EKLOZ

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Signée sur le sous-label Under, de Chinese Man Records, Ekloz est une jeune et talentueuse rappeuse marseillaise. Nous avons pu discuter avec l’artiste, qui porte un regard sincère et lucide sur le milieu du rap, sa carrière et ses récentes expériences. 

Quels sont vos premiers souvenirs avec le rap, le chant ? 

Mes premiers souvenirs : j’ai 16 ans, et ça freestyle de partout dans mon environnement. Toutefois, je me suis rappelée qu’en réalité, au collège occitan, on avait fait une initiation au rap et que j’avais commencé à écrire des textes vers 12 ans. Dès petite, j’écrivais déjà des poèmes. 

Que vous apporte le fait de vous livrer, de parler de vous à travers vos textes ? 

Quand j’ai commencé, le rap a été un vrai exutoire, sans que je le comprenne. Jusqu’à aujourd’hui, ça m’a portée jusqu’à la vie d’adulte. 

Est-ce que ça a un rapport avec votre nom, Ekloz ? 

Pas du tout ! L’histoire du blaze est nulle ! (rires). Quand j’ai commencé à graffer et à rapper, j’avais envie que dans mon blaze, il y ait des sonorités de mon vrai prénom, Héloïse. C’est ma meilleure amie qui l’a trouvé. Finalement, ça fait un peu comme un prénom, j’aime bien, je ne l’ai pas vraiment choisi. C’est juste moi. 

Vous mêlez largement une électro brutale à un rap souvent sombre. Quelle vision avez-vous de votre musique ?

C’est une bonne question… Je crois que je m’accroche au fait que ma musique ressemble à un humain dans toute sa complexité. Il faut que ce soit lisible et accessible, mais depuis le début, je me bats un peu contre les “cases”. C’est un peu long mais je m’accroche au fait qu’on ait pas besoin de se définir trop précisément, qu’on puisse être une palette de choses. 

En début d’année, vous avez sorti un album de 12 titres “Dix mille heures”. Comment s’est déroulé le processus d’écriture et de mise en musique de cet opus ? 

Ça s’est fait en plusieurs temps. À la base, il s’agissait d’un 8 titres. Quelques textes sont restés mais cette première version était faite dans l’urgence de ressortir un projet, nécessité qui n’émanait pas de moi, d’ailleurs. Pas mal de textes ont été “expulsées”, du coup. On a ensuite passé une semaine avec mon ingé son enfermés en studio pour construire les titres. J’ai écrit cet album quand j’attendais de partir pour le tournage de “Nouvelle École”, dont le début a pris énormément de retard. Après le tournage et en me posant à nouveau dessus, j’ai réalisé que ce n’était pas ce à quoi je voulais prétendre musicalement, même si j’étais fière du résultat. Je me suis remise à l’écriture et on a fait un séminaire, avec mon équipe, pour repartir à zéro et écrire 17 morceaux en une semaine de travail intensif. Cette nouvelle version de l’album est donc un mélange de tout ça. 

Comment fait-on pour produire autant de morceaux si rapidement ? 

On a une équipe de 10 tueurs, on ne dort pas, c’est ça l’énergie de séminaires : une capsule inédite assez galvanisante qu’on ne peut pas s’autoriser tout le temps. On réfléchit à tout ensemble et la force du groupe fait que les choses avancent très vite, là où moi j’aurais pu douter ou bloquer des semaines. 

Le titre : “Dix mille heures”, ça représente ça, cette quantité d’heures de boulot intensif ? 

Ça part de la théorie de Gladwell, qui explique qu’il faut 10 000 heures de travail dans un domaine pour atteindre un niveau expert. Ça m’a trotté dans la tête pendant longtemps et quand j’ai fait les 8 premiers titres, l’urgence et l’attente ont mis ma vie en standby et l’ont déstabilisée. J’avais l’impression de passer ma vie à bosser, il y avait ce désir d’y aller. 

Dans le titre “Gig”, vous dites que “les anciens sont pleins de mauvais conseils”, en parlant d’Oxmo Puccino. Un clin d’œil à votre participation à “Nouvelle École” ? 

Petit, oui (rires). Une petite punchline, j’aurais pu en écrire beaucoup plus que ça, mais j’ai écrit avec mon ressenti, avant la sortie de l’émission. Il y a toute une scène où je ne suis pas du tout d’accord avec ce qu’on me dit, et le montage met en avant mon insolence et mon refus de me prêter au jeu. En vérité, je trouve cette punchline honnête et de bonne guerre. Quand le morceau est sorti, juste après l’émission, ça a mis le feu aux poudres, tout un tas de gens se sont indignés sur les réseaux. Le rap, quoi… Le rap quand t’es une meuf. J’en suis assez fière et je l’assume, au final, même si, au départ, je ne voulais pas en parler dans mes textes et que c’est encore une fois la force du collectif qui m’a convaincue, pendant le séminaire. 

