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JAZZ A JUAN

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Découvrez le compte rendu du festival Jazz à Juan 2026

Du 09 au 19/07/2026 à la Pinède Gould – Antibes-Juan-les-Pins (06).

Jeudi 09 :

Ce 65ème Jazz à Juan commence en mode soul, hiphop et jazz avec la chanteuse China Moses et le chanteur José James. Ils revisitent, entourés d’une fine équipe, « I Want You », l’album mythique de Marvin Gaye écrit pour sa femme Janis. La voix d’alto de China se conjugue parfaitement avec le falsetto hiphop de José.  Masayuki Hirano aux claviers, Jharis Yokley à la batterie, Marcus Machado à la guitare et Parker McAllister à la basse assurent un soutien et un groove sans faille. Au milieu du set, China fait un petit écart jazz joyeux en interprétant une de ses propres compositions dédiée à sa mère la grande Dee Dee Bridgewater. Puis retour à la Motown. Joyeux comme la musique de Marvin Gaye, les goélands volent derrière la scène dans l’azur du ciel durant tout ce set habité et sensuel.

En deuxième partie de soirée, mode pop-folk avec le chanteur gallois Sir Tom Jones qui, du haut de ses 86 ans, va ébahir un public de fans et de curieux.  Sa voix est toujours aussi chaude et profonde, ses chansons empruntées à Leonard Cohen (Tower of Song), Bob Dylan (le magnifique « Not Dark Yet » et « One More cup of Coffee ») mais aussi Randy Newman, Ry Cooder et les Waterboys. Il n’hésite pas à évoquer son âge voire à s’en moquer dès la première chanson « I’m Growing Old ». En mode piano-voix, avec simplement une guitare acoustique ou toute sa fabuleuse team, Tom Jones semble aussi à l’aise que dans les sixties. Il n’oublie pas parmi les 17 titres de ce concert (sans compter les 4 rappels) de chanter les tubes qui ont fait sa gloire de « It’s Not Unusual » à « What’s New Pussycat » en passant par le dynamique « Sex Bomb ». Qu’ils finissent après presque 2 heures de show par un Johnnie Be Good d’anthologie n’étonnera personne et ravira tout le public!

Samedi 11 :

World music jazz et trip hop des origines sont au programme de cette deuxième soirée.
Le oudiste Dhafer Youssef, vêtu d’une très belle tenue bleue Sidi Bou Saïd, nous présente la musique de son nouvel album « Shiraz » (du nom de sa femme) accompagné d’un groupe de jeunes musiciens européens. Le pianiste espagnol Daniel Garcia, le trompettiste autrichien Mario Rom et les deux rythmiciens français Swaéli Mbappé à la basse et Tao Ehrlich aux baguettes. Dhafer Youssef empoigne son oud tel un guitar hero pour une intro en solo puis en duo avec le piano avant d’entamer un chant soufi qui est autant sa signature musicale que son instrument. Voyage musical intime ponctué d’escales jazz arabisantes qui n’oublient pas le swing. Les envolées de la trompette répondent aux trilles du piano, aux mélodies du oud, pulsées, propulsées même par les riffs de Swaéli et les cymbales de Tao.  Mais tous les voyages ont une fin. Pas de rappel, la sortie de scène est définitive !


Morcheeba prend place. Le noyau dur, Shirley Edwards et le guitariste Ross Godfrey et un quartet basse, percussions, claviers et guitare pour l’ambiance. La musique apaisée et hypnotique de Morcheeba se prête plus au studio qu’à la scène. Sans être franchement déçu, on a un peu de mal à s’enthousiasmer malgré le charisme indéniable de la chanteuse, les jeux de lumières très travaillés et quelques duos guitare-voix intenses.

Mardi 14 :

Fête nationale et match de foot n’empêchent pas la pinède d’être bien remplie pour cette longue soirée de jazz en trois parties et feux d’artifices sur la mer ! La Pinède Gould accueille les tokyoïtes de Banksia Trio pour leur première tournée européenne. Leur jazz, de forme assez classique, fait la part belle aux improvisations sous la houlette de l’excellent contrebassiste Takashi Sugawa et du lyrique pianiste Masaki Hayashi.



C’est la jeune chanteuse française Laura Anglade, débarquant de  Brooklyn qui s’installe ensuite sur la scène. Au programme de son set, une série de reprises de standards du jazz vocal qui figureront, nous dit-elle, dans son prochain album. Elle swingue avec aisance et s’essaye même au scat, mais c’est dans « Things We Did Last Summer » -popularisé par Dean Martin- joué en duo avec l’excellent guitariste Hugo Corbin qu’elle émeut le plus.  


