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Dans son neuvième album “The Party”, Bumcello plonge à nouveau dans des rythmiques étonnantes, soutenues par une solide complicité musicale et humaine. Vincent Ségal, membre du duo, partage son ressenti sur cette création et ses coulisses.

Dans quel état d’esprit abordez-vous la sortie de ce neuvième album ? 

La sortie de ce neuvième album est pour moi une continuité, plus qu’un événement exceptionnel. Plus de 270 disques (environ) ont été enregistrés depuis le début de ma carrière, et avec Cyril, la musique est un fil conducteur constant. Elle fait partie intégrante de notre quotidien. Chaque album n’est alors qu’un instantané, un moment capturé dans notre parcours d’artistes. Une étape de plus dans ce voyage musical sans cesse renouvelé.

Vincent, votre formation rigoureuse au Conservatoire a façonné votre parcours musical. Cette exigence et cette structure ont-elles été, à un moment, un frein à l’émergence d’un style aussi libre et déstructuré que le vôtre ?

Pas vraiment. La formation au Conservatoire m’a bien sûr donné des bases essentielles pour jouer, même si elle peut parfois créer des cadres difficiles à dépasser. En fait, il est quasiment impossible d’échapper aux influences de son apprentissage et de ses premières expériences musicales. Chacun a une manière de jouer façonnée par ses débuts : un musicien formé dans un pub irlandais, un autre dans un orchestre de samba au Brésil ou dans un groupe de salsa à Cuba, tous auront une approche unique de leur instrument. Depuis l’enfance, j’ai toujours été attiré par des univers musicaux variés, bien au-delà de ce que proposait le conservatoire, et mes professeurs s’en sont rapidement rendu compte. Mon professeur de violoncelle, en particulier, était exceptionnel : il a reconnu très tôt mon intérêt pour des musiques inédites dans ce cadre académique. Ce qui me semble finalement précieux dans cet enseignement, c’est la capacité à dialoguer avec des traditions anciennes, à tisser un lien avec des musiciens et des œuvres qui remontent à plusieurs siècles.

L’expérimentation et l’improvisation font partie de votre musique. À quoi ressemble votre setlist de départ avant de monter sur scène ? 

Rien n’est fixé à l’avance. Depuis la création du groupe, nous nous sommes donné une règle : ne jamais imposer de choix ou décider de morceaux à jouer à l’avance. L’improvisation est notre terrain d’entente, et nous aimons nous laisser surprendre par l’ambiance du moment. Par exemple, Cyril peut commencer à jouer dans un style particulier – que ce soit la samba, la salsa, le disco, ou même le hard rock – et de mon côté, je décide soit de le rejoindre, soit d’apporter une autre couleur, en passant par des registres comme le métal, la house, l’électro, ou la dance. Nous avons un large répertoire et une manière très libre d’aborder les styles, ce qui nous permet de créer des combinaisons infinies sur scène. Cyril utilise également sa voix pour improviser des chansons ou reprendre des morceaux, parfois même de notre propre répertoire Bumcello ou d’autres influences. C’est cette absence de plan qui donne une dimension unique et vivante à chacune de nos performances.

Quel type de relation au public cette approche génère-t-elle, selon vous ?

Le public qui nous suit depuis 1999 est habitué à cette imprévisibilité. Il sait que chaque concert sera unique, qu’il ne retrouvera jamais exactement ce qu’il a entendu il y a six mois ou un an, même s’il revient nous écouter dans le sud de la France où nous avons beaucoup joué. Cette absence de répétition crée un lien particulier, une forme de confiance et d’attente qui se renouvelle à chaque fois, car les spectateurs savent qu’ils vivront une expérience musicale totalement nouvelle. Ça vaut aussi pour le public qui ne nous connaît pas.

Votre nouvel album, « The Party », est né des dessins de votre fils, Marin, architecte et dessinateur. A-t-il été impliqué dans ce processus créatif, ou avez-vous préféré travailler de votre côté sans lui faire écouter le projet au préalable ?

