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JUAN CARMONA

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Guitariste émérite, Juan Carmona est une figure centrale dans le paysage flamenco. Il réunit notamment chaque année les plus grands musiciens et danseurs andalous dans le cadre du festival les Nuits Flamencas, à Aubagne. Rencontre.

Vous êtes issu d’une famille gitane andalouse. Quelle importance la musique avait-elle dans votre famille, enfant ?

La musique était quotidienne, capitale. Chez les gitans, c’est un des seuls domaines dans lequel ils se sentent en confiance et très sûrs d’eux. Depuis tout petit, la musique était très importante à la maison, et notamment pendant les fêtes de Noël : tout est prétexte à la fête et tout le monde chante et danse. Un de mes oncles jouait de la guitare, que j’ai découverte à l’âge de 7 ans. Je suis tombé à la renverse en entendant ce son, et j’avais hâte chaque année que Noël arrive pour entendre mon oncle jouer.

Le flamenco est un art multidisciplinaire, une culture, même. Selon vous, pourquoi traverse-t-il aussi facilement les âges et les frontières ?

Car n’est pas une histoire de phénomène de mode. J’ai la chance de voyager énormément et je suis moi même étonné quand je suis dans un pays très éloigné et qu’un musicien vient me demander comment je fais tel ou tel phrasé. C’est incroyable, je fais le tour de la planète et le gars sait exactement le phrasé musical que je joue. Ça m’est arrivé en Chine, aux États-Unis… Je rentre tout juste d’Inde : le flamenco est présent partout sur le globe !

Vous sortez au printemps l’album “Laberinto de Luz”. De quoi la composition de cet opus s’est-elle nourrie ?

Il y a une grande communauté cubaine qui s’est installée à Madrid. Ses musiciens sont excellents, et ils se sont formés au flamenco, qu’ils entendent à Madrid. Ça m’a interpellé ! Je suis par nature très ouvert à d’autres musiques, et justement, le côté rythmique et harmonies nouvelles m’a beaucoup plû. J’ai décidé de faire une création autour de compositions jazz latines avec des musiciens et chanteurs de la nouvelle génération du flamenco.

On trouve d’ailleurs beaucoup de voix de femmes sur cet album. Était-ce une intention première ?

Au départ, je voulais rendre un hommage aux voix féminines, pas uniquement flamencas. Petit à petit, l’album a pris une couleur jazzy, j’ai eu la chance de collaborer avec Al Di Meola ou Matt Garrison… De très grands musiciens jazz. Je me suis laissé emporter par ce côté là et ai laissé de côté l’hommage aux voix féminines.

Allez-vous inviter certains de ces artistes sur la tournée de l’album ?

Je ne peux pas faire sans ! Les chanteuses ne seront peut-être pas toutes là, mais par exemple Montse Cortés a beaucoup de ressources harmoniques et peut faire des cantes flamencos très profonds et d’autres choses extraordinaires avec sa voix. J’aimerais beaucoup l’inviter sur scène.

Nomades Kultur ne cesse de développer ses activités. Quelles sont les aspirations actuelles de l’association ?

Nomades Kultur gère l’un des festivals les plus importants du flamenco, les Nuits Flamencas, à Aubagne. J’ai vécu plus d’une dizaine d’années en Andalousie, et, pour avoir baigné toute ma vie dans ce milieu, je connais très bien les artistes andalous. Nous continuons donc à faire venir chaque année certains des plus grands artistes flamencos de cette région, sur un festival complètement gratuit. Tourné autour de la danse, nous tenons à continuer à faire venir de très grandes compagnies. Cette année, nous prévoyons également un volet jazz flamenco.

Dans votre vie d’artiste, quelle est la place de la transmission ?

Je n’ai pas assez de temps pour développer la transmission comme je le voudrais. Mais c’est quelque chose d’important : quand j’étais enfant, dans les années 70, prendre des cours de guitare flamenca était chose quasiment impossible. Aujourd’hui, c’est plus facile. J’ai un diplôme d’État et je donne des masterclass dans les conservatoires de tous les pays. Transmettre cette culture n’est pas aisé, la musique est liée à une histoire, c’est un langage, c’est compliqué. Les partitions existent mais le flamenco est à la base une culture à transmission orale. On dit que la meilleure école du flamenco, ce sont les rues d’Andalousie.

Dans l’environnement géopolitique actuel de conflits, de fermeture des frontières, de retour aux extrêmes, quel rôle a la culture selon vous ?

Je peux bien parler de ça, de par mes voyages : la musique n’a pas de frontières, de barrières. Lorsqu’on ne parle pas le même langage, on arrive à se comprendre, musicalement. À briser les barrières et dépasser les a-priori, on n’est pas sur un terrain de démonstration ou d’égo ; la musique met tout le monde d’accord. Quand je vois tous ces conflits actuels, je trouve ça incroyable. C’est un état d’esprit qui me dépasse. Mon combat au quotidien c’est de faire le mieux mon art. De tels conflits sont très énigmatiques pour nous, artistes. J’ai joué avec des musiciens d’Ouzbékistan, d’Irak, d’Israël, de Moscou ou des États-Unis, et c’était à chaque fois incroyable.

Quels sont vos projets et souhaits pour les prochains mois de votre vie d’artiste ?

La promotion  du disque, bien sûr, et une tournée avec l’Orchestre Divertimento, avec un projet que j’ai écrit en 2019. Je fête mes 40 ans de carrière et je fais une tournée des opéras avec cette œuvre qui mêle la musique flamenca à la musique symphonique avec des chanteurs et des danseurs. À la rentrée, je commencerai la tournée du nouvel album.

Lucie Ponthieux Bertram

Le 04/07/2025, dans le cadre du festival Les Nuits Flamencas, à Aubagne (13), le 23/07/2025 aux Arènes de Fontvieille (13), le 03/10/2025 au Conservatoire de Sète (34), le 04/10/2025 à la Cité des Arts de Montpellier (34), le 17/10/2025, dans le cadre du festival Accordanses, aux Saintes-Maries-de-la-Mer (13) et le 29/11/2025 à l’Opéra de Marseille (13).

juancarmona.com

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