Elle laisse sa place à une autre chanteuse française Maë Defays en sextet avec Alex Monfort (claviers), Tao Ehrlich (batterie), Kevin Lazakis (guitare), Denis Pitalua (basse), Agnès Som (chœur). Elle s’accompagne aussi par moments à la guitare et invite une danseuse pour un court intermède. Son jazz est fortement teinté de soul et de pop. Sa voix est tour à tour envoûtante, caressante sans pourtant convaincre vraiment. Mais elle est encore jeune et on la reverra surement plus mature sur cette scène et ailleurs.
Puis vient le feu d’artifices, explosif !

Mercredi 15 :

Le lendemain fut explosif tout autant avec la musique africaine fougueuse de Fatoumata Diawara suivie de celle tout aussi embrasée de Goran Bregović.

La chanteuse malienne est célèbre pour ses tenues de scènes originales et chatoyantes. Celle de ce soir ne fait pas exception avec l’immense chapeau et la robe en tulle. N’oublions pas sa guitare, une SG signature rouge et tatouée de chez Epiphone. Comme à son habitude, ses chansons parlent de la vie des femmes en Afrique, de l’amour, de l’immigration mais aussi de son père à qui elle rend un bel hommage dans son récent album « Massa ». Un show de Fatoumata, c’est la musique mais aussi ses grandes envolées politiques et sociales entre les morceaux. Elle parle, elle chante, elle danse et joue (fort bien) de la guitare entourée d’un groupe de cinq musiciens, claviers, basse, batterie et guitare qui lui assure une grande liberté artistique. Elle nous gratifie d’un long medley final où ses propres compostions « Nterini » et « Nsera » sont suivies par « Imagine » de Lennon, « Higher Groud » de Stevie Wonder mais façon Red Hot Chili Peppers (la guitare est aux anges !) et d’un classique « No Woman No Cry ». Goran Bregović va devoir assurer après ce festival et…il va le faire.

Orchestre des Mariages et Enterrements au grand complet pour commencer. Un chœur d’hommes à cinq voix, un quatuor à cordes, un brass band (cor, tuba, soubassophone, trompette, saxophone), deux voix bulgares féminines, un percussionniste, Goran, très élégant dans sa tenue immaculée avec une mini guitare. Le brass band entre en scène en passant dans les rangées du public avant de grimper les quatre marches. Et sonnez trompettes, resonnez tubas, la partie peut commencer. On ne dira pas les titres, ni le nom de tous les musiciens. On aura même du mal à décrire l’énergie folle que développe cet orchestre sous la direction ferme mais bienveillante de son leader. Les voix mâles sonnent baroques, les féminines balkaniques, les cordes apportent de la douceur. Mais il y a aussi une pulsion rock qui va se révéler dans la seconde partie en effectif plus réduit mais tout aussi énergique. Le répertoire file vers les compositions de Goran pour des films ou des albums. Iggy Pop est même virtuellement de la partie avec « In The Death Car ». Quelques tubes donc, une nouvelle composition. Tout le monde est désormais debout dans la pinède. Une cornemuse vient faire une apparition. On l’a remarqué depuis le début, Goran Bregović ne manque pas d’humour, il a nommé sa nouvelle chanson « God is not Your Baby Sitter », tout un programme. La nuit plonge encore un moment dans les Balkans pour le plus grand plaisir de tous… 

Vendredi 17 :

Une grande soirée de jazz s’annonce. La jeune chanteuse (multi récompensée) Samara Joy revient pour la deuxième fois à Juan. Ce sera la quatorzième pour Marcus Miller.

Samara Joy a 26 ans a déjà deux Grammy Awards et quatre albums à son actif. Mais elle conserve sa simplicité sur scène. Une voix chaude héritée du gospel et de la soul mais dans un répertoire de morceaux connus du jazz vocal. Samara Joy ne pousse jamais sa voix, elle pose ses mélodies avec délicatesse sur les notes de son groupe, elle enchaine les thèmes avec grâce sans se départir de son sourire, puis elle écoute ses musiciens qui chorussent tour à tour pour mettre en valeur les arrangements qu’ils signent. Un set de Samara Joy c’est un plaisir exquis et gourmand que l’on savoure.

