PAULINE CROZE

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Mêlant pop et sonorités urbaines, Pauline Croze nous offre avec « Après les heures grises », un album varié et en profite pour analyser les travers du monde contemporain. Nous avons pu discuter avec l’artiste de ses explorations musicales et de sa vision de notre société.

Pour votre dernier album, vous avez choisi le titre « Après les heures grises ». Comment expliquer ce choix et que représentent les heures grises pour vous ?

D’habitude, je choisis un titre en fonction des morceaux présents sur l’album. Mais ici, aucun morceau ne me convenait, aucun titre n’était assez ouvert pour englober tout ce que je voulais dire. C’est en relisant les paroles de « Je suis un renard » que j’ai trouvé le titre. Les heures grises représentent à la fois ce que j’ai personnellement vécu, des choses liées au sentiment, à la solitude, et des choses collectives, notamment l’angoisse et l’incertitude face à la pandémie.

D’ailleurs, à cause de cette pandémie, vous avez enregistré l’album chez vous, dans votre grenier. Ce n’était pas trop difficile pour vous ?

C’était compliqué, d’autant que j’étais en plein déménagement et que j’ai dû trouver un lieu où ça sonnait bien sans disposer de tout le matériel nécessaire. Enregistrer seule est assez curieux. D’habitude, on fait les albums avec l’équipe et chacun amène des idées ce qui est très stimulant. Toutefois, cela m’a permis de refaire les prises et de prendre plus de temps. Par exemple, le titre « Crever l’écran » est très exigeant au niveau du chant et j’ai mis quatre jours à l’enregistrer.

Malgré le confinement, vous avez pu faire plusieurs collaborations, notamment pour l’écriture des textes de votre album. Vous préférez écrire les paroles à plusieurs mains que seule ?

L’écriture est un domaine dans lequel mon savoir-faire est moins abouti. Même si j’ai souvent des idées premières, par exemple pour le titre « Phobe » où le thème m’est rapidement apparu, arrivé à un certain point je ne parviens pas à développer mon idée. C’est pourquoi je préfère m’associer avec des artistes. Cela permet aussi de créer des textes qui sont plus forts.

Si on écoute des titres comme « Phobe », on a l’impression que le monde actuel plonge dans la folie. Selon vous courre-t-on à notre perte ?

J’essaie d’être optimiste. Mais je suis lucide et je ne pense pas qu’on aille vers du meilleur, on a l’impression qu’il n’y a pas d’espoir. J’essaie de m’éloigner un peu de la masse d’informations pour ne pas être submergée et de trouver l’énergie en moi pour avancer.

Dans « Crever l’écran » vous dites « l’écran m’a tué ». Est-ce-que pour vous, les rapports que nous entretenons avec les nouvelles technologies entrainent une coupure avec notre réalité ?

Il est vrai que cela m’a posé question. Je m’intéresse à la réalité virtuelle que je trouve aussi angoissante que fascinante. Si l’on s’y plonge trop, on ne voudra plus revenir dans la réalité. Mais dans le même temps, j’ai appris que certains chercheurs utilisaient la réalité virtuelle pour soigner certains traumatismes, ce que je trouve formidable. Donc il faut être nuancé et trouver le juste milieu.

Dans une de vos interviews, vous dites que vous aviez besoin « de risque, d’être éprouvée ». Est-ce-que le fait d’être éprouvée, vous rend plus apte à composer ?

Je crois que lorsqu’on crée, on veut combler un manque. Je suis souvent dans des états où quelque chose me fait de la peine, m’angoisse ou me désespère. C’est à partir de ces émotions que j’écris. Je ne peux pas être de bien-être total car, dans ce cas, mes chansons n’ont pas une existence propre, ne sont pas porteuses de messages.

Dans cet album vous adoptez des sons plus urbains. Pourquoi ce choix ?

J’ai toujours écouté du rap et quand j’écoutais Lomepal ou Damso, je trouvais que les sons étaient extraordinaires. Je leur rends une sorte d’hommage tout en restant fidèle à mon univers. C’était toutefois un pari risqué. Mais comme je l’ai fait avec le cœur, j’en suis très contente. D’ailleurs le titre « Phobe », qui est très urbain, est le plus écouté et plébiscité. 

Marie-Ange Galangau

www.facebook.com/paulinecrozeofficiel

 

 

 

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