Quelle est votre vision du milieu du rap et de son évolution, et plus largement de l’industrie musicale, de nos jours et en tant qu’artiste féminine ? 

Ma vision a énormément évolué. Il y a dix ans, on était pas stylées, nous, les femmes. Aujourd’hui, il y a plusieurs paramètres qui font que certaines choses sont de nouveau bien vues, comme le fait d’être antifa ou politisé dans tes morceaux. On a de la place aujourd’hui, et il y a un public en demande. En tant qu’artiste, je peux te citer facilement 20 rappeuses françaises, chose qui aurait été difficile il y a 10 ans. Aussi, il y a aujourd’hui une grande diversité dans le rap, là où avant il fallait être une Diam’s ou une Shay. Moi, je suis rappeuse, alternative, en termes d’industrie la case est encore un peu compliquée, mais peut-être qu’on criera au génie quand ça marchera : il y a deux ans, personne ou presque ne calculait Théodora… Il y a aussi une diversité du public : un pan “éduqué”, et tout un pan de haters qui apparaissent dès qu’une vidéo sort sur les réseaux. Le très grand public reste compliqué. 

Ces derniers mois, votre carrière a beaucoup évolué. Comment vivez-vous cette période ? 

Je ne sais pas… On sort du format de l’émission, et on peut comparer de ce fait l’évolution entre les candidats. Je m’efforce de ne pas le faire, mais c’est parfois difficile. C’est particulier car les chiffres que je fais aujourd’hui sont ceux dont je rêvais il y a 2 mois, 6 mois, 2 ans… mais en même temps c’est très peu par rapport au ratio et à l’effort que ça m’a coûté d’aller à “Nouvelle École”. Je sens que les gens de l’extérieur voient l’évolution, mais moi je sens qu’il y a un énorme plafond de verre. Je ne suis plus une artiste émergente mais une artiste en développement ++, je n’ai pas percé et je commence à me dire que si il n’y a pas un hit ou un morceau qui pète le truc, mon “Kongolese sous BBL” à moi, ça va être compliqué par la suite. Là, ça va, ça évolue, mais on a du mal à remplir la tournée et mon retour au réel est un peu dur, car je vois que les abonnements ne se convertissent pas en public de concert. Je n’ai pas envie de devenir la veille artiste en développement, et d’avoir tué 15 ans de ma vie à essayer de percer. C’est dark, mais je suis là-dedans. Vivre de la musique, c’est possible, je suis en croisade depuis toujours, pour parler de la réalité d’être artiste. Depuis “Nouvelle École”, ça se joue beaucoup plus derrière les écrans. C’est comme si j’avais besoin de moins de force qu’avant, aux yeux des gens. À marseille, on a fait une soirée d’écoute gratuite de l’album, et on a fait 20 personnes. Je ne comprends pas comment je peux sold-out un Makeda de 200 personnes en 2023 et faire si peu à 18h un samedi aujourd’hui. 

Sur scène, comment vivez-vous la rencontre avec de nouveaux publics ? 

Trop bien. J’ai fait énormément de concerts depuis le début de ma carrière. Comme ma musique est assez éclectique, je me suis retrouvée devant des publics très différents. On a pas mal resserré le live, qui présente le panel intégral de ce que je peux faire. Le fait d’avoir un public qui sait ce qu’il vient voir, ça change complètement l’énergie. Avant, j’avais le sentiment de devoir convaincre, et maintenant, le public chante mes chansons, je n’ai plus besoin de quadriller pour plaire. 

Vous envisagez la scène comme quelque chose d’important, dans votre art. Comment travaillez-vous pour préparer vos concerts ?

J’aime le mot spectacle, j’en suis amoureuse depuis l’enfance. Je crois que c’est la première fois que j’en ai un vrai : c’est trop cool, mais on fait évidemment avec les moyens du bord. Sur scène, ça fait 10 ans que j’ai la même équipe. Si, demain, on doit improviser quelque chose, on y arrivera. On a bossé, et j’arrive désormais à dépasser certains blocages que j’avais sur scène, selon les dates. L’émission m’a aidée, on a tellement cassé mon image que je suis persuadée que c’est justement en étant moi que je creuse dans les faiblesses. Je les pose sur scène, et le live est construit là dessus, en confrontation avec le côté brut de la techno. C’est le concert le plus honnête que j’ai présenté de ma vie. On essaye de réunifier Ekloz et Héloise. 

Lucie Ponthieux Bertram

Le 19/11/2026 à L’Absolem – Marseille (13) et le 23/01/2027, dans le cadre du festival Hip-Hop Convict, à Châteauvallon – Ollioules (83).

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