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ENTRETIEN AVEC VINCENT DELERM

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Vincent Delerm aime passer du temps avec nous et les quatorze titres de son nouvel album sont comme un rendez-vous que nous avons pris ensemble pour se raconter une partie de notre vie, nos peurs, nos émotions, nos espoirs. Chacun y vient avec ses photos souvenirs et tout cela fera notre fresque. 

Un enfance artistique, un père auteur, une mère illustratrice, quel métier aurais tu aimé faire si tu n’avais pas baigné dans cet univers dès l’enfance ?

Tu sais pour moi mes parents étaient surtout professeurs. Mon père à commencé à être publié quand j’avais dix ans, et surtout longtemps sans succès. J’aurais sûrement été prof également, j’avais fait des études pour ça. Toutefois, j’étais aussi persuadé de faire du théâtre mais j’ai rapidement eu une curiosité pour la chanson. J’aurai pu être aussi journaliste musical.

Comment est né ton tout premier album sorti en 2002 ? Comment t’es venu l’envie de mettre tes textes en musique et d’en faire un album ? 

Pour le premier album, je pense que tu ne te poses pas trop la question. On fait une trentaine de chansons sans savoir si on va réussir à les sortir un jour car tu es sans maison de disque. Une fois que tu as la chance de pouvoir être signé pour sortir un album, tu deviens comme le sélectionneur de l’équipe de France, mais j’ai repensé à certaines chansons qui auraient pu être sur le premier album avec une pointe de regret.

Quel effet cela fait de se dire que tu as déjà fêté les 20 ans de ce premier album ? 

Tu sais, ça fait un peu partie du jeu. Au départ; j’y allai presque à reculons mais au final je suis vraiment ravi de l’avoir fait car lors de la tournée je pensais qu’il n’y aurait que des gens de mon âge. En fait, il y avait des gens plus jeunes et je ne comprenais pas pourquoi, et en parlant avec eux j’ai compris que ça faisait parti de leurs souvenirs, de la musique que mettait leur parents dans la voiture pour partir en vacances par exemple. Une transmission générationnelle, et au final je pense que cette tournée est devenue l’un de mes meilleurs souvenirs de scène.

Toujours une empreinte très cinématographique dès le début, beaucoup de références et de name dropping, ce qui fait aujourd’hui le style « Delermien », est ce que cela a été compliqué de se faire une place en arrivant avec ce style particulier ?

Oui et non, ça avait déjà été fait mais par des gens qui n’ont jamais vraiment connu le succès comme Jean Bart, un chanteur Suisse qui avait mis des dialogues de film dans certaines chansons. Toutefois, le fait que se soit très mis en avant a fait ma particularité mais je ne me suis jamais trop posé de questions. J’ai conscience que ce premier album était très étrange pour l’époque car pas du tout dans la mode des comédies musicales qui se faisaient, ou des gros hits de Pascal Obispo, mais il faut juste croire à ce qu’on fait et se lancer. 

Pour avoir eu la chance de te voir en concert, il y a toujours une mise en scène quasi théâtrale et beaucoup d’humour dans tes concerts, mais les personnes qui ne te connaissent pas ne peuvent pas l’imaginer car ce n’est pas quelque chose que tu met en avant dans les médias.

Oui, c’est marrant, il y a toujours eu un truc comme ça. Certaines personnes maintenant savent à quoi s’attendre, puis d’autres me découvrent et sont souvent agréablement surpris. Et je me suis attaché à cela dans le sens où j’aime surprendre et jouer avec cette méconnaissance de ce que je peux être sur scène. Cela fait partie de mon parcours aujourd’hui encore.

Une discographie très riche, entre albums et musiques de films, y’a-t-il un album ou une chanson dont tu es le plus fier ? Sans inclure ton dernier album.

Je ne fonctionne pas trop en termes de fierté. Par contre je peux me dire parfois « Ça c’est vraiment une bonne chanson ». Après l’accueil qu’en fait le public compte énormément dans le succès d’un titre car je peux me dire qu’un titre est bon et me rendre compte que le public passe à côté. Après pour répondre à ta question, je pense que c’est peut être l’atmosphère du premier album.

« Fresque » : Œuvre littéraire ou cinématographique d’envergure qui dépeint une époque ou une société. En quoi ce nouvel album colle à cette définition ?