La nuit est tombée, le premier hommage à Miles Davis de ce 65e JàJ va commencer. Marcus Miller a recréé une grande partie de l’équipe qui accompagnait Miles dans sa tournée We Want Miles de 1981. Mike Stern est à la guitare, Mino Cinelu aux percussions, Bill Evans aux saxophones et, bien sûr, Marcus à la basse. Brett Williams aux claviers et Anwar Marshall à la batterie. Ils n’étaient pas musiciens à l’époque, Marcus Miller n’a pas hésité pour choisir celui qui tiendrait le rôle de Miles à la trompette : Russell Gunn.  Ils jouent ensemble depuis plus de dix ans !
Les quatre compères se connaissent par cœur, l’hommage est vibrant mais pas du tout compassé. La setlist alterne les thèmes des années 80 avec ceux des années 60. Les propres compositions de Marcus pour « Miles Catembé » et « Hannibal » lui permettent de mettre en avant (un peu trop ?) son fameux jeu de basse mais dans « Silent Way » ou « Bitches Brew », il laisse beaucoup de place aux autres : Mike Stern délie ses doigts avec élégance, Mino, avec gourmandise, humecte ses phalanges avant de frapper ses peaux. Bill Evans alterne ténor et soprano. Et, une nouvelle fois, Russell Gunn excelle dans le rôle de Miles. Le set prend fin avec l’immanquable « Jean-Pierre ». Un petit mélodie toute simple que chacun d’eux va s’approprier pour la rendre inoubliable. Et ils sortent. Toutefois, on n’imagine pas un concert de Marcus Miller sans « Tutu », ce magnifique thème qu’il avait composé en 1986 pour Miles en l’honneur de l’archevêque militant des doits de l’homme Desmond Tutu. Un rappel qui rappelle que rien n’est jamais joué. Miles Davis aurait surement aimé ce concert et le public a mis longtemps avant de redescendre.

Samedi 18 :

Nouvelle hommage à Miles Davis (il aurait eu 100 ans cette année) : « New Sketches of Spain » par Erik Truffaz et Antonio Lizana. Ils nous offrent en compagnie de quatre autres musiciens et la danseuse Ana Perez leur vision de  « Sketches of Spain », l’album de Miles paru en 1986 qui emmenait le jazz vers les musiques du monde. Les arrangements, il y a 40 ans, étaient confiés à Gil Evans, pour cette tournée, ce sont le clarinettiste Renaud Gabriel Pion, Erik Truffaz et Antonio Lizana qui ont retravaillé la musique. Celle de Miles, de Joachim Rodrigo (le concerto d’Aranjuez), de Manuel de Falla ou leurs propres compositions. Le dialogue entre jazz et flamenco est permanent. Les influences, les harmonies s’imbriquent. Principalement quand, dans sa robe blanche à franges Ana Perez virevolte autour des musiciens. Le saxophone, la flûte d’Antonio Lizana, la guitare de Pau Figueres, les percussions de Vincent Thomas raconte l’âme de l’Espagne. Erik Truffaz navigue avec sa trompette entre les deux mondes. Ana Perez revient dans une robe rouge sang, éclatante comme sa danse. Le soleil qui se couche sur la baie semble ce soir un peu andalou lui aussi.

Cette soirée se finit avec le melting pot musical de Thomas Dutronc. Du jazz, du manouche, du crooner, de la chanson française et américaine. Le guitariste et chanteur a réuni quelques amis proches, Thomas Bramerie à la contrebasse, le batteur Franck Agulhon, Eric Legnini derrière le Steinway et le Rhodes, Rocky Gresset et sa Gibson et Stéphane Belmondo à la trompette. Ils commencent en mode instrumental avec deux guitares puis Thomas Dutronc passe en mode crooner, Chet Baker, Michel Legrand, Jacques Dutronc, Françoise Hardy et même Serge Gainsbourg et Henri Salvador s’invitent tour à tour dans son repertoire. Stéphane Belmondo fait de magnifiques impros tant au bugle qu’à la trompette tout comme Legnini aux claviers. C’est avec « Aragon« , une évocation du poète, écrite et composée par Jacques et Thomas Dutronc que le set se termine. Ce dernier nous gratifie d’un solo très rock avant de rejoindre les coulisses. Virtuosité, émotions, amitiés peuvent parfaitement résumer ce grand moment.
La 66ème édition est déjà en préparation nous disaient les trois directeurs artistiques. Nous sommes prêts !

