Accueil ZOOM YAEL NAIM

YAEL NAIM

0
56

Avec “Solaire”, son nouvel album, Yaël Naïm ouvre une nouvelle étape de sa carrière. Plus libre, plus personnelle, l’artiste explore des territoires sonores mêlant textures électroniques et acoustiques, tout en affirmant une parole plus directe. La musicienne se confie sur cette création lumineuse, son rapport à la nature et sa manière de redéfinir aujourd’hui son espace artistique.

Votre nouvel album “Solaire” est présenté comme une forme de renaissance, presque un manifeste pour être libre d’être soi-même. À quel moment avez-vous compris que ce disque devait aller vers la lumière, plutôt que vers l’introspection qui marquait notamment votre précédent album “Night Songs” ?

C’est avant tout un processus intérieur. À un moment de ma vie, j’ai ressenti le besoin de faire la paix avec ma part d’ombre, avec des facettes de moi que je n’avais jamais vraiment montrées. Pendant longtemps, j’ai peut-être davantage craint ma propre puissance que cette supposée « ombre ». Affirmer des choses, ne plus chercher l’approbation des autres, cela demandait du courage. J’avais aussi un certain préjugé vis-à-vis du mot « solaire ». On l’associe souvent à quelque chose de léger, de souriant, presque réducteur, comme si cela impliquait de ne jamais montrer la colère ou le désaccord. Je le percevais presque comme une forme de prison dorée. Avec le temps, j’ai compris que le solaire n’était pas l’opposé de l’ombre. C’est une force vitale. Le soleil peut réchauffer, mais il peut aussi brûler. C’est une énergie puissante. Aujourd’hui, cette énergie vient de l’intérieur et ne dépend plus du regard extérieur. Être solaire, pour moi, c’est reprendre le pouvoir sur sa vie et définir soi-même ses valeurs, plutôt que de laisser l’entourage ou la société les définir à notre place.

Vous évoquez souvent les grands espaces et le désert comme sources d’inspiration. Les paysages du sud de la France ont-ils également nourri votre écriture ?

Oui, énormément. La nature m’inspire profondément, et je suis particulièrement sensible aux paysages lumineux et aux climats chauds. Je viens d’un pays où la chaleur fait partie du quotidien, et j’ai besoin de cette sensation pour me sentir pleinement vivante. Le sud de la France possède une lumière et une nature très particulières. J’y ai passé de nombreux moments, parfois simplement à marcher, à observer, à photographier ou à peindre. Ces environnements nourrissent l’imaginaire. La lumière, les couleurs, les reliefs… tout cela influence naturellement ma manière de créer.

Dans l’album, on retrouve des textures électroniques mêlées à des éléments plus acoustiques. Quelles ont été vos influences sonores et comment avez-vous équilibré ces deux univers dans la production ?

Cela s’est fait très naturellement. Je pars souvent d’un son qui m’attire et je commence à l’explorer. J’aime beaucoup les synthétiseurs, notamment le Prophet ou le Matriarch. Je me suis entourée de ces instruments et j’ai commencé à expérimenter, à transformer les sons, mais aussi ma propre voix. La voix devient parfois un instrument à part entière : je la transforme, je la superpose, elle sert de matière pour les arrangements. Le piano est aussi présent, mais lui aussi est souvent retravaillé pour devenir une texture sonore. J’avais envie de redéfinir des espaces. Certains morceaux sont très intimes, presque murmurés, mais ils s’ouvrent soudainement grâce aux réverbérations ou au « delay ». C’est comme une architecture sonore. Finalement, cet album est aussi une manière de redessiner mon espace artistique, sonore et visuel.

Dans le morceau “La Fille Pas Cool”, vous semblez célébrer l’imperfection et l’acceptation de soi. Que représente cette chanson pour vous aujourd’hui ?

Au départ, ce n’était pas du tout une célébration. C’était plutôt un deuil. Quand je l’ai écrite, j’étais face à un constat qui me faisait mal. J’ai réalisé que je ne serais jamais cette personne que l’on perçoit comme « cool », celle qui semble naturellement appartenir au cercle de la popularité. Cela m’a ramenée à des souvenirs d’enfance : les populaires, les autres… J’ai toujours eu quelques amis très proches, mais jamais une grande vie sociale. Et la plupart du temps, cela me convenait très bien, mais notre société valorise énormément l’image, la popularité, l’appartenance à un groupe. La chanson parle de ces hiérarchies implicites : qui est considéré comme désirable, important, visible… et qui ne l’est pas. Elle évoque aussi la place que l’on accorde aux personnes différentes, aux personnes âgées, à celles qui ne correspondent pas aux codes. À la fin, la chanson devient une forme de paix avec cela. Je reconnais que je ne suis pas cette figure flamboyante de rockstar. J’ai besoin d’ancrage, de famille, de calme. Et finalement, je revendique aussi le doute. Aujourd’hui, tout le monde affirme des récits très tranchés. Je trouve qu’il est précieux de laisser de la place au questionnement.

