Le 30/04/25 au Théâtre Francis Gag – Nice (06).
NIMFA : une odyssée sonore au cœur de l’expérimental
Dans le cadre du NIMFA (Nice International Music Festival and Academy), le théâtre a accueilli quatre pièces singulières pour une véritable odyssée musicale, déroutante et captivante. Quatre d’entre elles, fraîchement composées, étaient interprétées par le Spectro Duo, un tandem norvégien de multi-instrumentistes aux multiples casquettes : musiciens, performeurs, acteurs de leur propre partition.
Chaque œuvre proposait une exploration atypique du rapport entre geste et son, brouillant les frontières entre musique, performance et théâtre sensoriel. La première pièce, signée Gaël Navard, s’ouvre sur un chaos sonore intrigant : deux synthétiseurs électroniques y mêlent sons industriels, bâtons de pluie, cloches, bruit blanc et interférences. Dans un deuxième temps, Escape, d’Anna Sowa exprime une tension sourde, traverse l’ensemble, comme une urgence sous-jacente, marquée par des respirations haletantes, des frottements nerveux, des tocs obsessionnels — évoquant par moments l’atmosphère d’un film d’horreur. Avec Vierhändig, pour ce troisième volet, signée Inga Margrete Aas, le rapport de proximité entre les deux interprètes s’intensifie. La pièce, tout en finesse, joue sur la synchronicité des mouvements








Dans un geste performatif aussi étrange que poétique, le duo utilise un archet électronique sur une guitare pendant qu’il peint simultanément à l’encre noire, au moyen de pinceaux fixés aux extrémités d’une tige métallique, dans une projection visuelle. Les formes qui en émergent, chaotiques et enfantines, semblent répondre aux sons, dans une tentative de traduction graphique de l’aléatoire sonore. Enfin, NoirSilence, d’Hanna Mesgari, vient clore la soirée sur une note théâtrale plus introspective. Composée dans le cadre de l’académie Horizon Étendu, sous la direction de Pierre Jodlowsky, cette œuvre pour un·e comédien·ne et dispositif électronique explore les silences d’un monologue fragmenté.
L’ensemble de la performance repose sur cinq règles fondatrices, comme un manifeste de leur pratique : « Nous lisons des partitions. Nous improvisons. Nous sommes des virtuoses. Nous sommes une entité artistique. Nous chérissons la liberté ». Un moment suspendu où l’oreille et l’œil sont constamment sollicités, dans un dialogue ininterrompu entre abstraction visuelle et expérimentation musicale.
Un festival en renaissance
Le NIMFA, dans la lignée du mythique Festival MANCA (1978–2022), fait peau neuve et inscrit la ville de Nice dans une nouvelle dynamique artistique, tournée vers la création contemporaine. Ce nouveau festival propose une programmation interdisciplinaire mêlant œuvres musicales, performances, master classes et concerts pédagogiques, dirigés par des artistes niçois et internationaux.
Une attention particulière est portée à la transmission : à travers des initiatives innovantes, le NIMFA sensibilise les jeunes générations aux langages sonores d’aujourd’hui et aux nouvelles technologies musicales. Une première édition prometteuse qui place l’expérimentation au cœur de la scène.
Aurélie Kula
Crédit photo : Jacques Lerognon