Jacques Lerognon

Mercredi 15 :

Sur le côté de la scène, un petit merch stand présente « Massa », le 4ème et nouvel album de Fatoumata Diawara. Quand la malienne arrive guitare à la main, parée et rayonnante, entamant des chants en wassoulou, rien ne laisse vraiment présager que l’heure va aller toujours plus crescendo dans l’intensité des styles, reprenant même au passage « Higher Ground » de Stevie Wonder version Red Hot Chili Peppers. Rien ne semble arrêter son tourbillon de décibels mais l’on sait que son successeur et ses acolytes vont également se permettre les mêmes écarts.

En effet, Goran Bregović n’est pas venu seul, c’est le moins qu’on puisse dire. Entre groupe, fanfare et dizaine de choristes, le melting pot de styles est délibéré et, il l’annonce, sera chanté en latin, grec, anglais et évidemment bosnien, mais présenté en deux parties: la première constituée de ses nouveaux morceaux et extraits de musiques de films emprunts de folklore traditionnel, et la deuxième de « chansons pour boire et danser ». Il n’a pas exagéré: nous sommes passés du recueil liturgique et soporifique mélangé aux chants façon Le Mystère Des Voix Bulgares mélangés eux-mêmes aux ambiances cinématiques (dont le tube « In The Deathcar » originalement interprété par Iggy Pop, à laquelle il a demandé au public de ne pas taper dans les mains étant donné la sordidité des paroles) à des rythmiques dépassant les 200 BPM sans aucune transition, un effet de surprise jubilatoire pour lui et visiblement très attendu. Folklore Balkan dans toute sa splendeur aux titres plus délirants les uns que les autres: « Ouzo et Banane », « Dieu N’est Pas Ton Babysitter » ou « Kalashnikov » (à laquelle il nous enjoint de crier « Chargez ! » à son décompte), Goran, jovial et radieux, s’aidait d’un petit verre à sombrer toujours un peu plus dans sa folie dont il vante souvent les mérites, en disant qu’il buvait à notre santé. Un public évidemment conquis en sautille probablement encore.

Christopher Mathieu

Mercredi 15 :

Mercredi soir, la Pinède Gould a embarqué le public pour un voyage sans frontières. En ouverture de cette soirée du 65e Jazz à Juan, la Malienne Fatoumata Diawara a déployé son énergie magnétique entourée de quatre musiciens. Entre rythmes jazz, pop, rock, et tenues flamboyantes, elle a mêlé engagement et fête. Évoquant son père disparu, qui l’encourageait à assumer sa différence, elle a rappelé son combat pour les femmes africaines, contre l’excision et les mariages forcés. Sa voix puissante, notamment sur « Sowa », a électrisé le public avant un vibrant « No Woman No Cry ».

Place ensuite à Goran Bregović et son Orchestre des mariages et des enterrements. Choristes, cordes, tenues traditionnelles, cuivres surgissant des allées : le spectacle est aussi visuel que musical. Le compositeur serbe a alterné réflexions sur le vivre-ensemble et airs festifs inspirés des Balkans. Après une première partie envoûtante autour de ses musiques de films, Goran Bregović a fait monter la fête d’un cran avec un répertoire plus festif. Les titres « Ouzo and Banana » et « Gypsy Zumba », extraits de son prochain album attendu en fin d’année, ont transformé la Pinède en une immense piste de danse. Le final, porté par « Bella Ciao » et « Kalachnikov », a achevé de convaincre un public déjà conquis, emporté par cette célébration généreuse et métissée des cultures.

Camille Bargain

Jeudi 16 :

Sous les pins de la Pinède Gould, la soirée du 16 juillet a célébré le funk dans toute son intensité. D’abord avec The Fearless Flyers, groupe pépite réunissant quelques-unes des références actuelles de la scène instrumentale. Portée par une basse irrésistiblement funk, deux guitares virtuoses et une batterie millimétrée, leur musique, sans la moindre voix, captive dès les premières mesures. Les doigts semblent voler sur les cordes. Une démonstration de maîtrise qui séduit autant les amateurs que les passionnés.

Puis Keziah Jones a pris possession de la scène avec son mélange unique de blues, de funk et de soul qu’il baptise « blufunk ». Fidèle à sa réputation, le Nigérian a transformé le concert en un échange permanent avec le public, alternant longues envolées hypnotiques de guitare et refrains repris en chœur. Entre classiques incontournables « Kpafuca », « Rythm is Love », « Hello Heavenly » et titres plus récents, il a rappelé combien son jeu reste immédiatement reconnaissable. Une soirée à l’image de Jazz à Juan : un festival historique avec une programmation exigeante, une ambiance chaleureuse et un plaisir partagé autour de la musique live.

Camille Bargain

📸 Marcus Miller par Jacques Lerognon.

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