DARAN

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Artiste autodidacte et producteur, Daran revient avec “Grand Hôtel Apocalypse”, un album personnel et épuré, reflétant son évolution musicale. Entre projets au Québec et en France, il poursuit sa carrière en explorant de nouveaux défis, comme jouer de la basse sur scène.

Bonjour Daran, c’est un réel plaisir de pouvoir échanger avec toi sur la sortie de ton nouvel album « Grand Hôtel Apocalypse ». L’impatience et l’excitation sont ils toujours les mêmes après toutes ces années de carrière ?

Oui, il y a toujours ce petit pincement à la sortie d’un album, même si quelque part à ce stade les choses m’échappent complètement. Moi j’ai fait du mieux que je pouvais jusque là, et là nous rentrons vraiment dans un système où les jeux sont faits. 

Les dés sont jetés et nous ne pouvons plus faire machine arrière. 

Oui voilà, et nous ne savons pas ce qu’il va se passer, est-ce que la spirale positive va se mettre en marche, nous ne le savons pas. Moi je fais mon travail et voila.

Tu as eu une enfance très musicale, chez toi tu écoutais du jazz, du classique et du rock et malgré tout tu es autodidacte. Tu n’as reçu aucune formation musicale étant jeune ?

Non, c’est le revers de la médaille. Grandir dans une famille où la musique est omniprésente mais où je n’ai pas été repéré spécialement. Oui j’étais un peu plus doué que les autres, mais quand tout le monde chante, joue de deux instruments … Donc voilà, non ce n’est pas venu à l’idée de mes parents, ils avaient un enfant de sept ans qui faisait quatre heures de guitare par jour tout seul, ca ne leur ait même pas venue à l’idée de me mettre dans une quelconque institution, c’est mon trajet, je n’ai pas de regret avec ça. Je me suis longtemps posé la question, si ça se trouve j’aurai été un autre. 

C’est par l’album « Huit barré » et le tube « Dormir » dehors que je grand public t’a découvert. Est-ce qu’à une période où tu en as eu un peu marre de jouer ce titre, ou que tu as eu envie que les gens cessent de réduire à ce titre ?

Jamais. Je la joue toujours à l’identique aujourd’hui, je suis toujours content quand elle démarre, je suis très reconnaissant envers cette chanson. Je ne fais pas du tout partie de ces gens qui se fatiguent de jouer la même chose depuis des années, et c’est surtout que j’ai marché avec une chanson que j’adorais. Je souhaite à mon pire ennemi de marcher avec un titre sur lequel il aurait fait des concessions. C’est une chanson que j’aimais beaucoup. Si je peux donner un conseil à des gens qui veulent percer dans ce métier c’est faites les choses que vous aimez car vous aurez à les jouer cinq milles fois si par hasard ça marche.

Ton nouvel album est entièrement écrit par ton ami Pierre-Yves Lebert, Pourquoi lui avoir laissé l’intégralité des textes ?

Disons que cela fait quelques années que nous faisons quelques albums. Nous faisons un auteur compositeur à nous deux. C’est l’homme qui m’a fait arrêter d’écrire. Il faut savoir s’incliner face au génie. 

Ce qui est paradoxal c’est que c’est ton album le plus personnel, alors que tu n’as écrit aucun texte, comme si ton ami te connaissait mieux que toi même.

Je lui ai donné des pistes quand même. Il rend plus poétique ce que j’écris. En plus c’est un album qui a été fait un peu en sens inverse. La plupart du temps nous avons pas mal de discussions préalables. Je démarre les musiques en ayant les textes sur les genoux, et là il se trouve que mon travail de producteur, au sens artistique du terme, réalisateur, me prend beaucoup de temps. C’est donc à la faveur d’un projet qui s‘est déplacé que j’ai récupéré tout d’un coup trois semaines, un mois de temps libre et je me suis dit c’est maintenant ou jamais. J’ai fait l’intégralité de cet album en « yaourt ». Il a fallu qu’il rentre les textes. Il avait des bouts de ficelles à tirer pour le départ de l’action mais ça a été beaucoup de travail pour lui.

Pourquoi avoir mit autant de temps entre « Endorphine » sorti en 2017, et ce nouvel album que tu as finalement fait en 3 semaines ?

Après « Endorphine » il y eu un live enregistré à Montréal. Puis est arrivé le Covid tout simplement. Moi j’étais en fin d’exploitation d’« Endorphine ». J’ai fini une tournée et le Covid est arrivé. Déjà en tant que producteur j’ai eu énormément de travail. Et comme je ne conçois pas de travailler sur un album sans pouvoir l’amener sur scène, une fois le covid terminé les salles ont mis au moins un an et demi à deux ans à écumer tout ce qu’elles avaient déjà programmé. Il était presque impossible de monter des tournées cohérentes pendant un an ou deux. Le temps n(est pas très important, il faut que ça corresponde à une nécessité. Comme je suis mon propre producteur, j’ai pas un label qui m’oblige tous les dix huit mois à sortir un album.

