Du 13 au 15/08/2025 à Mollans-sur-Ouvèze et Buis-les-Baronnies (26).
C’est en fin de matinée, ce 13/08, que débute la partie aoutienne de Parfum de Jazz. Le vernissage des expositions « Parfum d’images » et « Surimpressions ». André Henrot et Patrick Martineau propose une rétrospective de leur travail pendant le festival 2024, et on découvre aussi les surimpressions de Daniele Aumage, elle habille de couleurs, au pinceau au couteau, des clichés en noir et blanc de Patrick Martineau. Le parfum et les couleurs du jazz.

21h, la musique a gagné sur les intempéries, le concert débute à l’heure avec les lyonnais de Equinox trio dans le beau théâtre de verdure de Mollans-sur Ouvèze. La pianiste et chanteuse Elodie Mam’s est accompagnée de Noé Desmares à la basse électrique et du batteur Sabri Belaïd. Un jazz soul vocal où l’on découvre un bassiste inspiré dans les parties instrumentales.


Quelques derniers réglages, après des balances perturbées par l’orage, la harpiste suisse entre sur scène avec son quartet. Leo Fumagalli est saxophone, Manu Hagmann à la contrebasse et Clemens Kuratle à la batterie. Un habillage de lumière conçu, par Sophie Le Meillour, va consécutivement nous emmener dans des profondeurs abyssales, des mycéliums aliens ou des cieux réinventés. Des sons éthérés, des ambiances oniriques pour une musique qui nous fait voyager et réfléchir. La voix samplée de Greta Thunberg dans « Fridays of Hope » nous rappelle l’état désastreux du monde où l’on vit. Les vibrations de cordes de la harpe parfois modifiées par les pédales d’effets répondent aux phrases envoutantes du saxophone ténor. Du jazz à la fois exigeant et accessible en milieu rural, dans un lieu enchanteur, les organisateurs ont réussi leur pari, leur mission.




Jeudi 14/08 :
Changement de lieu, nous voici au théâtre de verdure de La Palun à Buis-les-Baronnies, pour le concert du trio Saiyuki Trio, entre occident et Extrême-Orient. Mieko Miyazaki et son magnifique Koto (harpe japonaise jouée à plat) , Nguyên Lê. à la guitare et Prabhu Edouard aux tablas. Des mélopées savantes, lyriques, parfois mélancoliques, souvent enjouées et ludiques pour nous raconter des contes et les légendes venus de leur pays respectif. « Magic constant », nous dit que la musique est aussi mathématique ? Puis « vent d’automne » une comptine que la maman du guitariste chantait, ce soir avec la voix de Mieko. Elle nous raconte ensuite l’histoire de la création du Japon par un couple de dieux ; tout d’abord câline, la voix enfle doucement pour finir en une montée orgasmique soutenue par une guitare psychédélique et des percussions endiablées. Autre légende, l’histoire de Vishnou et Ganesh magnifiée en un rap hindouiste singulier. Le jazz se moque des frontières géographiques, les musiciens sont des troubadours qui colportent les musiques qu’ils ont croisés. Les harmonies fusionnent, les rythmes s’entremêlent et les spectateurs s’enthousiasment. Une aventure, une expérience musicale qui se prolonge après le rappel où nous pouvons admirer de plus près ces instruments aussi beaux que rares, même la guitare de Nguyên Lê intrigue sans sa tête de manche.






Vendredi 15 :
On découvre le projet Solaxis, conçu et composé par Lisa Cat-Berro. Cinq femmes saxophonistes, du baryton de Céline Bonacina au soprano de Camille Maussion en passant par les deux altos de Géraldine Laurent et Lisa elle-même et le ténor de Sophie Alour. Les cinq musiciennes, que l’on connaît bien dans leurs projets respectifs, sont ici propulsées par Timothée Robert (du groupe Sarab, entre autres) à la basse électrique et Guillaume Lantonnet, le batteur de l’Orchestre tout puissant Marcel Duchamp. Un grand souffle traverse le théâtre de verdure. Les saxophones chantent en chœur, en canon ou en duo, ils rugissent dans des unissons vibrants au gré des compositions de la leadeuse. Le jeu des souffles et des timbres, on pense à Frank Zappa qui adorait arranger et faire sonner les cuivres et aussi bousculer les codes. En bonne cheffe de bande, Lisa Cat-Berro donne la parole et offre à ses musiciens des moments d’improvisations dans lesquels chacun d’eux s’engouffre avec délectation pour le plus grand plaisir des spectateurs. En rappel, la reprise de « Bird’s Lament » signée de Moondog, fait le lien entre passé et présent.
Solaxis est solaire et groovy, élégant et ciselé, audacieux et atypique. On attend déjà de recroiser sa route.
Jacques Lerognon














