Les 27 & 28/11/2025 à l’Espace Grappelli – Nice (06).
Cette troisième édition du FestiJazz de l’Espace Grappelli commence, le premier soir, en mode opéra. Ou plutôt avec des airs d’opéra revisités par le saxophoniste Franck Taschini (à l’initiative du projet) et son groupe. Le pianiste Laurent Rossi, le batteur Jérôme Achat et le contrebassiste Kevin Tardevet. De l’opéra italien du 19e siècle, bien sûr, Verdi, Puccini i amici (même si on aurait bien aimé entendre aussi du Pergolèse ou du Monteverdi). Une salle avec des amateurs de jazz bien sûr mais aussi des connaisseurs d’opéra, certains murmurent, chantonnent discrètement la mélodie alors qu’elle est parfois bien cachée dans les arrangements du quartet. Un bel enthousiasme du groupe et des spectateurs dans cette salle Grappelli qui en a pourtant vu d’autres. On n’échappe pas à « La donna è mobile » mais c’est un thème fédérateur. Laurent Rossi nous gratifie de très beaux solos tout comme Jérôme Achat et ses baguettes furtives. Plus discret (c’est peut-être le rôle d’un contrebassiste), Kevin Tardevet se lance pourtant dans la deuxième partie du set dans un beau chorus tout au long du manche. Franck Taschini alterne entre ses saxophones soprano et ténor et s’autorise quelques privautés avec la partition des maitres italiens mais c’est ça aussi le jazz. En final, petite entorse à l’opéra avec une version concoctée par le pianiste d’un fameux thème de Chopin, Gainsbourg l’avait aussi trituré en son temps, le prélude en Mi mineur. Une fin un peu mélancolique mais on sait que demain il y aura encore du beau monde sur la scène.





Le lendemain donc, vendredi, un autre quartet, celui du saxophoniste Gaël Horellou et son alto. Il est accompagné par de belles pointures du jazz hexagonal, le bassiste varois Thomas Bramerie, le batteur niçois Thomas Galliano et le pianiste, auréolé d’une récente victoire du jazz, Pierre de Bethmann. Dans ses derniers albums Gaël Horellou joue une musique fortement teintée de maloya réunionnais mais, avec ce groupe, il nous plonge pendant près d’une heure et demi dans un hard bop vigoureux. Le sax virtuose, agile et disert, propulsé par la frappe puissante de Thomas Galliano, emballe le public dès les premières mesures. Là encore, l’enthousiasme du quartet est très communicatif. Quand Pierre de Bethmann quitte un temps ses séries d’accords d’accompagnement pour libérer ses mains sur le clavier qui n’attendait que cela. L’énergie partagée semble décuplée même dans les thèmes plus lents (moins rapide en fait !). Parmi les morceaux qu’ils jouent, un vieux Wayne Shorter « This Is for Albert », deux musiques de film signées Michel Legrand qu’ils dynamisent goulument mais aussi un thème plus rare « Gaslight » écrit par le pianiste Duke Pearso en 1967. Le répertoire est complété par les propres compositions du saxophoniste notamment « Elisa The Tempo » dédiée à sa fille et « Saint-Leu » au riff enivrant qui clôture ce concert en mode chaloupé dans un long break où chacun des musiciens envoie ses dernières cartouches – musicales of course. Le public est proche de la scène et peut entamer des échanges avec les membres du groupe une fois les lumières rallumées. C’est ça aussi le FestJazz.
.Jacques Lerognon














