TEXAS 

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Zoom Texas

Dès leur premier album « Southside » en 1989, le succès international est au rendez-vous pour les Glasgowiens de Texas, mais c’était sans imaginer le raz-de-marée de « White On Blonde » en 1997. Véritable machine à hits, ils totalisent à ce jour plus de 40 millions de disques vendus. Entretien avec la chanteuse Sharleen Spiteri à l’occasion de leur dixième album studio sobrement intitulé « Hi ». 

Étiez-vous assez ambitieuse aux débuts de Texas pour penser que vous seriez toujours là 30 ans plus tard ? 

Je pense que j’ai toujours été ambitieuse. Tout le monde ne réussit pas à avoir du succès dès son premier album. La chance y est aussi pour beaucoup mais il faut être assez ambitieuse pour décrocher un contrat et tout ça. Quand vous êtes si jeune et que quelqu’un vous dit: « Pensez-vous que vous ferez encore cela dans 10 ans ? », sans même parler de 30 ans, cela semble être une vie entière ! Si on m’avait dit ça à l’époque, j’aurais répondu: « Dans 35 ans ? Mais je serai morte ! » Le sens du temps est très différent quand on est jeune. 35 ans semble si long, parce que je n’avais pas moi-même encore 35 ans à ce moment-là. Ça semble plus long que le temps qu’on a passé sur cette planète. Alors oui, tu n’y penses pas. On a une attitude envers le temps très différente quand on est jeune par rapport à quand on est plus âgé. 

Dans l’histoire du groupe, vous avez toujours co-composé avec Johnny McElhone, pourriez-vous décrire votre processus ? Une manière typique de composer ensemble ? Un procédé qui aurait changé au fil des ans ? 

Non, jamais. Il n’y a jamais eu de façon particulière de le faire. Et pour être honnête, je ne questionne jamais vraiment ce processus. Parce que je ne veux pas vraiment savoir comment on fait. Il n’y a que certaines choses que nous faisons sciemment. Personnellement, j’utilise toujours un nouveau cahier et je le marque toujours d’un numéro correspondant à l’album. C’est mon seul petit truc à moi. Mais nous ne commençons à aucun endroit particulier. Normalement, quand on n’écrit pas, on entend ou on pense à quelque chose, alors on prend des notes, on enregistre vite fait des trucs sur son téléphone, donc, on a toujours de quoi faire des chansons. En tant que compositeur, on collectionne toujours des idées, beaucoup de petites pépites, de petites bribes. Et puis ce qui arrive souvent, c’est que l’on commence à travailler sur quelque chose et qu’on y amène la pièce manquante au puzzle, ou ce sera le début du puzzle et on peut assembler les morceaux entre eux. Alors oui, on collectionne des trucs tout le temps. 

En 2008 et 2010, vous avez sorti deux albums solo assez différents pendant que Texas était en pause, c’est bien ce qui s’est passé ? 

En fait, il y avait de nombreuses raisons différentes, mais c’était avec la bénédiction de Texas. Ce n’est pas moi qui ai soudainement décidé que j’allais faire une carrière solo. Il y avait bien une ou deux chansons de Texas que Johnny n’a pas écrites avec moi mais ce n’était pas pour autant que nous étions en pause. J’ai dû quitter le père de ma fille et il me fallait faire un disque très féminin. Pour moi, mentalement et physiquement, je devais faire un disque qui était émotionnellement un disque que j’avais besoin de faire qui ne serait pas un disque de Texas (« Melody » en 2008). C’était simplement la raison pour laquelle ce disque a été fait. Et puis, il y a eu l’opportunité de faire cet album de chansons de films (« The Movie Songbook » en 2010), et je me suis dit « Oh mon Dieu, oui ! ». C’était avec un big band et j’étais avec Al Schmitt et Phil Ramone et ce n’allait pas être un disque de Texas. Et j’ai dit aux gars: « Oh mon Dieu, s’il vous plait, je veux vraiment faire ce disque ! Je veux vraiment avoir mon big band ! » Et ils m’ont dit oui ! Et Johnny était avec moi, bien sûr, quand j’ai fait cet album aussi. 

