CATASTROPHE

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Crédit : Antoine-Henault

Le nom Catastrophe pourrait laisser présager une certaine idée du fatalisme ambiant, en écho à un environnement anxiogène. Au contraire, le groupe nous offre un regard lucide sur notre condition humaine. Signé sur le prestigieux label Tricatel, leur deuxième album intitulé «Gong» résonne non pas comme un avertissement, mais comme un éclat de conscience, confronté au temps et à l’espace, une respiration harmonique où musique et chant créent une polysémie, un champ des possibles. Catastrophe ouvre des portes vers l’infini. Interview avec Carol Teillard d’Eyry

Catastrophe est un groupe pluridisciplinaire, une entité indéfinissable, vous considérez-vous comme des ovnis ?

Pas forcément, on ne cherche pas à être inclassables, on fait surtout ce qui nous excite, et on a à coeur de jamais refaire deux fois la même chose, c’est peut être pour cela que les gens ont du mal à nous classifier. Globalement on fait plutôt de la pop, on cherche pas à se rendre illisible, on aime beaucoup expérimenter, on a des références musicales et visuelles très diverses.

Il y a une approche surréaliste dans votre musique rappelant le concept de comédie musicale, de théâtre, assumez-vous cette connotation ?

Comédie musicale évidemment puisqu’en fait «Gong» a été créé comme telle, et sur scène c’est un spectacle, c’est spécifique à ce projet. On travaille justement sur quelque chose qui sera différent. On avait envie pour cet album de faire une comédie musicale, ça fait partie des références qui nous tiennent à cœur, on avait envie de faire la nôtre.

Par rapport au deuxième album, le premier paraissait plus nocturne, était-ce une volonté de votre part ?

Tout à fait, quand on a fait ce premier album, celui-ci était plus lunaire. On a enregistré du coup un disque plus solaire, plus coloré, avec nos costumes, la couverture de l’album en extérieur. Pour l’album qui suit ce sera moins coloré, on change un peu à chaque fois, pour ne pas se lasser et essayer de se renouveler.

Justement, vos performances live ne se limitent pas simplement à un concert, il y a une interaction avec le public, est-ce-que l’improvisation fait partie de votre terrain de jeu ?

En fait, globalement c’est très travaillé, presque tout est chorégraphié. Il y a quelques parties du spectacle qui ne sont pas écrites à l’avance, c’est assez circonscrit, l’improvisation fonctionne justement dans un cadre spécifique, on ne peut pas se permettre de trop improviser.

Il y a quelque chose d’intemporel dans votre musique, comme une parenthèse pour faire abstraction du monde…

Complètement, c’est le concept du spectacle, on annonce au public au début notre intention et notre défi d’arrêter le temps. Le concert est une succession de tentatives différentes pour le faire, le constat de base est d’arrêter le temps. Jouer de la musique est une manière de le faire, c’est des problématiques qui nous intéressent.

La pochette illustre cet arrêt momentané des choses, comme si un glas soudain figeait l’espace et le temps.

C’était le mot d’ordre de ce disque, on voulait vraiment illustrer cette tension, des images qui incarnent cette problématique.

Cultivez vous le premier degré comme un antidote à la morosité ambiante ?

On essaie d’être sincères, on oscille toujours entre premier et second degré, tu parlais tout à l’heure de surréalisme, il y a quelques chansons décalées, voire absurdes. On aime bien faire parfois un pas de côté, le second degré c’est un peu ça. On a pas envie d’être dans la plaisanterie, on essaie de faire les choses sérieusement. Ce serait plutôt une sorte de premier degré admis. Quand on est toujours au premier degré, on risque le ridicule.

il y a quelque chose de réconfortant dans les thèmes que vous abordez, que ce soit le sacré, l’ennui, le tragique, sans jamais tomber dans le fatalisme, est ce une façon de dédramatiser la réalité et d’en proposer une autre vision ? 

 je ne sais pas si c’est une manière de dédramatiser, c’est vivre avec son temps comme on peut. Notre manière de résister, au catastrophisme, c’est d’essayer de rester sincère, de faire les choses avec énergie et de trouver la beauté là où elle est, de jamais être dans la complaisance avec la fatalité. C’est une façon de surveiller, pour ne pas tomber dans la morosité. Si cela parle au spectateur, tant mieux, l’époque est compliquée justement, il faut entretenir la vie et continuer à faire des choses le plus authentiquement possible.

Dans votre dernier album Gong ! les harmonies vocales sont très présentes ( Solastalgie), composez vous justement à partir du chant ?

ça peut arriver parfois, on a une idée vocale et très vite les harmonies arrivent, on aime chanter, il y a quelque chose de primitif dans les polyphonies vocales, de l’ordre du sacré, du rituel, de la transcendance. Dans la composition, c’est assez variable, on met en commun des textes avec la musique, et puis il y a des phrases qui se prêtent à être harmonisées et chantées à plusieus. C’est rare qu’on comence par les polyphonies, ça peut arriver. 

Le côté inattendu de votre dernier disque fait office de documentaire, par la participation de personnages anonymes, comment vous est venue l’idée de ces interventions ?

Quand on a commencé à préparer le disque et le spectacle, on avait envie de savoir si c’était quelque chose qui allait résonner chez des gens, on a toujours fait participé le public et cela nous tient toujours à coeur de ne pas être dans notre coin, isolés, quand un groupe tourne beaucoup, on a tendance à faire toujours le même concert, on aime bien l’idée de ne jamais jouer la même chose quelque soit le public qu’on a en face de nous. En fonction de leurs attitudes et de leur perception de recevoir la musique. Au tout début de la création, on a fait appel pour rencontrer des gens, on leur a posé une série de questions qu’on a enregistré, dans l’idée de faire un documentaire filmé, on a capté ces voix et ces paroles. On s’est rendus compte que certaines voix résonnaient avec la musique, et que cela créait un fil rouge dans le disque et on a les a intégrés naturellement. C’est une manière d’être ancré dans le réel.

Que peut apporter un concert à quelqu’un qui a écouté vos deux albums ?

On sait qu’une de nos forces c’est le live, quelqu’un qui aura écouté l’album découvrira autre chose sur scène, les chansons sont réarrangées, il y a des chorégraphies avec deux danseurs, des costumes et une création de lumières qu’on a fait en amont, pleins d’interludes parlés qui ne sont pas dans l’album. C’est vraiment l’album en cinq dimensions si on peut dire.

Vous réinventez un langage à travers les mots, est ce que chacun case sa strophe ?

Tu veux dire dans la composition ? Cela se fait en plusieurs temps, Pierre qui est aux claviers compose les bases des morceaux, ensuite à quatre avec Blandine, arthur, on se retrouve pour élaborer les textes, ensuite on les fait coïncider avec la musique, en trouvant des structures aux morceaux, une fois que ceux-ci sont suffisamment solides, on fait intervenir Pablo et Bastien et là on réarrange en groupe les compositions. On agrandit le cercle au fur et à mesure en quelque sorte.

Le groupe me fait penser au Grand Magic Circus, du fait de réinventer des mots.

c’est une bonne référence, il y a le côté troupe en effet, performatif, c’est assez spécifique pour ce disque là.

Combien de temps pensez-vous qu’un groupe puisse exister sans se répéter ?

Le plus longtemps possible, idéalement. C’est un vrai travail et un objectif qu’on garde en tête en permanence. Cela peut arriver avec la notoriété de se répéter, nous on est pas vraiment connus, comme disait Brassens à Gainsbourg : « Mes nouvelles chansons, le public les écoute mais ne les applaudit pas, et mes anciennes chansons, le public les applaudit mais ne les écoute pas ». C’est compliqué d’ajouter de la nouveauté, quand un public nous suit, on a envie de leur donner quelque chose qu’ils ont aimé et déjà entendus, et en même temps, il faut prendre le risque de se réinventer. On passe beaucoup de temps ensemble, à travailler et à bien fonctionner. 

Franck Irle

Le 07/05/2022 à Scène 55 – Mougins (06).

www.lacatastrophe.fr

 

 

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