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JAZZ A JUAN (Soir 6)

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Le 13/07/2024 à la Pinède Gould – Antibes-Juan-les-Pins (06).

Un petit vent (presque) frais vient de la mer, idéal pour apprécier cette soirée que les amateurs de jazz attendent avec impatience. Le sextet Dead Jazz des frères Belmondo et le quartette de stars de Chris Potter. Petit plus, les Jammin Summer Sessions nous permettent de découvrir le trio de Mark Priore. C’est donc vers la petite pinède que se dirige nos pas pour écouter le pianiste Mark Priore accompagné de Juan Villarroel Encina – contrebasse et Elie Martin-Charrière – batterie. Ils jouent une grande partie de leur premier album « Initio ». Des thèmes signés du pianiste qui évoquent ou s’inspirent de la musique baroque, de Schubert ou d’Ahmad Jamal. Il revisite ainsi Orphée et Eurydice avec une fin plus romantique nous dis en souriant Mark Priore.

La grande scène est fin prête, le sextet Belmondo Dead Jazz, s’installe puis le riff de « China Cat Sun Flower » joué par Éric Legnini sur le Rhodes retentit, la batterie de Dré Pallemaerts embraye, rejoint par le Farfisa vintage de Laurent Fickelson et la basse de Thomas Bramerie. Vite, les deux frères, ténor et trompette à l’unisson, rejoignent la ligne mélodique. Le Grateful Dead, mythique groupe de la scène psychédélique californienne, revit dans la pinède Gould. Le morceau s’étire sur plus de dix minutes pour le plus grand bonheur des spectateurs et des musiciens. Le projet n’est pas une simple relecture de la musique du Dead, ils se l’approprient et la restituent avec respect dans leur univers jazz. Le morceau avec lequel ils enchaînent, « That’s It For The New One » le confirme. Les solos que distillent les deux soufflants, reprennent les solos de guitare ou les parties chantées de Jerry Garcia. Dans le public, les Dead Heads (les fans du Grateful Dead) hochent la tête en cadence, un immense sourire aux lèvres. Pour la ballade qui va finir le set –une heure cela passe trop vite – Stéphane Belmondo invite avec beaucoup d’émotion mais joie intense, Brad Mehldau à les rejoindre sur scène. Le pianiste, fan lui aussi de la bande à Garcia, s’assoit derrière le Steinway. Un long « Stella Blue ». Magie du piano, envolée free jazz de Lionel Belmondo sur son soprano. La nuit se retient encore un peu avant de tomber dans la mer derrière la scène totalement magnifiée par ce concert fabuleux.

Et ce n’est pas fini car bientôt se présente le quartet d’exception de Chris Potter. Il est accompagné par le bassiste John Patitucci, le batteur Jonathan Blake et donc le pianiste Brad Mehldau qui a fait une incursion chez les Belmondo. L’album Eagle’s Point est sorti en mars dernier; On va enfin pouvoir le découvrir en live s’en aller dans un club newyorkais. Ce groupe est une atteinte aux mathématiques car la qualité du quartet est bien supérieure à la somme de leurs talents réunis. Le jeu de batterie tout en retenue, en économie de mouvements de Jonathan Blake avec ses cymbales placées à peine quelques centimètres au-dessus de ses toms. La tonicité et l’intensité du toucher de Patitucci qui dans ses intros invitent ses camarades à rejoindre le groove. Quand il joue du piano, les deux mains de Brad Mehldau semblent raconter une histoire l’une à l’autre. Que dire de la virtuosité, de l’élégance du jeu de Chris Potter? Il sécrète la mélodie, la triture, l’instille dans les notes de ses compagnons de scène. Et, quand il joue le thème dédié à sa fille « Aria For Anna », son ténor se fait coltranien, tout en douceur, notes à peine susurrées, juste enveloppées par celles du piano. Il est des soirées jazz que l’on n’oubliera pas de sitôt.    

Jacques Lerognon

jazzajuan.com

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