AFU-RA: Urban Chemistry

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ALBUM Afu Ra Urban Chemistry

(X-ray Production) 

Quand on parle de black music, les New-Yorkais ont toujours un style bien à eux, un mélange de groove puissant mais distingué, une sophistication tout en nuance mais guidée par la street culture jamais engoncée ou bourgeoise, une musicalité délicate qu’on reconnaît toujours comme racine de nombreuses tendances qui se répandent géographiquement et qui finissent par infiltrer la créativité d’artistes de tous horizons. Le hip hop new-yorkais est à la base de toute l’histoire du mouvement qui a conquis les oreilles et l’imaginaire de notre planète dans son intégralité. 

Quand le jamaïcain Cool Herc déballe ses platines à Brooklyn, le destin du monde musical bascule. Il va écrire les premières pages du roman de cette musique urbaine qui prend ses distances avec le reggae des campagnes de son île. La blessure historique de la déportation de millions d’africains va nourrir l’inspiration et l’unité de ces deux mouvements désormais distincts. Nos références vont toutes être bousculées par l’énergie des B-Boys and B-Girls du ghetto et leurs danses frénétiques. 

Africain, non violent, musical, multiculturel, textuellement élevé, moralement engagé et intelligent socialement, le hip hop des rues de NYC crée et entretient sa propre école indépendante de musique. Afu-Ra est un enfant de Brooklyn ; c’est un artiste intéressant à plus d’un titre car il mixe les références contemporaines ou fondatrices et sait réécrire l’histoire en rassemblant voies urbaines et rurales du peuple noir d’afro-descendants et de tous leurs sympathisants dont je fais intégralement partie. 

Il n’est pas un slamer qui pose ses rimes mais un véritable musicien, cet album « Urban Chemistry » pousse le curseur de la mixité sur sa position maxi. En fait, je n’ai jamais rien vu ni écouté quelque chose d’aussi ouvert dans l’univers du hip hop. Cet album rassemble une horde de talents que je n’avais jamais vu rassemblée en rang si serré. Il synthétise la quasi-intégralité de mon univers musical personnel. Il manque seulement pour moi des connexions vers les univers africains et brésiliens du hip hop. J’ignore l’histoire de ce bijou, mais à l’écoute, je suis juste choqué par l’extrême musicalité qui préserve l’énergie percutante du hip hop. 

Ici, le rythme des consonnes s’amuse avec la mélodie des chaines de syllabes en anglais, français ou espagnol, chaque partie s’intégrant à un tout foisonnant une sorte de synthèse de cent ans de Black Music : incroyable ! On est aussi saisi par le train d’artistes qui ont suivi Afu-Ra dans sa quête d’universalité : on retrouve Tairo, LMK, Lyricson et Keny Arkana et même le vétéran Lord Kossity pour la France, et même la légende vivante Sizzla, le versatile Jah Mason ou le king of ragga, Skara Mucci pour la chaleur jamaïcaine … bien d’autres, principalement américains, dont je ne connais pas le nom mais reconnais le talent. 

Cet album éclaire tout mon univers musical, réveille mon corps et l’appelle à la danse tandis que mon esprit navigue dans mes souvenirs de mon voyage sans fin en peau et en âme noire. Je n’ai pas aimé Urban Chemistry, je l’ai vécu, il s’est infiltré en moi, a mis mes sens en éveil et réalisé l’unité de mes univers de vie. Je cesse maintenant, je pense que vous m’avez compris.

Emmanuel Truchet

 

 

 

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Je suis né sur la fin des années 60, ça veut dire beaucoup au niveau de l’horizon imaginaire et artistique. Pour des raisons que j’ignore j’ai toujours porté une part de négritude en moi et ma vie se construit entre influences culturelles méditerranéennes et africaines. Après avoir organisé de nombreux concerts, je travaille pour nouvelle vague depuis 2000 et aussi en tant que tour manager et conseiller artistique pour des groupes de Reggae du Sud Brésil (Djambi de Curitiba – PR et Afrodizia d’Itanhaèm - SP) depuis 2001. Notre dernier projet un album concept sur le thème de la paix avec 25 musiciens de 17 pays ! Mon histoire me porte vers toute sorte de Black Music avec une forte préférence pour le Reggae car des artistes qui parlent de retour à l’Afrique pour se construire autour d’autres valeurs moins matérialistes ça me parle forcément !

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