LES VOIX DE L’AUTRE – samedi

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#NVmagLiveReport

le 07/05/22 à l’Abbaye du Thoronet -(83)

Le samedi 7 mai, en l’Abbaye du Thoronet se déroulait la première journée du festival « Les voix de l’Autre ». Une Musique-Monde, une Musique-Métissage voulue, pensée, orchestrée par le directeur artistique Piers Faccini en trois temps. Le ton est donné dès la déambulation « Les voix de l’autre » qui débute dans la nef de l’abbatiale : cinq voix, cinq chants mais surtout des langues font vibrer les pierres de l’édifice tout autant que la chair des spectateurs, auditeurs – complices de ce moment d’exception. Les langues palestinienne, algérienne, italienne, espagnole, anglaise mais aussi une langue venue de Guinée Conacry (24 langues nationales y sont en usage !) nous invitent à l’écoute de l’autre, à passer d’un côté à l’autre de la Méditerranée. Piers Faccini, Malik Ziad et la somptueuse Djene Kouyate entrainent la moitié du public dans le cloître pour accompagner la voix du récitant Charles Berling qui, au son de la guitare et du oud, lance des poèmes à la résonnance des voutes, des textes lourds de sens, comme ce poème pour l’Algérie Heureuse, tandis que Djene, chante, susurre des textes à la manière des griots dont elle est la digne héritière. Dans le dortoir les autres spectateurs écoutent religieusement- dans cet endroit- la voix de Rachida Brakhni s’entremêler aux sons et aux voix de Kawthar Meziti et de Christine Zayed. Tous se réunissent ensuite, pour nous raconter l’origine de la musique, les chants arabo andalous se mêlant à la musique traditionnelle algéroise, la chanson judéo chrétienne, le chant palestinien. Origine de la musique, unique, comme l’explique Piers Faccini, avec un message clair, comme la musique, tous les êtres humains ont la même origine. A la beauté des sons s’ajoute l’élégance et la diversité des instruments de musique comme le guembri, originaire des Gnaouas, ou bien le splendide kanoun, cithare sur table du pourtour méditerranéen, dont joue avec dextérité Christine Zayed. Et si les spectateurs sont restés sans voix, c’est une ovation qui salue la performance de cette formation qui, en une universalité revendiquée, invente un espéranto musical.

Deuxième partie, début de soirée, Vox Clamantis, une chorale estonienne constituée de six chanteurs et quatre chanteuses (sans oublier le chef d’orchestre !), continue à dévoiler au public l’éclectisme de la musique sans frontière : ici l’on voyagera dans le temps, passant du chant grégorien au  médiéval Guillaume de Machaut pour arriver aux contemporains Arvo Pärt et Olivier Messian : Fillian Sion est le titre de leur projet. Chaque voix, de la basse profonde à la soprano cristalline, chaude, se distingue tout en se mêlant pour créer l’harmonie et l’émotion. L’épiphanie étant certainement le splendide morceau d’Arvo Pärt, « The Deer ‘s Cry », cet adepte de musique minimaliste parfaitement interprété par ces chanteurs, littéralement habités par la scansion de ce morceau hypnotique. Fin du second acte, le groupe tout de noir vêtus sort sous les applaudissements nourris et totalement mérités d’un auditoire conquis et captivé.

Les voix de l’autre…. C’est par un chant a capella venu du sud de l’Italie que débute le dernier concert de cette soirée. Le groupe Canzoniere Grecanico Salentino commence sobrement mais cela ne durera pas, cinq diables vont mettre le feu, il n’y a pas d’autre mot, à travers les vitraux du dortoir de l’Abbaye. Mené d’un coup d’archet ou d’un simple regard de braise par Mauro Durante, Alessia Tondo, Giancarlo Paglialunga, Massimilio Morabito et Giulio Bianco rythment de leurs voix et de leurs instruments tarentelles, berceuses, chants traditionnels. Une démarche qui laisse toute la place au folklore italien dans des interprétations où l’improvisation, la novation stylistique, ne sont jamais loin. A tout feu, il faut une flamme : la robe rouge de Silvia Perrone accompagne les tamburellos, guitares, flûtes, violons et même une zampogna (sorte de cornemuse des Pouilles) de virevoltes et de pas chassés, les ballerines effleurant le sol comme les doigts des musiciens celles leurs instruments.
Le dortoir des moines, qui accueille ce concert, n’a jamais vu une telle vitalité joyeuse depuis 1230, date de la fin de la construction de l’édifice .

Il est temps que l’Abbaye retrouve sa sérénité et le silence : non sans que l’amitié et le partage, qui ont prévalu à cette première journée de festival ne s’accomplissent. Piers Faccini avec sa guitare resonator et Malik Ziad avec son oud, rejoignent la formation italienne pour un final qui laissera des ondes positives dans les oreilles et les cerveaux des spectateurs enchantés de ces moments de grâce qu’ils auront vécus tout au long de cette déambulation musicale. D’une voix à l’autre, d’une rive à l’autre. La musique adoucit les mœurs, dit-on, quand elle est pensée, réalisée, fêtée ainsi, plus personne n’en doute.

 Corinne Naidet et Jacques Lerognon

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