Justement tu es un peu hors radar sur pas mal de choses, quelle est ta relation avec les médias ? Tu n’es pas très médiatisé mais tu tire toujours ton épingle du jeu et nous parlons toujours de tes albums.

Je ne sais pas trop. Je ne fais pas d’obstacle aux médias. Je ne suis pas du tout dans une position de rebelle de quoi que ce soit. Je remplissais mes salles en mettant juste la tournée sur Facebook. Je me suis dit qu’en mettant un peu plus d’argent, il allait peut-être se passer quelque chose. Puis je le sens bien cet album, je l’aime bien. Sur tous mes albums, c’est un qui va compter je pense, qui va être une étape.

Sur cet album, tu retrouves une formation guitare, basse, batterie. Un retour à la base de la musique que tu faisais au début de ta carrière ?

Là en fait, j’aime bien travailler « dans un tuyau », de la contrainte naît l’ingéniosité je trouve. Et la c’est même sans pédales, directement branchés aux amplis. Un album qui peut monter sur scène tel qu’il est.

Tu avais expérimenté un album électro « Déménagé ». Est ce que tu penses que c’est une expérience que tu pourrais renouveler.

Oh oui complètement, j’aime bien être « page blanche » quand je démarre un album. C’est probablement ce qui m’a joué des tours, faire toujours ce que j’ai envie de faire, et de pas forcément faire la copie du précédent. C’est vraiment l’envie du moment, chaque fois que je démarre un album, j’ai des idées, je les applique et je vois ce que ça donne.

Comme nous venons de le dire donc sur scène, guitare, basse, batterie, et j’ai lu que tu serais à la basse. Pourquoi ce choix ?

Je voulais garder mon guitariste. (rires)

Et pourquoi ne pas avoir recruté un nouveau bassiste ? Un défi personnel ?

Oui tout à fait. C’est moi qui joue de la basse sur l’album, j’ai été bassiste dans des groupes, mais chanter et jouer de la basse c’est un défi supplémentaire, au moins ca me fait quelque chose à réapprendre.

Tu as plusieurs cordes à ton arc, auteur, compositeur, interprète, réalisateur, producteur … que préfères tu vraiment faire ? Composer, chanter ou est ce que c’est un tout ?

C’est vraiment un tout je pense. J’adore aussi faire des albums pour les autres. C’est presque un autre métier, je fabrique le meilleur écrin pour quelqu’un. Je serais vraiment ennuyé si nous me privait de ces fonctions dans la musique. J’aime jouer, j’aime arranger, fan de son, geek de matos, j’ai tous ces problèmes en même temps ! (rires)

Ce « Grand Hôtel Apocalypse » est ce que c’est pour toi un peu le reflet de la société actuelle ?

Il y a une chanson qui est comme ça. L’album en fait est plutôt proche de moi que les autres. J’ai un peu abandonné le volet social des albums précédents.

Tu t’es exilé au Canada depuis plusieurs années maintenant, c’était un choix pour avoir une qualité de vie différente ? Ou tu pense qu’il y avait un public à toucher la bas ?

J’ai toujours marché là bas. J’ai marché avant de marcher en France la bas. Avant « Dormir dehors », le premier album « J’évite le soleil », il y avait le titre « Aquarium » qui a marché la bas. J’avais mon clip à la télé, mon titre à la radio, je faisais des couvertures de journaux là-bas, j’ai toujours eu une histoire avec le Québec. Et puis c’est vrai que la qualité de vie est extraordinaire, mais comme tous les expatriés quand je suis là-bas il y a des choses d’ici qui me manquent et inversement, mais l’alternance a du bon.

Quand un est un touche à tout comme toi, j’imagine que l’on a toujours des idées pour la suite. As tu déjà des projets pour d’autres ou pour toi ?

Là je vais m’occuper de « Grand Hotel Apocalypse, mais c’est vrai que c’est un peu une gymnastique de l’esprit qu’il faut apprendre quand nous faisons ce métier. Quand un album sort, il faut savoir que chez nous il a un an, un an et demi. Nous vendons ça aux autres comme une nouveauté mais parfois l’esprit est déjà plus loin. Je ne suis vraiment pas concentré sur ce nouvel album.

Nous lui souhaitons tout le meilleur, comme tu l’as dit tout à l’heure je pense qu’effectivement que c’est un album tellement personnel qu’il va marquer ta discographie. En tous cas je te le souhaite, je te remercie de m’avoir accordé de ton temps que je sais précieux.

C’est moi qui te remercie, c’est un beau compliment, merci beaucoup. 

Franck Inizan

daran.ca

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