Marin a apporté sa touche personnelle en partageant certains de ses dessins, mais nous n’avons pas eu d’interaction directe autour de la musique. Pendant longtemps et jusqu’à présent, il n’y avait pas de lien artistique entre nous, ce qui est assez amusant car il évolue dans un univers très différent du mien. 

Est-ce que vous avez un titre en particulier où l’interprétation du dessin n’était pas forcément unanime pour vous deux, au départ ? Si oui, pouvez-vous nous donner un exemple ? 

Lorsque Cyril a proposé le titre « Crash », son interprétation ne correspondait pas du tout à ce que j’avais imaginé pour le dessin, mais j’ai trouvé cela amusant, alors je l’ai adopté. Il y a aussi eu « Spark Av », pour lequel nous avons totalement réinterprété l’illustration. Et puis, il y avait un dessin où Cyril voyait une scène de combat entre deux personnages, alors qu’en réalité, ils étaient en train de danser. Ces divergences de perception ont apporté une touche de légèreté au projet.

Et justement, étant donné que votre fils est architecte et dessinateur, si votre musique était une maison, comment l’imagineriez-vous ?

En réalité, je l’imaginerais plutôt comme une sorte d’arborescence, presque comme une forêt. Puisque notre musique repose sur l’improvisation, elle ne peut pas être figée ou strictement définie. Ce que j’admire dans la nature, c’est ce mouvement constant, cette croissance et cette transformation continue. Je dirais donc que notre musique pourrait prendre la forme d’un immense arbre en perpétuelle évolution.

Si l’idée de partir d’un dessin pour créer un son devait être réitérée dans un nouveau projet, quel dessinateur aimeriez-vous choisir comme source d’inspiration, et pour quelles raisons ?

Probablement Piotr Barsony. Il a travaillé pour “L’Écho des Savanes” et créé un personnage marquant, Marc Edito, un journaliste parisien égocentrique. Nous avons collaboré ensemble sur un album intitulé « Papa porte une robe », qui avait suscité de vives réactions à l’époque. L’histoire explorait un sujet audacieux : un père, ancien boxeur, qui, après un accident, se produit en tant que travesti dans un cabaret. Piotr avait illustré cette histoire, et nous avions créé la musique autour de ce thème. Cet album me tient à cœur pour son originalité et pour le regard sincère et ouvert qu’il porte sur la diversité des identités.

Vous avez été dans une ère avant-gardiste avec les musiques électroniques. Aujourd’hui, elles sont devenues beaucoup plus écoutées en France. Avec qui, de la nouvelle scène électronique, aimeriez-vous réaliser une collaboration ? 

En fait, j’admire énormément d’artistes de la nouvelle génération, mais ils sont déjà si reconnus que je crains de les déranger avec une collaboration, surtout maintenant que nous avons pris un peu d’âge ! Je pense par exemple à Oneohtrix Point Never. J’ai également travaillé avec Koki Nakano sur un album piano-violoncelle, et j’ai adoré son dernier projet électro où il collabore avec Jordy, un rappeur jamaïcain basé en Angleterre, dans son nouvel album « Ululō » (oct. 2024). Quant à collaborer avec eux, j’avoue préférer rester dans l’émerveillement : leur talent est fascinant, et souvent, je ne comprends même pas comment ils parviennent à fabriquer leur musique.

Depuis votre Victoire de la Musique en 2006 avec Bumcello, avez-vous exploré l’apprentissage du synthétiseur ?

Presque 20 ans après, toujours pas ! Nous n’avons jamais intégré d’électronique dans notre musique. Avec Cyril, nous n’utilisons même pas d’ordinateur ; nous avons toujours préféré nous amuser avec des instruments acoustiques et garder cette approche purement organique.

Clémentine Nacache

facebook.com/Bumcellomusic

Photo : Gassian.

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