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JAZZ À JUNAS (Jours 3 et 4)

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Les 18 et 19/07/2025 au Temple et dans les Carrières de Junas (30).

Vendredi:
Nous continuons la découverte de la musique venant de Serbie en trois concerts, trois ambiances.
18h: le temple du village accueille le set de l’accordéoniste Marko Živadinović  en solo. Il nous raconte sa maison, ses amis, son pays grâce à ses compositions originales qui plongent tout à la fois dans les racines des musiques populaires, dans des citations plus classiques et bien sûr des références subtiles au jazz. Mélancoliques ou vives et rythmées, les mélodies se succèdent avec fluidité sous les doigts de l’accordéoniste. Un moment de grâce lorsque Lou Prigent, l’une des organisatrices du festival, se joint à l’accordéoniste pour un « A Vava Inouva »- une chanson du chanteur kabyle Idir – que tout le monde fredonnera. C’est cela aussi, Jazz à Junas. Pour résumer cette heure à part, Grâce, émotion et élégance.


Puis on retrouve le site des carrières et ses cigales pour le Majamisty Trio venu de Novi Sad.  Au piano et aux compositions Maja Alvanović, à la contrebasse Ervin Malina et Lav Kovač à la batterie. Les trois artistes nous emmènent dans un univers original, avec des couleurs chaudes, construisant un jazz moderne et raffiné qu’ils partagent avec beaucoup de sérénité et de charme. On retiendra aussi le message de Maja Alvanović, dédiant un des morceaux aux étudiants et au peuple qui continuent à manifester à Belgrade et dans bien d’autres villes.
22h30, celle que beaucoup attendent dans le public la guitariste et chanteuse Ana Popovic et son sextet italo-américain. Le groupe chauffe la scène avec shuffle électrique nous préparant à l’entrée sur scène d’une Ana Popovic, vêtue d’une combinaison de latex rouge moulante et montée sur des Louboutin -tout aussi écarlate- de 15 cm. Elle est armée d’une guitare aux reflets gris qui ne va pas tarder à envoyer le feu. Sax et trompette donnent l’assaut. Nous sommes partis pour plus d’une heure et demie d’un blues rock funk. Michele Papadia se démène derrière son Hammond B3, Buthel Burns à la basse et Kwesi Robinson à la batterie assurent le groove. Et quand elle empoigne sa vieille Stratocaster 64′ et son bottleneck pour un blues plus intime, le public est aux anges et debout. Même les cigales se sont tues pour mieux écouter et partager ce moment de musique live et d’énergie communicative. Il est minuit passé et demain est un autre jour.

Samedi:
Malgré l’orage de grêle et grâce à l’action de tous les bénévoles cette journée s’est parfaitement déroulée.
18h, c’est l’heure du concert de restitution des 4 stages du Minots Jazz Gang. Les gamins ont travaillé toute la semaine en création vocale, percussions, slam ou encore atelier d’improvisation. Malgré le trac, ils se succèdent tous sur la scène du jardin de l’Avenir et quel bonheur de voir les sourires qui éclairent leurs visages à la fin de leur prestation. L’implication pédagogique des professeurs et de l’organisation du festival portent ses fruits. Il y a parmi eux peut-être un futur musicien comme la jeune saxophoniste qui a chorussé sur le « Caravan » de Duke Ellington version slam et freejazz.

Nous sommes désormais aux carrières pour le concert de l’un des grands Monsieur du jazz français Louis Sclavis. Il vient avec un nouveau quintet pour présenter un projet nommé « India » dont l’album sortira en octobre. Des fidèles compagnons de route, Sarah Murcia (contrebasse), Christophe Lavergne (batterie), Benjamin Moussay (piano) et d’une nouvelle recrue, le trompettiste Olivier Laisney  (membre de l’excellent quintet Oxyd). Ils nous racontent un voyage (un peu fantasmé) en Inde avec une musique qui tient du jazz (c’est indéniable) mais qui prend source aussi dans les musiques du monde, de rue ou de fanfare. Comme souvent avec Sclavis, l’esprit collectif est mis en avant. Des cadences où les baguettes de Christophe Lavergne et les cordes de Sarah Murcia pulsent avec vigueur les mélodies. La trompette enchante, avec ou contre, les clarinettes qui dessinent les songes de voyage du compositeur. Ils finissent le concert par une longue suite, nommée « Long Train », qui nous permet d’entendre quelques épiques duos et de brillants solos. Un set élégant, subtil, vibrant d’un jazz d’aujourd’hui, plus que jamais vivant !


C’est l’Ekrem Mamutović Orkestar, arrivé dans l’après-midi qui va clore cette soirée et cette 32e édition du festival. Quatre trompettes au premier rang, trois tubas juste derrière et sur le côté, une section rythmique de poids avec le tuba basse de Sasa Alisanovic et le tapan de Icko Asanovic. Une heure et demie de joyeuses musiques serbes qui va enflammer les carrières de Bon Temps. Airs de danse, airs festifs et colorés. Puis viennent les chants enrobés de solo de trompette ou tuba. Le public ne s’y trompe pas, debout, certains dansent sur le devant de scène ou dans les allées.

C’était un pari risqué de programmer une majorité de musiciens venus de Serbie dans un festival de jazz. Mais l’audace a payé ; vous avez fait découvrir des musiques populaires, mais exigeantes et le public a répondu présent avec chaleur et enthousiasme.
Vivement la 33e édition.

Jacques Lerognon

jazzajunas.fr

📸 Ekrem Mamutović Orkestar par Jacques Lerognon.

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