DRO KILNDJIAN

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Coordinateur au Théâtre de l’Œuvre (Marseille – 13)

theatre-oeuvre.com

Ta personnalité, ton parcours ?

J’ai 54 ans. Je suis l’heureux père de deux merveilleux grands enfants. J’habite et travaille au centre-ville de Marseille. Mon parcours est assez protéiforme. Ma carrière professionnelle a débuté dans la presse locale en tant que rédacteur. Localier à la pige, je travaillais à la demande sur des papiers de proximité pour un titre qui n’existe plus, un des ancêtres de La Provence. Il n’était pas question de viser le Pulitzer mais ça m’a appris à m’emparer de sujets très divers pour essayer de les rendre accessibles. Ça m’a également permis de croiser des gens de tous milieux, de toutes origines et développer mon goût pour les rencontres. J’ai ensuite fait un passage en agences de com en Afrique de l’Ouest avant de m’embarquer, à mon retour d’Abidjan, sur les chemins escarpés du montage de projets culturels. C’était à la fin des années 90. Avec Béatrice et Laurence, mes deux acolytes, j’ai essentiellement travaillé au développement du festival Marsatac. Pendant 20 ans je me suis occupé de la programmation, des contenus divers et des projets associés au festival. Une aventure qui m’aura construit et marqué de manière indélébile. Depuis, j’ai travaillé pour la Banque Alimentaire à la création d’un chantier d’insertion ; « Les Marmites Solidaires », un atelier de transformation de fruits et légumes situé dans le MIN des Arnavaux. J’ai ensuite brièvement coordonné quelques projets pour La Croix Rouge. Et puis me voilà de retour dans le milieu des arts et de la culture puisque je dirige depuis 18 mois le Théâtre de l’Œuvre dans le quartier de Belsunce. Un très ancien établissement, un peu endormi pendant quelques décennies, devenu Tiers Lieu Culturel en 2017 à sa réouverture et auquel nous essayons de redonner désormais une nouvelle dynamique. C’est un endroit qui me correspond bien, à la croisée de préoccupations sociales et de problématiques culturelles, un joli challenge à relever. 

Ta playlist :

Disque : Le disque que j’ai vraiment énormément écouté c’est « My Life in the Bush of Ghosts », une collaboration entre Brian Eno et David Byrne, sorti en 1981. Le disque est basé sur l’usage de samples de voix notamment. C’est un travail remarquable dont je ne mesurais pas nécessairement la portée à l’époque, mais que j’écoutais par plaisir pur. Depuis, j’ai eu bien des occasions de constater que cette œuvre est à l’origine de bon nombre des révolutions musicales de ses 40 dernières années. C’est un disque fondateur, précurseur des musiques électroniques, mais aussi un disque avec une dimension politique forte. C’est un de mes 33T de chevet depuis mon adolescence.

– Film : « Un après-midi de chien » (Dog Day Afternoon) de Sidney Lumet a été un choc pour moi. Je devais avoir une quinzaine d’années quand je l’ai vu pour la première fois. C’était en été chez mes cousins en région parisienne. La chaleur était étouffante, les volets mis clos et nous nous gavions de cassettes VHS à raison de plusieurs films par jour. Je me souviens même de la disposition de la pièce, de la couleur des canapés, du meuble TV…  Ce fût une gifle. Je ne savais même pas qu’il pouvait y avoir des films comme ça. Inspiré d’un fait réel, le scénario, au cordeau, décrit une prise d’otages intervenue à la suite d’une attaque de banque. Le duo Al Pacino & John Cazale est époustouflant. L’homme ordinaire placé dans une situation extraordinaire. La remise en cause de codes moraux. Tout cela m’avait terriblement marqué et depuis j’ai revu ce film un tas de fois avec toujours autant d’admiration. C’est un chef d’œuvre unanimement reconnu et je ne m’en lasse pas. 

Livre : Le dernier bouquin qui m’ait récemment marqué s’appelle « Maison Mère ». C’est un roman écrit par Anaïd Demir édité chez Plon qui développe un récit personnel, sensible et très touchant. D’autant plus touchant qu’il fait écho à ma propre histoire et à celle de ma famille. C’est un livre de mémoire. Celle du peuple arménien dont je suis issu et de son histoire dramatique. C’est l’histoire d’un génocide non reconnu et de ses descendants qui, génération après génération, peinent à embrasser leurs nouvelles destinées. C’est une réflexion sur les identités multiples des exilés, des apatrides. Il s’agit de la partition intérieure de la narratrice toujours décalée par rapport au monde ambiant. Il est question de retour aux sources douloureux mais nécessaire pour prendre son envol malgré la culpabilité et le poids du passé. Tout cela m’a bouleversé. J’avais l’impression de lire le roman de ma vie. 

Concert : Mon plus grand souvenir de concert est lié à Marsatac. Souvenir brûlant de quelques larmes versées, planqué derrière les rideaux en fond de scène et Public Enemy qui entre pour un concert d’anthologie. Voir enfin pour la première fois le groupe dont on est fan, après plus de 15 ans d’absence en Europe. La joie et la fierté de se dire « c’est moi qui l’ai fait ». Voir défiler en accéléré les multiples péripéties depuis des mois enjambées pour finalement toucher au but. C’était en 2006 sur le J4 avant que le Mucem n’y soit construit. Moi et quelques membres de l’équipe regardions ça avec des yeux d’enfants. Les spectateurs en furie, venus par milliers, hurlaient les hymnes des pionniers du hip hop à l’unisson. On en pleurait de bonheur. Fight the power !

Ta plus grande émotion musicale : Je ne saurais pas trop dire quelle fut ma plus grande émotion musicale. J’en ai eu des dizaines depuis des dizaines d’années. J’ai vu des centaines de concerts, écouté des milliers de disques… Peut-être la découverte des fêtes techno à Londres au début des années 90, bien avant que je ne travaille dans le milieu de la musique. La fraîcheur de la nouveauté. L’excitation du jamais vu, jamais entendu. Les émotions sincères et brutes des débuts… peut-être…Peut-être aussi le visionnage et l’écoute à répétition du titre « Take me to the river » tiré de « Stop Making Sense » le live de Talking Heads filmé par Jonathan Demme.  Le groupe est au sommet dans cette captation de concert jamais égalée. Immense reprise du standard soul d’Al Green. Plus jeunes, mes enfants n’en pouvaient plus d’entendre ce morceau. Moi ça va, je continue à me le passer régulièrement pour 5 minutes et 32 secondes de béatitude musicale. « Crosseyed and Painless » le morceau qui suit est également redoutable. En fait, tout ce live est génial. 

Ton espoir pour le futur : Mon espoir pour le futur est assez concret et le futur en question, j’espère, assez proche. Nous avons un projet de réhabilitation du Théâtre de l’Œuvre que j’aimerais voir se concrétiser assez rapidement en 2024/2025. Il s’agit de rénover et de valoriser l’ensemble du bâtiment du théâtre, dont une partie est malheureusement inutilisée aujourd’hui. L’ambition est de faire de ce lieu de plus de 1000m2 un lieu propice au respect, aux rencontres et à la convivialité. Un lieu simple, chaleureux, vivant et agile. Un lieu pour les artistes, les spectateurs, les enfants, les habitants, les jeunes, les vieux, les bénévoles, les professionnels, les amateurs. Un havre des possibles.

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