ROOTS DU LAC

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Les 02 et 03/06/2023 sur le Terrain Laroche – Montauroux (83). 

Le festival Roots du Lac en est à sa 5ème édition et l’association Zik Paca, qui l’organise, est partie d’un constat aussi simple que pertinent qui est que le foisonnant vivier de groupes en région PACA n’a pas accès ou très difficilement accès aux grandes scènes, à de bonnes conditions techniques et d’accueil comme à des lieux regroupant un large et nombreux public. C’est comme ça qu’est né le premier Roots du Lac, permettant autour l’expression reggae et de ses cousins, ragga, dance hall, dub et hip hop de présenter les groupes de la région dans des conditions proches de l’idéal. Autre particularité, le festival est organisé par une équipe de filles, ce qui dans un milieu de la musique encore très masculin, n’est pas courant. Depuis le départ Pamela, Fanny et Tinou en sont aux commandes et elles ont su fédérer autour d’elles et de leur festival d’autres structures associatives engagées dans l’environnement ou le social pour habiller le vaste site du terrain Laroche situé en bas du village de Montauroux. Il faut quand même dire que la mairie de Montauroux a vraiment joué le jeu du festival depuis le début. Je connais toutes personnes que je vais citer et sans lien d’intérêt avec elles, je vais louer leur engagement, un de ceux qu’on aimerait trouver dans d’autres mairies souvent obtuses aux demandes associatives surtout lorsqu’il s’agit d’une musique perçue comme multiculturelle, parce qu’il faut bien le reconnaître et rien n’est plus triste, c’est un mot qui est souvent connoté négativement alors qu’il évoque la diversité et la fraternité humaine. Le maire Jean Yves Huet a été ouvert d’esprit, secondé par l’infatigable Marie Jo Giudicelli la responsable de l’événementiel, mais aussi par les services techniques irréprochables et prompts à assurer toutes les demandes comme la police municipale souriante présente pour assurer la sécurité extérieure en cas d’incidents qui comme toujours au Roots du lac ne se produiront jamais. Il s’agit de mon village et je suis très fier que les choses s’y déroulent ainsi.

Quand un festival associatif arrive à maturité, je m’en rends compte de suite. Les équipes sont toutes autonomes et centrées sur leur objectif propre, personne ne court ni n’a l’air épuisé ou en train de foncer en urgence trouver une solution à un problème impromptu. Cette année, dès le jeudi tout s’est passé dans le calme et la bonne humeur et le montage des scènes, du matériel de son et des délimitations du site étaient quasiment en place. Évidemment, l’organisation d’un tel évènement n’est pas de tout repos mais à chaque fois, voir les personnes s’animer collectivement et bénévolement avec tant d’engagement par simple volonté d’animer collectivement la société et de vivre une aventure humaine et spirituelle positive, m’émeut. Je voudrais qu’on évoque plus souvent cette capacité collective à créer et à inventer que les signes négatifs du devenir du monde constamment médiatisés, au moins pour servir d’exemple. C’est précisément ce que je suis en train de faire avec le même engagement que les bénévoles du Roots du Lac, cependant pour des raisons qui m’échappent sincèrement le magazine Nouvelle Vague n’a pas (encore) l’audience de Bfm Tv.

Le vendredi a commencé par un Sound System disposé sur une partie de site ouverte le premier soir, l’ambiance est conviviale, le public danse et tout le monde socialise. J’ai retenu le set des Baltimores qui sont quand même bien chauds pour motiver le public. Fin de soirée tranquille mais stimulante quand même, le lendemain les choses sérieuses commencent … A 16 heures, la programmation du samedi va débuter et c’est moi qui ai l’honneur de présenter le festival au micro lors de son ouverture, comme dans ce texte, j’ai tenté de valoriser l’engagement de chacun, bénévoles, partenaires mais aussi du public et surtout du public. Rien qu’à le regarder on comprend que par les temps qui courent son unique présence constitue en soi un contre-projet culturel à opposer aux racistes, communautaristes et identitaires de tous genres qui font carrière en nous expliquant que des gens différents ne peuvent et ne doivent pas s’entendre et partager. Il était constitué de personnes diverses, bigarrées, joyeuses, expressives, ouvertes et souriantes, un pur bonheur.

Les concerts se sont enchaînés, d’une scène à l’autre, sans aucun temps mort et avec une qualité constante, sans point faible. Mes surprises personnelles : Supa Saï le couteau suisse de la musique et le plus africain des singjays du canton de Fayence se présentait avec son « big band », un groupe qui n’a jamais été aussi fourni. Je veux aussi évoquer The Infraroots, le groupe Cannois, qui a fait un show magistral avec ses deux chanteuses captivantes mais aussi la présence en guest de Fanny Polly, une slameuse, rappeuse et chanteuse ragga-dancehall que je ne connaissais pas et qui nous a soulevé par son énergie et la pertinence de ses textes. Le public a exulté et finit le concert ébahi, les bras en l’air en hurlant de bonheur, conscient que quelque chose s’est passé à ce moment-là, vraiment. J’ai été aussi très content de voir Jah Legacy avec un band qui n’a jamais été aussi bon et complet avec une section rythmique à tomber. C’est une grande satisfaction pour moi car j’ai connu le groupe alors qu’il n’en était qu’à ses débuts. C’est la récompense de la constance et de la conviction du leader du groupe et chanteur Manu qui n’a jamais baissé les bras depuis plus de 15 ans, il a parfois tout porté seul sans jamais se décourager même au creux de la vague faute d’assez de musiciens sur qui s’appuyer, une belle opiniâtreté, de celles qui payent toujours en musique, ce, en plus d’un sincère plaisir personnel. Alter Fyah m’a aussi convaincu, le groupe faisant des progrès et améliorant sa formule chaque fois que je l’entends, une performance d’autant plus remarquable que Fanny, la chanteuse fait partie des organisatrices majeures du festival, elle a dû préserver son énergie et sa voix tout au long du week-end, et il faut le dire elle y est totalement parvenue. Du côté des surprises, c’est Pyché, une diva de Sound System qui m’a soulevé le cœur, il y a du Queen Omega en elle, elle est expressive, volcanique, précise et groovy à souhait, une pure découverte que je vais désormais suivre de près, elle a boosté le public et l’a chauffé à blanc des le début de son set ! Bravo à elle !

Tout le reste de la journée et de la soirée a été d’un bon niveau et pour moi artistiquement c’est la plus belle édition du Roots du Lac … pour l’instant … rendez-vous l’an prochain ?

Emmanuel Truchet

rootsdulac.fr

4 Commentaires

  1. Superbe article,rien a envier a BFM😉
    On sent bien que c est le cœur qui écrit.

  2. ouaih mais bizarre cet article qui ne parle pas de raspigaous qui a soulevé la scène bien plus que tous oes groupes cités. Le chanteur a mis le feu et tous les festivaliers présents étaient devant la scène. Fallait en parler aussi, non? Et le groupe de clôture Djamanago était aussi trop bien avec de bons zicos. Le rédacteur doit être un couche tôt

  3. ah merci de votre réponse ! c’est en effet un peu bizarre le décalage entre ce que j’ai vécu et ce que je lis. l’année dernière, c’était un peu pareil, il ne parlait que de gang jah mind, qui est d’ailleurs très sympa, mais rien, aucun mot sur le groupe qui a suivi Kaiwan, qui a pourtant mis bien plus le feu… bref, le copinage, c’est sympa, mais c’est pas très objectif, ça me donne la flemme de vous lire, du coup. Je conseille les critiques de pirlouiit, qui sont bien plus complètes. bisous

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