CLAMEURS

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Le 04/04/2025 au Théâtre Francis Gag – Nice (06).

La concurrence était rude, un concert de rock, un concert de jazz et un match de foot, et pourtant, la salle du théâtre Francis Gag était quasiment complète pour cette soirée dédiée au oud. Tout d’abord dans la tradition avec le duo acoustique formé par Camille Giuglaris au oud et Gaël Navard au zarb. Un instrument turc et un instrument d’origine iranienne pour un voyage en quelque suites enchainées qui nous amène de l’Anatolie aux Balkans en passant par les deux rives du Bosphore. Chansons, airs de danse, vieilles ritournelles. Rythmes asymétriques, mesures impaires. Les morceaux commencent souvent par un taksim, une intro improvisée sur des modes orientaux que nos oreilles connaissent mal. Le plectre de Camille Giuglaris survole, accroche les cordes (11) du oud, puis les mains de Gaëlle Navard frappent le zarb (une sorte de grosse derbouka en bois creusé), les doigts l’effleurent, caressent la peau tendue. Les sons s’imbriquent, se répondent, jouent les uns avec les autres allant jusqu’à l’épure cristalline de la corde aigue qui vibre à vide.  


Rapide changement de plateau. La contrebasse (cinq cordes) qui gisait depuis le début du concert, près de son pedalboard, se dresse dans les bras de son dompteur, Jean-Christophe Bournine. Alors que, côté cour, Sarah Procissi branche son oud électro-acoustique à un copieux rack de pédales en tout genre. En fond de scène trône un drôle d’engin d’où s’échappent quelques câbles. Un synthé modulaire, troisième personnage du duo! On change radicalement d’ambiance, un son suraigu sort des enceintes puis les premières notes du oud amplifiées, filtrées, prennent place bientôt rejointes par la vibration des épaisses cordes de la contrebasse. Cela envoie du bois, des volts, du rythme, du son. Le dialogue entre les deux instrumentistes va durer plus d’une heure au grés de leurs différentes compositions. Les trois titres de leur EP et d’autres dont on a quasiment la primeur. L’une d’elles, la dernière, n’a pas encore de nom d’ailleurs. La oudsite n’hésite pas à jouer en strumming avec une forte distorsion, rappelant la sonorité de certains guitaristes métalleux puis passe à un chorus en son clair chatoyant. Quand les deux musiciens joignent leur force, leur énergie, on pénètre même dans un univers noisy incendiaire, pas déplaisant, loin de là, mais qui surprend certains spectateurs. Ils font même une petite escapade vers la musique orientale, rappelant les origines du oud mais d’une façon qui étonnerait les passants dans les rues stambouliotes. En rappel, les deux duos se réunissent et fusionnent, pour un long moment, finalement très jazz, où chacun prend tour à tour un petit chorus. On aurait voulu un peu de rab mais l’heure tourne et les portes du théâtre vont bientôt se refermer.

Quel plaisir de voir -et surtout d’entendre- sur une scène de la côte d’azur, de la musique bigarrée, audacieuse, pensée, innovante.

Jacques Lerognon

facebook.com/clameurs.officiel

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