Les 16 et 17/06/2025 au Temple et dans les Carrières de Junas (30).
Avec la complicité du claviériste Bojan Zulfikarpašić, l’équipe de Jazz à Junas nous propose un voyage dans la musique jazz venue de Serbie. Nous allons partager avec vous ces découvertes.
Mercredi :
C’est tout naturellement que Bojan Z ouvre le bal, en piano solo, en fin d’une chaude après-midi, au temple du village, éclairé d’une lumière filtrée par les vitraux dessinés par Daniel Humair. Mélodies syncopées venues du monde entier et réinventées par les deux mains habiles et virtuoses. Par instants, il siffle les notes que son piano égrène. L’émotion de l’épure, les vibrations du poète. Magie de l’instant.


On rejoint les carrières du Bon Temps pour un duo qui oscille entre folk américain et traditions balkaniques. Le violon de Yvette Holzwarth et la guitare acoustique de Miroslav Tadic. Ils vont converser à dix cordes, ne se quittant pas du regard. A une vieille chanson macédonienne succède une fameuse ritournelle étasunienne « Shenandoah ». Complicité et sensibilité! On termine la soirée en mode jazz progressif avec le Eyot quartet: Dejan Ilijic : piano, Sladjan Milenovic : guitare, Marko Stojiljkovic : basse, Milos Vojvodic : batterie. Une musique qui prend sa source autant dans le jazz fusion que dans le rock progressif des années 70. On aurait tout de même apprécié un ou deux solos de guitare plus incisifs.



Jeudi :
Le trio sans batteur du contrebassiste Nenad Vasilic débute la soirée. Il est, avec plus de dix albums, connu et reconnu en Mitteleuropa mais moins dans nos contrées. Romed Hopfgartner au saxophone et Marko Zivadinovic à accordéon l’accompagnent. S’ils commencent par un « C’est la vie » plutôt mélancolique, le second morceau est plus guilleret. Nemad Vasilic, au centre, semble réglé depuis sa contrebasse à l’archet, en pizzicati, les dialogues entre soprano et accordéon, entre influences jazz et inspirations plus traditionnelles. La délicatesse des mélodies qui rejoint un esprit de danse. Et quand Bojan Z s’installe au piano pour le rappel, l’énergie déborde de la scène, le groove envahit les carrières.




Bojan Zulfikarpašić ne s’éloigne pas trop longtemps, il revient avec Rémi Vignolo et sa fameuse contrebasse démontable (mais montée) et Pierre-François Dufour à la batterie. Le trio du projet « Meteq » a pris naissance entre les périodes de confinement. C’est un pur bonheur de le découvrir en live avant sa parution en CD. Le classique triangle piano-basse-batterie revu à la façon Bojan Z qui n’hésite pas à jouer une main sur le Rhodes, l’autre sur le piano, assis, debout. Un trio parfaitement équilibré pour un jazz souple et exigeant. Toutefois, la liberté de l’improvisation est là, sous-jacente, et elle jaillit pour surprendre, intriguer ou étourdir le public. Puis, alto en main, en invité (pas surprise, il est sur le programme) Thomas de Pourquery prend place derrière le micro. Le Rhodes de nouveau, le saxophone s’insère dans le jeu. Puis la voix dans le thème suivant comme pour célébrer la musique. Bojan nous dit « à quoi sert un batteur qui ne sait pas jouer du violoncelle » et Pierre-François Dufour change de place, de siège et d’instrument. Sans être de la pure musique classique, on croit entendre un menuet avant que le groupe ne renverse la vapeur rythme de tango puis un retour au jazz et son staccato. Le batteur reprend ses baguettes, le chanteur son alto, un long final qui oscille entre blues, jazz, rock voir metal : une extraordinaire et puissante reprise de « Goin’ Out West » de Tom Waits. L’original est déjà bien déjanté mais là, le quartet met la barre très haut. Presque plus personne n’est assis…
Puis accord final, salut, la nuit. Et pour paraphraser Sacha Guitry, la nuit après du Bojan Z est encore du Bojan Z
Jacques Lerognon
📸 Nemad Vasilic Trio par Jacques Lerognon.






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