Découvrez le compte rendu du concert de Justina Lee-Brown à Sainte-Maxime
Le 16/10/2026 au Carré – Sainte-Maxime (83).
Le Nigéria est le pays le plus peuplé d’Afrique, depuis les années 60 de grands musiciens emblématiques portent le rayonnement culturel du pays dans le monde. Comment ne pas évoquer Fela Kuti qui a symbolisé les révolutions africaines des années 60 ou plus près de nous Keziah Jones, très présent en France. C’est aussi le pays des contrastes avec des universités prestigieuses, une industrie prospère et un cinéma vivant très présent sur le continent, mais le Nigéria c’est aussi la violence des gangs qui gangrène l’ensemble de la société, des infrastructures en pointillés et une pauvreté endémique peuplée de destin tragiques. Il y a parfois des artistes que vous découvrez et qui dans l’instant vous magnétisent, c’est le cas de Justina Lee Brown. Tout au cours de la soirée, elle nous a retourné le corps et le cœur pour laisser une trace qui restera à vie gravée en nous. Je suis persuadé qu’une majorité d’entre nous ne l’oubliera plus.
Ce qui nous marque au premier abord c’est sa voix incroyable de versatilité et de profondeur, sa présence sur scène étonnante et les tonnes d’émotions qu’elle a partagé avec nous sur sa musique funk, soul et blues avec des touches d’Afrique pour épicer le tout. Sous les feux de la rampe, voilà cette femme qui s’apprête à déplacer nos repères émotionnels et artistiques présente en face de nous. On se demande où elle trouve sa voix et sa prestance mais au cours de la soirée elle égrène ses souvenirs, explique avec beaucoup de franchise, de caractère et de pudeur son parcours de vie. Progressivement on apprend à la comprendre, on se met à la ressentir, à sentir vivre en nous toutes les blessures qu’elle partage en utilisant sa voix pour tisser un lien qui nous relie progressivement à elle avec cette tension viscérale unique dont elle sait faire un art. Elle est si impliquée qu’elle finit certaines chansons, totalement épuisée, à bout nerveusement et physiquement. J’avais rarement vu ça, une implication intégrale qui nous a laissé sans voix comme si elle avait aspiré les nôtres pour les faire sienne.
Justina Lee Brown est une gamine des rues de Lagos, une enfance où chaque jour se passe sur le fil d’une survie précaire, elle est élevée par sa mère avec laquelle elle vit sans toit. Kidnappée à 6 ans pour devenir esclave sexuelle. Elle n’osera parler à sa mère des sévices qu’elle a subis, que bien des années plus tard, craignant que celle qui la porte à bouts de bras sombre de chagrin, portant en elle ce fardeau jusqu’à l’âge adulte. Elle s’est accrochée au chant pour survivre, pour tenter chaque jour de trouver la force de mettre un pied devant l’autre. L’amour l’amène en Europe où elle vit la maladie mentale de son compagnon, restant à ses côtés pour élever leur enfant et tenter de ne pas le laisser sombrer, découvrant une pathologie dévastatrice que la culture africaine refuse souvent de voir en face.
Ce fût vraiment une découverte, elle nous a tout simplement retourné le cœur en nous imprégnant bien au-delà de ce que la musique peut normalement accomplir. Sans son super groupe la soirée n’aurait pas été la même, d’excellents musiciens suisses dont deux sont sud-américains d’origine. Tout au long du show on sent le lien qui les unit à Justina, eux, heureux de trouver une telle chanteuse pour mettre en scène leur talent et elle épanouie d’avoir trouvé une équipe autour d’elle pour faire vivre le rêve qui lui a sauvé la vie. Que dire de plus ? Qu’elle a fait lever le public à la 4ème mesure ? Qu’on ne l’oubliera plus jamais ? Que je n’aurais jamais pu vivre cela et sans ma présence ce soir-là à ce concert exceptionnel. Un grand merci ne suffira évidemment pas à exprimer ma gratitude à tous ceux qui de près ou de loin ont pu rendre ce miracle possible.
Emmanuel Truchet
#NouvelleVagueLiveReport