Parlez-nous de ce nouvel album, « Hi ». Il est rapporté qu’il s’agit d’inédits issus de l’époque de votre album « White On Blonde » (1997). 

Ce n’est pas le cas ! Il y a eu un problème de traduction de notre biographie originale et tout le monde la reprend. En fait, ce qu’il s’est passé, c’est qu’à l’origine, on travaillait sur un disque anniversaire pour célébrer les 25 ans de notre album « White On Blonde » et les 30 ans de « Southside », on a donc dû se rendre dans les coffres d’Universal pour y chercher des inédits. On voulait des versions alternatives de nos chansons à succès et des trucs comme ça. Une fois sur place, on y a trouvé trois chansons inachevées et on s’est dit: « Ah mais oui ! Tu te rappelles de celle-là ? Elle était vraiment bien. » Et l’une d’entre elles était en fait le début de « Mr. Haze » [leur dernier single en date – ndlr.]. Elle ne s’appelait pas encore comme ça. Puis, en gros, ce que nous avons fait, c’est que nous avons pris ces trois bouts de morceaux de musique qu’on avait, ces débuts de chansons, et on s’est dit qu’on devrait les terminer maintenant pour qu’ils finissent sur ce fameux disque anniversaire, Mais ce qui s’est passé, c’est que lorsque nous avons commencé à travailler dessus, nous avons commencé à écrire de plus en plus de chansons, et on s’est dit: « On ne va pas faire ça, faisons plutôt un tout nouvel album ». Donc oui, j’ai beau le répéter à tout le monde: cet album est complètement nouveau ! 

Vous avez des inédits d’autres sessions que vous aimeriez également revisiter ? 

Nous n’en avons pas trouvé ! Peut-être que nous en trouverons et qui sait ! Mais c’était un peu drôle parce qu’en quelque sorte, on s’est inspirés de nous-mêmes. C’est à peu près ce qui s’est passé. 

Vous aviez déjà sorti le single « Say What You Want » avec Wu-Tang Clan en 1998 et vous avez sorti une nouvelle chanson avec eux l’année dernière qui s’appelle « Hi ». Y a-t-il une raison spécifique pour laquelle vous avez choisi de nommer l’album d’après ce morceau ? 

En fait, Johnny et moi avons écrit la chanson « Hi » avant de le donner au Wu-Tang Clan, puis à la fin du tournage d’un documentaire, RZA et moi avons discuté et il m’a dit qu’on devrait refaire un morceau ensemble. On avait « Hi » et on leur a dit: « On a le morceau idéal pour vous, les gars », elle a ce truc un peu hors-la-loi qui correspond à ma vision du Wu-Tang Clan. On leur a dit: « On va vous envoyer ce morceau parce qu’on pense qu’elle est parfaite pour vous ». Et c’est ce qui s’est passé. Quant à pourquoi on a nommé l’album « Hi », en fait, sur chaque album, il y a toujours une chanson qui donne son nom à l’album. Et si on a appelé celui-ci « Hi [Salut] », c’était juste une façon de dire « Hé, on est de retour ! » « Re-bonjour ! » Donc, à la base, c’était ça l’idée. C’était aussi « On va vous emmener ailleurs, en hauteur, ‘high on life’ « , c’était toutes ces choses. Et nous avons senti que c’était le bon feeling, le bon ton qu’on voulait fixer pour cet album. 

Vous avez donc conservé un lien fort avec Wu-Tang Clan au fil des ans ? 

Oui. Nous sommes amis et nous nous respectons mutuellement, nous apprécions la musique de chacun… 

C’est que vous devez cuisiner un super haggis… (plat traditionnel écossais) 

[rires] C’est clair ! 

C’est peut-être ce qui les fait revenir… 

Peut-être. C’est peut-être pour ça qu’on se vend bien à eux. 

C’est amusant de voir aussi Clare Grogan participer à ce nouvel album parce qu’elle faisait partie d’Altered Images (groupe à succès new wave/post punk du tout début des années 80) avec Johnny avant qu’il ne fonde Texas avec vous. Comment ça s’est fait ? 

Il y a quelques années, on a joué trois ou quatre soirs à Glasgow au kiosque à musique de Kelvingrove Park – c’est un grand festival d’été en Ecosse – et nous voulions y faire quelque chose parce que Glasgow est notre ville natale. Quelque chose de fun, comme quelque chose à célébrer. Et nous avons pensé: « Ramenons Clare sur scène pour venir chanter avec nous », et on a repris deux ou trois chansons d’Altered Images et elle de Texas, et on en a fait quelque chose de très festif. Puis elle l’a refait avec nous au Royal Albert Hall de Londres et on s’est dit que c’était vraiment bien, donc, quand nous travaillions sur cet album, Johnny m’a dit: « Tu sais ce qu’on devrait faire pour cette chanson « Look What You’ve Done [Regarde Ce Que Tu As Fait] » ? Ça marcherait bien en duo. Et avec Clare, ça servirait vraiment le morceau d’avoir deux femmes chantant: « Regarde ce que tu as fait ! Regarde ce que tu as fait ! » parce que cela donne une perspective différente. Et nos voix fonctionnent bien ensemble, donc c’est comme ça qu’on a fait. Et nous en sommes vraiment, vraiment, vraiment satisfaits. Mais il y a aussi une autre version de la chanson faite par Mike Chapman qui avait pas mal travaillé avec Blondie, dont « Heart Of Glass », et qui avait également enregistré deux albums d’Altered Images. Et cette version sortira en édition spéciale. 

Pensez-vous que la pandémie mondiale a été plutôt bénéfique ou préjudiciable à la réalisation de cet album ? 

La plupart de l’album a été fait avant. il y a eu trois nouvelles chansons écrites pendant le confinement. Deux d’entre elles ont fini sur l’album mais il était en fait censé sortir l’année dernière et il s’est passé beaucoup de choses. Ma mère est décédée la semaine avant le confinement et j’étais très braquée contre la sortie d’un disque. Et j’ai dit non. Voilà ce qui s’est passé. 

Vous avez toujours été au premier plan de la communication visuelle pour le groupe. Personne n’a partagé la couverture avec vous depuis Ricks Road en 1993. Une fois de plus, vous êtes seule en couverture sur « Hi ». Pourquoi les autres membres choisissent-ils de rester cachés ? 

C’est parce que je suis plus belle qu’eux tous réunis, c’est ça la raison… Nan, ça se passe juste comme ça. Pour être honnête, pas facile d’obtenir une photo de deux personnes, sans même parler de cinq personnes ensemble où tout le monde présente bien… Et si on remarque, nous avons toujours mis une photo du groupe, mais pour la couverture, normalement, c’est toujours moi. Je serais tout à fait heureuse si je n’étais plus jamais sur une autre couverture, ça ne me dérangerait pas du tout, mais pour les gens, je suis le visage de Texas donc ça fonctionne bien comme ça. Mais nous avons gardé tous les visuels, ils sont sur mon Instagram. Nous n’avons pas fait des tonnes de photos, on en a glissé une ou deux réussies dans l’album. C’était plutôt une question de couleur et du message de « Hi ». 

Faites-vous des projets de tournée ? 

Oui. Nous sommes en pourparlers pour des petits trucs cette année mais la tournée est reportée à l’année prochaine, nous commençons donc en janvier 2022 en Australie. 

Savez-vous quand vous jouerez en Europe, par hasard ? 

Oui, nous ne serons en Australie et en Nouvelle-Zélande que pour environ deux semaines, puis nous revenons directement en Angleterre pour commencer la tournée européenne. Enfin bon, on croise les doigts, parce qu’on ne sait jamais… 

Christopher Mathieu

Le 03/10/2021 à l’Aréna du Pays d’Aix – Aix-en-Provence (13).

www.texas.uk.com

 

 

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