça a évolué vers un niveau supérieur.

Vous êtes un groupe américain mais vous jouez aussi souvent en Europe, où vous avez un public fidèle. Est-ce que le reggae est écouté différemment en Europe qu’aux États-Unis ?

Oui, je pense que l’Europe a toujours été plus accueillante envers le reggae. À l’époque où Bob Marley galérait à remplir quelques centaines de places aux États-Unis, il jouait devant des milliers de personnes en Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Italie, en France… La culture européenne respecte les arts. Aux États-Unis, si tu dis que tu veux être musicien, on te répond que ce sont des conneries. En Europe, on dit que l’art rend les gens meilleurs, qu’il nous ouvre l’esprit, qu’il nous fait grandir en tant que société. Et on le sent très vite. Surtout avec le reggae. Serge Gainsbourg, il a amené le reggae en France. Et la France a eu une histoire d’amour avec le reggae, comme elle en a eu une avec le jazz. Quand Miles Davis se faisait tabasser par la police à Chicago, il était accueilli comme un roi à Paris. Il y a une vraie chaleur et une bienveillance qu’on ressent en Europe.

Vos chansons sont riches et complexes. Est-ce qu’il y a encore une place pour ce type de reggae aujourd’hui, alors que les jeunes consomment la musique très rapidement, sur TikTok par exemple ? 

Je ne sais pas… J’espère vraiment. J’y ai beaucoup pensé. Le nouvel album que nous venons de faire, je pense que c’est le meilleur album de Groundation. Nous l’avons enregistré en analogique, tout le groupe en live, les solos en live, tout le monde jouant ensemble. J’en suis très fier. Néanmoins, ce n’est pas ce genre de musique qui touche les jeunes aujourd’hui. Nous jouons dans des festivals, et avant ou après notre show, c’est du « doof doof doof doof doof » (ndlr : il imite les beats électroniques). C’est toujours la même chose, et les jeunes deviennent fous. Je ne pense pas que notre musique soit impopulaire, je pense juste qu’elle n’est pas promue comme il faut. Groundation, en quelque sorte, va à contre-courant.

Et pour la suite, avez-vous des projets ? Un nouvel album ? 

Oui, bien sûr. Nous réfléchissons déjà au prochain album studio. J’ai même des plans pour les deux prochains albums : leur thème, et où on va les enregistrer. À l’automne, nous allons enregistrer un live de Candle Burning à Paris, en audio et vidéo. Ce sera un gros projet. Et tu es parmi les premiers à qui je le dis : le prochain album studio de Groundation sera enregistré en Jamaïque. Ce sera notre premier enregistrement là-bas. Oui, nous prévoyons de commencer dès janvier. Nous nous retrouvons en Jamaïque pour des sessions d’écriture. Et l’enregistrement aura lieu dans l’année qui suit.

Hugo Da Silva

Le 08/10/2025 au Rockstore – Montpellier (34) et le 11/10/2025, dans le cadre de la Fiesta des Suds, sur l’Esplanade J4 – Marseille (13).

groundation.com

📸 Groundation par Eyeree.

#NVmagZoom #Groundation

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