FFF

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Après 23 ans de silence et pas d’absence (vous comprendrez la nuance en lisant la suite), FFF est à nouveau sur le devant de la scène (rock) française ! Entretien avec Yarol Poupaud.

Je vais commencer par l’une des questions que vous avez du le plus entendre depuis votre retour. Pourquoi 23 ans d’absence alors que vous ne vous êtes jamais officiellement séparés ? 

Il n’y a pas eu 23 ans d’absence, il y a eu 23 ans de silence discographique, mais nous avons toujours continué à faire des concerts. Il y a eu une vraie absence de 2001 à 2007, la il ne s’est vraiment rien passé. Dès 2007 nous avons commencé à remonter sur scène. Nous avons fait un concert pour Solidays, en 2011 nous avons fait un concert au Bus Palladium pour le Secours Populaire, et nous avons pris tellement de plaisir à faire ce concert que nous nous sommes dit “c’est quand même trop con”. Ensuite nous avons fait des concerts au Bataclan, au Trianon, La Cigale… Parallèlement à ça, nous n’avons pas réussi à transformer l’essai du nouvel album. Nous nous voyions, nous allions en studio, nous avions des idées, nous écrivions des chansons, nous faisions des morceaux, mais nous n’étions pas vraiment satisfaits du résultat. C’était toujours compliqué au niveau planning. Les envies des uns et des autres n’étaient pas forcément les mêmes.

A quel moment et dans quelles conditions vous avez eu le déclic ?

En 2022 nous avons rencontré des gens qui ont un label qui s’appelle Verycords, qui nous ont dit écoutez les gars, nous nous y croyons, nous vous donnons les moyens d’entrer en studio, de faire l’album que vous voulez faire, mais il nous faut un album dans un an. Ils ont un peu misé à l’aveugle, car nous n’avions pas de chanson, mais le fait d’avoir une deadline, d’avoir « une copie à rendre », ça nous a un peu forcés à s’y mettre. Et là je ne sais pas ce qui s’est passé, les planètes se sont alignées. Nous nous sommes retrouvés chez moi, dans mon studio à la campagne dans les Deux Sèvres, et les morceaux ont commencé à sortir tout seuls. En deux, trois sessions de deux semaines, nous avons écrit une trentaine de chansons. Nous avons fait tellement de morceaux que nous avons du matériel pour deux albums. D’ailleurs le suivant est en préparation pour 2025.

Revenons au dernier album en date. Il s’appelle “I Scream”, pourquoi ce titre ? Y a t il un lien avec votre silence et l’envie de revenir en gueulant un peu ?

Un peu oui, Marco en parlerait mieux que moi. En même temps, c’est un cri de beaucoup de choses, un cri de joie, de bonheur, un cri d’excitation. Tout en étant une gueulante sur un état des lieux du monde d’aujourd’hui qui ne nous satisfait pas vraiment, mais nous ne sommes pas les seuls.

Par rapport aux textes et aux sujets que vous abordez, dans le titre “On devient fou”, il y a un constat de la société actuel qui n’est pas très glorieux, où vous dites “l’avenir va faire de nous des délinquants” et votre solution est un peu de danser la dessus pour pouvoir relativiser. 

Oui, alors déjà ça c’est sûr. Cette chanson parle aussi du fait que certains “donneurs d’alertes” peuvent vite être considérés comme des délinquants.

Dans “Je pars”, un des titres les plus calmes de l’album, les premières notes font penser à “Strawberry Fields Forever” des Beatles.

Alors nous faisons partie d’une longue lignée de gens qui ont adoré écouter les Beatles, et qui ont cherché leurs influences dans cette discographie hallucinante. A partir du moment où il y a un mellotron, c’est le nom de cet instrument, et qu’il y a un petit arpège comme ça, nous ne pouvons pas ne pas penser à ce titre des Beatles, c’est vrai.

Malgré ces années de silence, vous n’avez rien perdu de votre énergie, et Marco de son flow. Je dirai même que cela vous a durcit ?

Durcit je ne sais pas, plutôt nous a grandit. Nous avions peut-être avant une tendance à tirer dans tous les sens et voir un peu ce qui allait se passer. Aujourd’hui nous tentons de viser et de cibler un peu plus l’énergie pour qu’elle tape pile au bon endroit. 

Vous vous canalisez.

Voilà, nous essayons. Et nous avons essayé sur cet album de mettre un peu plus l’accent sur les chansons, les mélodies, les accords, l’harmonie, plutôt que juste des riffs. Il y a tout un travail fait au niveau de la composition.

Quel regard portiez vous pendant toute cette période sur la musique et principalement sur le rock en France ?

Personnellement, je n’ai jamais perdu ça de vue. Il y a plein de groupes que j’adore dans le rock français. J’en produis moi-même certains. Il y a plein de trucs qui m’intéressent. 

Est-ce que le fait que la musique soit consommée différemment aujourd’hui a donné une certaine réflexion à votre retour ?

Ça nous a donné réflexion sur le fait de sortir nos chansons au format album. Effectivement aujourd’hui le format album tel que nous l’avons toujours connu est un peu délaissé pour sortir de plus en plus de singles. Il y a tellement d’offres, tellement de propositions de musiques que cela fait un peu l’effet inverse. L’écoute est complètement différente. Toutefois, nous avons eu envie de mettre ensemble toutes ces chansons, de raconter une histoire avec elles. Et nous, nous aimons ce format album. Nous voulions absolument que l’objet existe, que le vinyle existe.

Musicalement vous avez su garder toute l’essence de FFF des années 90 en y ajoutant un côté moderne et actuel. Avez-vous eu peur de faire un album trop rétro ou daté ? 

Nous ne voulions surtout pas faire un exercice de style année 90. Nous voulions garder l’ADN et l’énergie du groupe, mais que se soit un album d’aujourd’hui. Il y a plein de groupes qui font des exercices de style vintage et qui le réussissent très bien. Nous voulions que ça sonne aujourd’hui, et c’est là que nous avons fait intervenir notre ami Dimitri Tikovoï. C’est un réalisateur français qui vit à Londres depuis des années et qui maîtrise très bien les sonorités que nous voulions vu qu’il est capable de travailler pour Placebo ou les Libertines, comme pour des groupes plus électro.

En tournée, j’imagine qu’il y aura beaucoup de titres du dernier album, mais est ce que les anciens titres garderont les sonorités originales ou vous les avez retravaillées ?

Nous avons revisité certains titres comme “AC2N” du premier album, qui a complètement été changé par exemple. Cela fait tellement de temps que nous le jouons que si nous ne voulons pas s’ennuyer nous devions le changer. En revanche, un titre comme “Barbes” est joué comme à l’époque.

Prenez-vous toujours autant de plaisir à jouer sur scène depuis la sortie de « I Scream » ?

Evidemment oui ! Nous terminons d’ailleurs la tournée début décembre. Ensuite nous allons faire un petit break, puis allons sortir ce nouvel album qui va s’appeler “You scream”. Il fait partie des mêmes sessions d’enregistrements, et nous devrions le sortir au printemps 2025.

Franck Inizan

Le 13/11/2024 à L’Ombrière – Uzès (30) et le 14/11/2024 au 6Mic – Aix-en-Provence (13).

fff-musique.fr

📸 Benjamin Loyseau

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