Le 16/07/2024, dans le cadre des Grimaldines, au Château de Grimaud (83).
En entrant dans le village de Grimaud en début de soirée, l’ambiance semble calme mais je sens étrangement une électricité statique dans l’air prête à se décharger et à déborder émotionnellement mon âme avide de chaleur et de rythme. Au loin, j’entends un rythme afro-brésilien dont la ferveur semble se rapprocher. Je me lance à sa recherche, arpentant les magnifiques ruelles tortueuses de ce village que je n’avais jamais perçu de la sorte. Ça y est j’y suis ! Les percussionnistes grimpent vers le château ou va se dérouler le concert suivis par une foule bigarrée dont les membres les plus “africanisés” commencent à esquisser de timides mais prometteurs pas de danse. Arrivés sur le site des Grimaldines, un amphithéâtre naturel, végétal et minéral à la fois, qui semble être un écrin parfait pour ce qui va arriver, l’espace est déjà empli des vibrations spirituelles d’un public impatient. Placé évidemment devant la scène, je sais que je vais pouvoir approcher la diva que j’attends de manière bien plus intime que ceux qui la croisent dans les plus grands festivals du monde. Je pèse exactement la chance que j’ai de me trouver là. Je ne sais pas vraiment comment évoquer un concert d’Angélique Kidjo sans être débordé par l’émotion car je ne pense pas qu’il existe une artiste qui incarne et magnifie avec tant de perfection le sens de nos existences, ici et maintenant, qui que vous soyez, où que vous soyez. Comme toutes les personnes passionnées par la diversité culturelle du monde d’aujourd’hui et les passionnantes rencontres qu’il permet, Angélique Kidjo a, dès son plus jeune âge, investi sa culture africaine dans un voyage de création musicale. Elle réussit un magnifique et unique trait d’union entre l’ancestralité et l’avenir de l’humanité. Comme personne d’autre, Angélique reprend le flambeau de la Diva Sud-Africaine Myriam Makeba dans son rôle d’ambassadrice culturelle africaine mais aussi de déesse prophétique de ce que sera notre futur sur terre. Mme Kidjo, incontestée Mama Africa d’aujourd’hui, parcourt le monde des grands de la world music sans jamais en oublier les petits qui ont fait d’elle ce qu’elle est devenue, ces racines fortes qu’elle se délecte souvent de raconter.
Angélique nous éclaire de sa divine personnalité, accompagnée en petit comité de musiciens antillais, ce combo aux couleurs chaloupées créoles, met en exergue la puissance de la voix d’Angélique Kidjo ainsi que le génie de ses compositions. Elle a su connecter les rythmes Fon et Yoruba Béninois de ses racines à l’énergie et au style moderne, sophistiqué et international de l’électro New Yorkaise en colorant toujours sa musique d’un sens de la mélodie et de sons Afro-Cubains. Nous avons dansé comme si notre vie allait demain s’arrêter puis basculé dans l’émotion quand Mama Africa s’est adressée à nous avec ses phrases simples, sa pertinence limpide et son engagement sans équivoque dans l’amour de son prochain. Son humour qui sait être impliquant et léger en même temps, est un outil d’ouverture au dialogue entre humains. Féministe, multiculturelle, écologiste, tolérante et passionnée de diversité, elle est avant tout joyeuse, profondément joyeuse, elle emporte l’ensemble de son public dans une transe du corps et de l’esprit enfin réunis. Ainsi elle sait susciter en nous une nouvelle conscience corporelle et nous propulser hors de notre zone de confort pour nous offrir de nouvelles perspectives de construction individuelles et sociétales. Il en est ainsi de certains artistes pour qui la musique n’est que prolongement de leur personne, une sincérité intègre qui mêlée au travail et à l’expérience font que l’échange avec le public se tisse au-delà de la musique, comme si les âmes étaient directement connectées. Aisance et performance ne font naturellement plus qu’un, ainsi la musique qui n’appartient plus seulement à l’artiste qui la diffuse devient un bien commun dont nous allons ensemble profiter. On se retrouve à chaque fois avec Angélique comme avec un ami de toujours avec lequel les années ou les décennies de séparation ne font rien à l’entente profonde qui nous unit, vous savez ceux avec lesquels on se sent bien sans rien demander d’autre que leur simple présence.
Les Grimaldines, ce délicieux festival que je me reproche depuis de n’avoir pas découvert avant, nous a offert plus qu’un présent mais une raison de vivre pour ce qui est le plus précieux pour nous. Le silence profond qui évoquait presque un recueillement quand le public quittait les lieux me laisse penser que je n’étais pas le seul dans cet état d’équilibre parfait que nombre de philosophes ont cherché à décrire ou à expliquer, merci à Angélique de nous l’avoir fait vivre, ce qui le plus important. Je ne sais pas si les Grimaldines réalisent ce qu’elles ont rendu possible, peut être que ce modeste texte les y aidera, j’en serai déjà fier.
Emmanuel Truchet