En fait, ça s’est passé un peu à l’envers. Effectivement, il y a ce truc d’envergure un peu grandiloquent dans ce mot de la fresque. Et comme j’avais ce thème d’emblée, et que je savais que je voulais appeler cet album comme ca, que je voulais parler des autres, cela m’a donc obligé à avoir quelque chose de large, qui évoque à la fois des gens que je connais bien, mais aussi des figures plus lointaines. J’étais obligé d’avoir un spectre assez large et de regarder les choses avec de la distance.

Un album sur un constat de vie à un instant « T », un album « bilan » de ton parcours et des différentes rencontrent qui y sont associées ? 

Pour moi, c’est un album de rapport aux autres. Je constate qu’avec le temps les choses qui font qu’on se réveille la nuit, que l’on gamberge, ce sont des choses liées aux autres, une brouille avec quelqu’un, des inquiétudes sur des proches, des gens que tu as perdu. C’est rarement lié à des choses très matérielles. Cet album est pour moi une façon de célébrer les gens qui ne sont plus là et ceux qui sont acteurs de ma vie d’une façon proche ou plus lointaine. 

Une pré-crise de la cinquantaine ? 

Une crise ? Ah non pas du tout, je trouve que c’est un luxe de vieillir. Nous avons quasiment tous perdu quelqu’un bien avant cet âge, donc je trouve que par politesse et respect de nos pertes précoces, nous devons être heureux de vieillir.

Dans ce nouvel album une chanson clin d’œil à Madonna, « Louise Ciccone », ou tu raconte que finalement elle ne connaît pas grand-chose de ta vie. 

C’est parce que je me suis toujours dit ça. Quand je suis dans un bar, par exemple, et qu’un titre de Francis Cabrel passe. Je me dis qu’il ne viendra peut-être jamais dans cet endroit, qu’il ne ressentira jamais l’ambiance qu’il s’y dégage, alors qu’il est présent par cette chanson qui passe à ce moment-là. Je trouve que c’est le vrai pouvoir des chansons, d’entrer dans la vie des gens sans qu’ils s’en rendent vraiment compte ou qu’ils le désirent vraiment.

Une pochette qui célèbre les rencontres de toute une vie. C’était important pour toi cet hommage ?

Oui et au-delà de ça, cela questionne les gens sur leur propre fresque, savoir qui ils auraient mit. Je trouve que cette question est intéressante et la réponse est tellement personnelle à chacun. Suivant nos moments de vie, la chanson qu’on écoute à ce moment-là, les personnes qui sont présentes que nous connaissons bien ou pas et cela supprime toute hiérarchie dans nos vies.

Une autre chanson que j’aime vraiment particulièrement sur cet album c’est « Se plaire » qui fige un premier rendez-vous avec ses appréhensions et l’envie de plaire à l’autre, une situation que nous avons tous vécu.

Oui, parfois certains sujet de chansons, tu sais que tout le monde connaît mais ce ne sont pas des trucs dont on parle normalement ou facilement. Et à tous les âges, ressentir cette sensation quand on sait qu’on a plu à quelqu’un lors d’une soirée ou d’un rendez-vous, c’est tellement agréable et valorisant. Pas forcément facile à intégrer dans une chanson, mais c’est plus facile à intégrer dans une nouvelle.

Une chanson plus lourde sur le sujet qu’elle aborde « Comme si Paris était une fête », qui pose la question de comment parler à nos enfants d’événements graves qui se sont passés avant qu’ils naissent ou quand ils étaient trop petit pour comprendre tout en gardant une finalité positive et pleine d’espoir.

Oui c’est une chanson sur le fait d’être parent, et du fait que nous ne ferons pas toujours parfaitement les choses, de savoir aussi s’accorder avec l’autre parent qui n’est pas forcément une chose évidente. Les questions de transmissions ou de filtres de certaines informations. Ces dernières années ont été assez particulières entre le Covid, l’attentat du Bataclan, le réchauffement climatique, Trump, l’Ukraine. Qu’est ce que tu leur raconte pour ne pas être à côté de la plaque, pour qu’ils soient conscients, mais tout en essayant de les préserver et de maintenir la joie et un paysage mental d’avenir plutôt positif.

Franck Inizan

Le 02/10/2026 à Scène Méditerranée – Marseille (13), le 03/10/2026 au Théâtre de Nîmes (30) et le 26/11/2026 au Train Théâtre – Porte-lès-Valence (26).

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Site officiel de l’artiste : vincent-delerm.com

📸 Vincent Delerm par Arno Lam.

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