Pourquoi avoir choisi de laisser “What’s In Your Soul” se déployer sur un format aussi long ?

Au départ, c’était une improvisation électronique. J’avais créé une séquence avec le Matriarch, et le son semblait évoluer à l’infini. Je pensais au début en extraire des fragments pour construire une chanson plus courte, mais plus je l’écoutais, plus j’avais envie de rester dans cette immersion. J’aimais l’idée que le morceau puisse accompagner un moment de lâcher-prise, presque comme une dérive. J’ai alors imaginé qu’il pourrait conclure l’album. “Dream” ouvre le disque en invitant à se reconnecter à notre essence profonde, à ce que nous sommes avant les peurs ou les conditionnements. “What’s In Your Soul” vient refermer cette boucle : rappeler que cette essence existe toujours en nous, indépendamment de ce qui peut s’effondrer autour. J’aimais aussi l’idée que ce morceau puisse accompagner quelqu’un qui s’endort en écoutant le disque. Comme lorsque j’étais adolescente et que la musique pénétrait presque dans l’inconscient.

Vous avez produit cet album de manière très indépendante. Cette autonomie se retrouve-t-elle aussi dans la manière dont vous abordez la scène ?

Oui, totalement. Nous venons de terminer une résidence et le spectacle dépasse même ce que j’avais imaginé. Il y aura une scénographie immersive, à la fois visuelle et sonore. Sur scène, l’album devient une version amplifiée de lui-même, avec plus d’énergie et des ouvertures musicales inédites. Je voulais créer une expérience immersive, presque comme un voyage. Le spectacle se regarde et s’écoute d’un bout à l’autre, un peu comme un film. J’avais envie de sortir des codes habituels du concert et de proposer une véritable traversée émotionnelle.

Votre carrière s’étend sur plus de vingt ans. Comment situez-vous “Solaire” dans votre parcours artistique ?

Chaque album correspond très précisément à l’étape de vie dans laquelle je me trouve au moment où je le crée. “Night Songs”, par exemple, était construit autour d’une contrainte artistique très forte : un univers très aérien, sans basse ni batterie, presque comme une plongée intérieure. “Solaire” est au contraire une libération. Une libération sonore, mais aussi une libération par rapport à l’image que je pouvais avoir de moi-même. Je me suis autorisée à explorer de nouvelles couleurs, à dire certains mots plutôt qu’à les chanter, à expérimenter davantage. Les albums précédents ont souvent été réalisés en collaboration avec David Donatien, ce qui créait un dialogue artistique très riche. Cette fois, j’avais envie de voir ce qui se passerait si je suivais uniquement mon propre instinct.

Justement, pourquoi avoir choisi de réaliser cet album seule, sans votre collaboration habituelle avec David Donatien ?

Nous avons fait trois albums ensemble et c’était une aventure extraordinaire, mais travailler à deux implique forcément un dialogue, des négociations artistiques, des compromis. Même lorsque l’on admire profondément l’autre, on écoute ses idées, son goût, son regard. Cela crée une dynamique différente. Pour “Solaire”, j’avais envie de découvrir mes propres contours artistiques sans cette influence. David a tout de même été présent : il est venu enregistrer certaines batteries et m’a aidée sur le mixage. Mais il est volontairement resté en retrait pour me laisser prendre toutes les décisions. C’était une expérience importante pour moi.

Pour conclure, avez-vous un souvenir ou une anecdote liée au sud-est de la France ?

Je suis très attachée à cette région. J’aime le tempérament des gens, la nature forte et la lumière. Il m’est arrivé d’y passer du temps simplement pour me promener avec une caméra, photographier les paysages ou peindre. Que ce soit autour d’Aix-en-Provence, dans les calanques ou dans la nature provençale, je ressens toujours une forme d’apaisement. La lumière y est exceptionnelle. Ce n’est pas un hasard si tant de peintres et de photographes ont été attirés par ces paysages. On y trouve une énergie très particulière, qui nourrit profondément la création.

Clémentine Nacache

Le 03/04/2026 au Théâtre Les Quinconces – Vals-les-Bains (07) et le 04/04/2026 à L’Alpilium – Saint-Rémy-de-Provence (13).

yaelnaim.fr

📸 Yael Naim par Max Vm.

#NouvelleVagueZoom #YaelNaim

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici