Le groupe originaire d’Alsace, Last Train revient cette année avec un nouvel album “III”. Un opus brut qui replace le rock dans ses compositions après un projet plus cinématographique “Original motion picture soundtrack”. Un retour à un son brut qui séduit déjà le public.
Vous êtes au départ un groupe de potes, originaires d’Alsace, Last Train est votre rêve d’ados qui s’est réalisé ?
Oui, nous pouvons dire ça comme ça, mais un rêve qui se modifie avec le temps. Ce qui est certain c’est que c’est une histoire qui est partagée, collective, avec quatre musiciens qui ont appris à le devenir par le biais d’une histoire d’amitié.
Comment est venue l’idée de finalement vivre de votre passion et de faire de la musique de façon professionnelle ?
C’est un peu obscur j’imagine. Il y a plein d’adolescents qui décident de faire du sport ou d’autres activités, nous c’était la musique mais nous avons toujours été assez studieux. Nous nous retrouvions tous les mercredis après-midi. Nous essayions de composer avec les outils que nous avions entre les mains. À l’époque nous ne savions pas faire grand-chose mais nous étions ensemble et c’est ça qui comptait. Ensuite, le chemin qui finalement nous a mené à être professionnels, je crois que c’est juste cette envie de faire de la musique, cette passion de la musique et de tout ce qui l’entoure. Cela s’est fait extrêmement progressivement et sur un temps relativement long, même si nous sommes, je l’espère, encore un jeune groupe.
Vous avez commencé en 2007, il a fallu sept ans avant que vous sortiez vos premiers EP.
Nous y ressentons déjà pas mal d’inspirations, comme Kings of Leon, Arctic Monkeys, Velvet Underground, Green Day … ce sont des groupes que vous écoutiez lorsque vous étiez ados ?
Oui, nous continuons d’écouter aujourd’hui d’ailleurs. Les références sont variées, tu as cité des groupes plutôt rock, mais nous écoutons tous les styles musicaux. Nous sommes touchés par toutes les esthétiques musicales. Notre moyen d’expression est le rock, c’était notre introduction au monde musical, la guitare, la basse, la batterie, mais finalement cette formation musicale nous l’apprécions également dans des univers différents que nous ne connaissions pas il y a quelques années.
Un univers pop rock sur la plupart des morceaux, puis des gros riffs de guitares viennent pimenter le tout. Cela donne beaucoup de relief à vos titres et signe un peu votre empreinte musicale. Une volonté de varier les plaisirs ?
C’est peut être notre manière effectivement de digérer ces différentes influences, la manière dont nous aimerions écouter de la musique, mais c’est vrai que nous cherchons une certaine dynamique. Mathias Malzieu de Dionysos avait parlé de train fantôme après nous avoir vu. Nous avons bien aimé cette image, où nous pouvons nous amuser avec des moments très calmes et dans la seconde d’après être dans l’explosion, être beaucoup plus incisifs, avec des longues montées en puissances ce qui fait au fil des années la singularité de notre écriture.
Des retours très rapides et très positifs des médias et du public dès vos débuts. Comment reçoit nous cela quand nous est un jeune groupe ? Cela vous a encore plus donné confiance en vous ou cela vous a mit une pression supplémentaire ?
Ce n’est que du positif. Nous prenons cela comme on nous l’a donné. Nous sommes toujours hyper reconnaissants que les médias écoutent notre musique et nous fassent un retour. Comme pour les salles de concerts et les festivals qui nous accueillent .Et que le public avant tout écoute notre musique et prenne le temps de venir nous voir sur scène et nous suivre.
Vous avez eu aussi rapidement des reconnaissances telles que le Prix des Inouïs du Printemps de Bourges 2015, Lauréats du Fair 2016. J’imagine que cela galvanise surtout en début de carrière.
Oui, tout à fait nous avons eu beaucoup de chance à ce niveau là.
Nous allons parcourir rapidement votre discographie, il y a deux EP pour commencer, “The Holy family” en 2015 et “Fragile” en 2016, pour poser vos jalons avant de sortir un album ?
C’était un format que nous aimions bien. Nous partions du principe que nous n’avions pas de public. Nous étions un petit groupe de potes, alsaciens, sans entourage artistique, et la seule manière pour nous d’aller à la rencontre d’un public à ce moment-là ce n’était pas de sortir de la musique mais d’aller faire des concerts. Il fallait donc trouver un moyen d’avoir un support à proposer sans que ce soit notre premier album. Nous ne voulions sortir notre premier album que lorsque nous aurions assez de personnes pour l’écouter.
Beaucoup de groupes sortent le premier album après le premier EP, vous avez choisi de sortir un second EP. Pourquoi ce titre “Fragile” ? Vous vous sentiez trop fragiles pour déjà sortir votre premier album ?
C’est le nom d’une maquette que j’avais réalisé à l’époque et c’est le nom du quatrième morceau de cet EP. J’ai donné ce nom car pour moi cette démo était toute fragile. Nous avons essayé de créer cette fragilité au moment de l’enregistrement, mais pour être transparent avec toi, je préfère presque encore la démo d’origine.
Il faudrait mettre cette démo en bonus track sur le prochain album.
(rires) C’est une bonne idée ! Je la note.
En 2017, “Weathering”, premier album, très varié musicalement, avec des titre posés comme « Golden songs”, et plus rageux avec “Never seen the light”. Il y a un équilibre qui se fait entre la musicalité et l’interprétation comme nous le disait plus haut avec le train fantôme.
Oui, je pense que nous nous cherchions à ce moment-là. “Weathering” est un album qui rassemble quatre ans d‘écriture. Comme tu le disais tout à l’heure, à l’époque nous faisions beaucoup de concerts pour aller à la recherche d’un public mais aussi pour se trouver nous-même. Pour essayer de comprendre qui nous étions en tant que musiciens et compositeurs, surtout à cet âge là où nous voulions tout faire, et cela se ressent sur l’album. Il y a des enregistrements qui datent d’avant la création de l’album, que ce soit dans la production, dans l’écriture, ou de son approche. C’est une synthèse de ce que nous sommes à ce moment précis.
En 2022, « How did we get there » un titre de vingt minutes, fallait oser, mais pour l’avoir écouter entièrement il est super efficace, très cinématographique. Comment est venue cette idée un peu hors tendance ? À part des groupes comme Pink Floyd ou Led Zeppelin dans les années 70, cela ne se fait plus tellement.
Oui et ce sont des groupes qui ont vraiment été fondateurs lorsque nous avions treize ou quatorze piges, donc forcément ce sont des formats qui nous marquent et ne nous font pas peur, des formats que nous adorions écouter. Et “How did you get there”, ça correspond quand même à une période qui est très particulière pour nous au-delà de la crise sanitaire, correspond à notre prise d’indépendance, comme j’aime bien le dire. En effet, c’est la première fois que nous nous séparons de la quasi-totalité de nos partenaires. À partir de là, nous allons vraiment tout produire nous même, et quoi de plus symbolique justement que de produire la chanson la plus anti commerciale, un titre de vingt minutes, que nous avons clippé dans un court métrage, et de pas diffuser autrement que sur notre site internet. Nous voulions vraiment faire ce que nous dictait nos envies et paradoxalement c’est l’année ou nous avons fait l’Olympia, Les vieilles Charrues, les Eurokéennes, une année vraiment folle pour nous.
En 2024 vous enfoncez le clou d’un projet hors cadre, “Original motion picture soundtrack”, une musique de film pour un film qui n’existe pas. Là aussi un défi assez osé mais réussi. Le cinéma à une grande place dans votre approche de la musique.
Oui, je pense de plus en plus. Nous sommes d’une génération qui consomme beaucoup de films, et même dans les concerts nous veillons à avoir des références, dans les entrées de scènes, ou sur la scénographie. Et c’est aussi une réaction à “How did we get there” parce que nous avions l’impression que d’essayer de mêler les guitares avec un côté très rock et un côté très orchestral. Il y avait un risque de tomber dans le « pathos » et un rock symphonique, que pour le coup nous n’aimons vraiment pas. Et sur ce projet nous avons eu l’honneur de travailler avec l’orchestre national de Mulhouse.
2025, le nouvel album qui se nomme tout simplement “III”. Pourquoi un titre aussi court et aussi simple ?
C’est une sorte de clin d’œil et de guide de lecture pour ceux qui nous suivent. Comme tu l’as souligné, nous avons déjà pas mal de projets différents dans notre jeune discographie. Nous voulions juste rappeler que c’était celui de notre troisième album, l’idée était de remettre l’église au centre du village.
En quoi cet album est différent ? Une nouvelle façons de composer ou d’écrire ?
Nous ne sommes plus dans le même contexte sanitaire et social que lors de l’écriture des nos précédents albums. Nous avons aussi dix ans de plus et avons une vision un peu plus claire de ce que nous avons envie de faire et surtout ce que nous ne voulons plus faire. Pour le coup nous nous sommes enfermés pendant un mois dans une maison de maître en Lozère, en plein mois de décembre. Il y avait un contexte assez radical, et nous avons décidé de faire un album plus tranché, beaucoup plus destiné à la scène.
Un album très rock, qui renoue avec les gros riffs de guitares, très laché dans le chant,. Nous retrouvons le reliefs des premiers titres.
Effectivement, l’idée était de revenir à quelque chose de plus abrasif que ce que nous avions fait jusqu’à présent. Notre ambition était de faire un album plus intuitif et plus sauvage.
Au niveau de l’écriture des textes, est ce que vous avez un fil conducteur que vous respectez, ou les sujets s’imposent à vous ?
Il n’y a pas de fil conducteur particulier, l’écriture est un exercice assez difficile. Autant nous prenons beaucoup de plaisir à composer, autant nous ne sommes pas des auteurs. Cela me demande un travail assez considérable pour transmettre avec des mots ce que l’on a sur le cœur. D’autant plus que nous faisons le choix de l’anglais car c’est ce qui nous correspond le plus musicalement, mais qui demande un travail supplémentaire pour ne pas être juste dans une traduction littérale. Ce sont des textes introspectifs toujours issus d’histoires personnelles.
Est ce que vous appréhendez de la même façons les grandes dates et les festivals que le concerts plus petits ?
Oui, en théorie c’est vraiment ce que nous essayons de faire, ne pas être dans une gradation des dates de tournées. Toutefois, il y a effectivement, non pas des dates plus importantes, mais des dates plus denses que d’autres. Aucune date n’est la même que la veille, malgré tout ce que l’on peut imaginer de routinier sur une tournée, ce sont toujours des contextes différents, et ce ne sont pas forcément les dates les plus grosses les plus intenses.
J’espère que cette interview permettra à un nouveau public de vous découvrir, comme moi je vous ai découvert en préparant notre échange. J’aime vraiment ce que j’ai entendu et je ne sais même pas comment je suis passé à côté de vous aussi longtemps mais je vais rattraper mon retard.
Je trouve cela super positif. Cela veut dire que nous avons toujours des découvertes à faire, et tant mieux si tu as été convaincu par ce que tu as entendu. Je te remercie vraiment d’avoir pris le temps d’écouter notre musique.
Franck Inizan
Le 20/07/2026, dans le cadre du festival Les Nuits de la Guitare de Patrimonio – au Théâtre de Verdure – Patrimonio (20).
📸 Last Train par Jérémy Martineau.










