LES ESCAPADES (JOUR 2)

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Le 15/06/2024 au Plateau des Lauzières – Château-Arnoux-Saint-Auban (04).

Les Escapades, c’est une véritable échappée du quotidien citadin plus que bienvenu, pour nous qui avons fait le déplacement depuis Marseille. Pas tant pour son cadre, que l’on aurait pu fantasmer entre champs et montagnes, avec en prime une vue sur les Alpes voisines – la scène étant installée sur le parking de son Théâtre Durance organisateur, en zone urbaine de la ville-axe routier qu’est Château-Arnoux Saint-Auban -, mais bien pour son ambiance, d’une douceur et d’une simplicité rares. 

Ici, le monde arrive tôt, et vient s’attabler sur les grandes tables installées dans le gazon, dégustant, entre familles et amis, les burgers du cru théâtral ou bien l’une des spécialités diverses des camion-cantines invités sur le site. D’autres, encore, en bons habitués, ont prévu nappes, paniers et grignotages de choix afin de s’installer dès l’ouverture des portes sur la pente douce et herbeuse se muant pour l’occasion en tribune, permettant ainsi aux spectateurs les plus contemplatifs de vivre la musique assis, verre à pied ou autre cake maison à la main. 

Décor posé, on peut tout de même – si les fourmis se manifestent tôt – se déhancher gentiment avant le premier concert aux sons joyeux du Buffet Sonore, caravane amplifiée depuis laquelle deux gais lurons balancent tout sourire dehors leurs skuds festifs favoris. 

Côté scène, c’est Baba Wazo qui ouvre le bal, en ce frais samedi soir (ceci est un euphémisme, le 04 peut parfois réserver de bonnes blagues, même en juin, niveau celsius). Le jeune homme – qui se produit dans une lumière de fin de jour, et devant une pelouse clairsemée – essaime une pop légère, tantôt drolatique ou romantique, en y ajoutant une petite touche de trompette sporadiquement, qu’il exerce également dans le réputé Orchestre National de Barbès. Les intonations font souvent penser à celle d’Arthur Teboul, le chanteur de Feu ! Chatterton, et les arrangements se baladent entre reggae, jazz et rock. Pas d’incroyable découverte, donc, mais ça joue ! On souhaite au projet de s’ancrer et de trouver sa pâte. 

Ce qui peut par contre être entouré de rouge dans la liste à voir, c’est Ana Tijoux ! La franco chilienne, ultra assurée, offre au public un tour de chant puissant, qui se balade entre rap et prouesses vocales, en une quinzaine de leçons d’espagnol et de vie. Balayant des thématiques politiques, personnelles, familiales ou féministes, l’artiste attrape l’intégralité du public pour ne le relâcher qu’après une heure de (bonne) musique. Il faut dire que les trois musiciens qui l’accompagnent, se répartissant machines, clavier, basse et batterie, s’inscrivent chez les pointures. Le concert est explosif, et Ana Tijoux, d’une énergie vive et charismatique, tient en haleine une foule qui, sans doute, ne comprend (pour un majorité) pas un mot de ce qu’elle entend. 

Enfin, après une nouvelle interlude offerte par la petite caravane sonore rouge sang, s’installe sur scène le Grand Tabazù. Fruit de l’alliance de Mazalda et la Cie Impérial, le projet de fanfare à 10 musiciens fait un effet bœuf. Là, on parle bien d’une claque musicale. La section cuivre souffle sur le public sans épargner personne, et c’est l’envol assuré. Shooté au pep’s et au sourire, l’ensemble offre une série de morceaux aux inspirations multiples, hybridation maligne des polyrythmies traditionnelles et de motifs harmoniques plus modernes, largement puisés dans toutes les cultures “afro-européennes”. Un régal pour les oreilles, avec quelques moments d’exception (le sax alto nous a tiré la larmiche mélomane). 

Ce qui ressort de l’expérience des Escapades, c’est quand même la prouesse, pour cette structure dont la spécialité première n’est pas la musique (on vous conseille un coup d’œil à la belle saison théâtrale), de réunir publics et artistes aux esthétiques variées. Certains artistes sont par ailleurs très demandés (Ana Tijoux est en tête d’affiche de la Fiesta des Suds 2024, tandis que Ladaniva, qui se produisait la veille, fait partie des lives mémorables de la même Fiesta, l’an passé). Plutôt étonnant que le public ne se presse pas encore plus nombreux pour savourer ces moments musicaux offerts par la Durance, dans un département qui manque cruellement de salles de concerts. On ne peut que conseiller à quiconque, tous âges et goûts confondus, d’aller se frotter à l’expérience.

Lucie Ponthieux Bertram 

theatredurance.fr

Photo : Lucie Ponthieux Bertram.

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