Découvrez le compte rendu du concert de Eko Roosevelt
Le 25/10/2026, dans le cadre du Festival du Film Panafricain de Cannes, à l’Espace Miramar – Cannes (06).
Le festival du film panafricain de Cannes, outre la diffusion de films qui offrent une vision différente du monde par une autre fenêtre qui enrichit notre regard et notre compréhension, réserve toujours de nombreuses surprises. Cette année nous avons eu l’inattendue chance de rencontrer et d’écouter Eko Roosevelt, un des monuments de l’histoire de la musique africaine et un pionnier de la fusion des mélodies et rythmes traditionnels avec le Funk américain et le Disco européen. Il a participé à l’émergence d’une musique africaine urbaine, cosmopolite et ouverte aux influences internationales, qu’il a fait entrer dans la modernité de la sono mondiale. Quand on parle à cet homme débonnaire, calme et souriant de 80 ans, ses yeux rayonnent de toute la richesse de son parcours, entre jeunesse au Cameroun, études d’art au Sénégal, il va devenir aussi normalien en musique et fréquenter le conservatoire de Gentilly en France. Durant son séjour parisien, il évolue dans les milieux de la musique africaine. Il participe notamment à l’aventure du groupe Dikalo (c’est aussi le nom des récompenses remises au FIFP de Cannes), avec le bassiste camerounais Vicky Edimo et le musicien congolais Sammy Massamba. Le résultat est un afro-funk sophistiqué, très dansant mais qui conserve un ancrage africain affirmé. En 1979, il accède à la direction de l’Orchestre national du Cameroun, après avoir également travaillé avec la télévision ivoirienne.
Natif de Kribi, la ville balnéaire Camerounaise, il est membre de l’ethnie Batanga, un peuple charnellement relié à la mer qui sait entretenir et faire vivre ses traditions par un lien mémorial très puissant aujourd’hui encore. L’une des spécificités culturelles les plus marquantes des Batanga est la place occupée par les croyances associées à l’eau. Dans les traditions spirituelles Batanga, les cours d’eau, les fleuves et l’océan sont associés à des entités spirituelles. Bouleversés par l’étendue des activités portuaires et industrielles sur le littoral qui empiète sur leur territoire et sur leurs activités traditionnelles de pêche, les Batangas se battent en cherchant par tous les moyens à faire vivre la mémoire de leur peuple, Monsieur Eko est d’ailleurs devenu chef traditionnel Batanga du village de Lobé. Signe important de la dimension institutionnelle et internationale de sa personnalité, il était accompagné pour ce voyage en France du gouverneur actuel de la région du Littoral au Cameroun, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, l’équivalent d’un préfet de région en France. C’est d’ailleurs le titre « Badihani » qu’il a choisi de nous interpréter en premier sur scène, une ode contre l’oubli des âmes des marins partis en mer mais jamais revenus, particulièrement émouvant. Un titre de son premier album qui lui a d’emblée assuré un succès dans toute l’Afrique Centrale.
Cette prestation sur scène ce sont aussi de poignantes retrouvailles avec Michel Ethe, bassiste camerounais originaire de Douala dans la même région Littoral, azuréen d’adoption depuis plus de 20 ans et membre de multiples formations musicales. Lui que Eko Roosevelt a pris sous son aile alors qu’il n’était qu’un musicien en devenir. En Afrique la filiation est un des repères qui structurent la société et elle ne vaut pas uniquement au sein de la famille, elle est aussi très forte entre artistes. Michel s’est longtemps demandé pourquoi Eko l’avait choisi, mais ce qui est sûr c’est que cette confiance tacite lui a donné des ailes en plus de lui avoir appris toutes les bases qui font aujourd’hui de lui un musicien capable, accompli mais surtout spontané. C’est le genre de musicien qui adhère immédiatement à tout projet, préférant laisser le temps lui dicter son implication plutôt que refuser sans laisser de chance à la curiosité et à la rencontre. Sur scène son émotion était palpable, on le sentait touché au cœur par cet instant de musique partagé avec son patriarche, les larmes aux yeux d’émerveillement qui a dû lui refaire penser au chemin parcouru depuis les répétitions chez Roosevelt. Cette courte présence sur scène d’Eko a marqué la soirée comme un grand moment d’émotion collective pour ce public constitué pour partie de professionnels du cinéma panafricains venu assister à la remise des prix des prix de cette édition 2026.
Emmanuel Truchet
#NouvelleVagueLiveReport










